Selon Euronews FR, le ministère de l'Intérieur a rendu public cette semaine un rapport dressant un état des lieux complet des actes antireligieux commis en France entre 2010 et 2025. Ce document met en lumière une augmentation significative des atteintes aux personnes et aux biens, motivées par une appartenance réelle ou supposée à une religion ou un lien avec une pratique cultuelle.
Ce qu'il faut retenir
- Les actes antireligieux ont progressé de 21 % entre 2015 et 2025, avec une forte hausse des violences antisémites et, dans une moindre mesure, antimusulmanes
- En 2025, 53 % des actes antireligieux sont antisémites, soit une progression de 203 % depuis 2022
- 843 faits antichrétiens ont été recensés en 2025, en hausse de 9 % par rapport à 2024
- Les actes antimusulmans ont bondi de 88 % en 2025, avec une forte augmentation des atteintes aux personnes (+151 %)
- L’État a mobilisé 47,8 millions d’euros depuis 2015 pour sécuriser près d’un millier de lieux de culte
Une tendance à la hausse depuis 2015, accélérée par le conflit israélo-palestinien
D’après le rapport du ministère de l’Intérieur, « les actes antireligieux s’attaquent à la liberté de conscience et de libre exercice du culte ». Ils « fragilisent la cohésion nationale » et « mettent en danger l’équilibre même de notre société », alerte-t-il. Entre 2010 et 2015, les actes antichrétiens et antisémites représentaient respectivement 43 % et 41 % du total des actes antireligieux, contre environ 14 % d’actes antimusulmans.
Depuis 2015, la situation s’est aggravée, avec une hausse globale de 21 % des actes antireligieux. Cette progression s’est encore accentuée après l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 et le déclenchement du conflit israélo-palestinien. « Après une légère diminution en 2020, en partie imputable à la pandémie de Covid-19, les actes antireligieux connaissent une augmentation significative », précise le ministère. La recrudescence des actes antisémites a été immédiate, avec une hausse de 1 209 % entre septembre et octobre 2023.
Les actes antisémites en première ligne : 53 % des actes antireligieux en 2025
En 2025, 1 676 faits antisémites ont été recensés par la Direction nationale du renseignement territorial (DNRT), dont 1 242 entre le 7 octobre et le 31 décembre 2023. Bien que leur nombre ait légèrement diminué en 2025, il reste « à un niveau historiquement élevé », représentant désormais 53 % des actes antireligieux. Les violences physiques contre les personnes juives ont triplé depuis 2022, passant de 42 à 126 faits en 2025.
Les atteintes aux personnes dominent largement : 890 faits en 2025, soit 67 % des actes antisémites. Elles se répartissent principalement en « propos et gestes menaçants » (576 faits, 44 %), inscriptions (402 faits, 30 %), violences physiques (126 faits, 10 %) et dégradations (117 faits, 9 %). Le ministère souligne également « la persistance d’un antisémitisme chez les jeunes générations », qu’il attribue à « une généralisation des discours et des comportements violents sur les réseaux sociaux ».
Les actes antichrétiens en hausse de 9 % en 2025, avec une forte augmentation des violences physiques
Les actes antichrétiens, qui concernent majoritairement la communauté catholique (817 faits en 2025), ont augmenté de 9 % par rapport à 2024. Ils représentent désormais 34 % du total des actes antireligieux. Bien que les atteintes aux biens restent majoritaires (87 %), les violences contre les personnes ont bondi de 70 %, avec 109 faits signalés. Les actes de violence physique visant les membres de la communauté chrétienne ont doublé, atteignant 23 faits en 2025, contre 11 en 2024.
Parmi les incidents marquants, le rapport cite l’assassinat d’Ashur Sarnaya, un chrétien irakien de 45 ans, perpétré le 10 septembre 2025 à Lyon. Les perturbations d’offices religieux et les menaces envers les fidèles ont également augmenté de 86 %, avec 54 faits recensés en 2025. Les communautés protestante et orthodoxe ont signalé respectivement 22 et 4 faits.
Les actes antimusulmans en forte progression : +88 % en 2025
Les actes antimusulmans, qui représentaient environ 13 % du total des actes antireligieux en 2025, ont connu une hausse spectaculaire de 88 % par rapport à 2024. Cette augmentation est principalement portée par la hausse des atteintes aux personnes (+151 %), avec 326 faits recensés. Les propos et gestes menaçants ont explosé, enregistrant 158 faits en 2025, soit une progression de 210 % par rapport à 2024.
Le ministère note des « hausses ponctuelles » au cours de l’année, notamment lors de rassemblements religieux comme le Ramadan ou lors de débats sociétaux, comme celui sur le port du voile dans le sport. Une nette hausse des dépôts de carcasses de porcs devant des salles de prière ou des lieux fréquentés par des musulmans a également été observée : 25 faits en 2025, soit une augmentation de 317 %. Le gouvernement attribue en partie cette recrudescence à « une meilleure remontée du phénomène », notamment grâce à la création de l’Association de défense contre les discriminations et les actes antimusulmans (ADDAM).
Un effort budgétaire de 47,8 millions d’euros pour sécuriser les lieux de culte
Face à cette situation, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a réaffirmé vouloir faire de la lutte contre les actes antireligieux une priorité. Il a mobilisé « une pluralité de services de l’État qui travaillent en étroite coopération », incluant les ministères de la Justice, de l’Éducation nationale, de la Culture et de l’Égalité entre les femmes et les hommes.
Depuis 2015, l’État a débloqué 47,8 millions d’euros pour financer la protection de près d’un millier de lieux de culte dans le cadre du « programme de sécurisation des sites cultuels (SSC) », anciennement appelé « programme K ». Ce dispositif permet de financer des caméras de surveillance, des portes blindées, des vidéophones, des interphones, ainsi que des projets de sécurisation interne comme des verrous ou des salles de confinement.
Le ministère a également mis en place un module de sensibilisation d’une demi-journée pour « sensibiliser les cultes aux enjeux de sûreté et de sécurité ». Entre son lancement le 20 mars 2025 et la fin de l’année, 224 sessions ont été organisées, bénéficiant à 1 694 représentants et responsables des cultes. Ces modules devraient se poursuivre en 2026.
Dans un contexte où les tensions géopolitiques persistent, la question de l’efficacité des mesures de prévention et de répression contre les actes antireligieux reste entière. Comment concilier liberté d’expression et protection des minorités religieuses ? La réponse dépendra en grande partie de l’engagement des pouvoirs publics et de la société civile dans les mois à venir.
Le programme de sécurisation des sites cultuels (SSC) finance des équipements comme des caméras de surveillance, des portes blindées, des vidéophones, des interphones, ainsi que des projets de sécurisation interne (verrous, salles de confinement). Depuis 2015, 47,8 millions d’euros ont été mobilisés pour protéger près d’un millier de lieux de culte.
Selon le ministère de l’Intérieur, toutes les victimes d’actes antireligieux ne déposent pas plainte. Les associations de défense des cultes et les autorités estiment donc que les chiffres officiels ne reflètent pas l’intégralité des incidents, en particulier les atteintes mineures ou les cas de discrimination non déclarés.