Une trentaine de manifestants se sont rassemblés vendredi soir devant le théâtre de l’Escapade à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), à l’occasion du concert de l’ancienne star des années 1980 Jean-Luc Lahaye, selon Le Figaro. L’artiste, mis en examen pour viol et agressions sexuelles sur mineures, s’est produit à guichets fermés dans un établissement municipal repris en main par la municipalité Rassemblement National (RN) en 2025. Cette soirée marque également un premier événement avant un autre concert prévu le 14 juillet dans une ville RN du département, Billy-Montigny.

Ce qu'il faut retenir

  • 30 manifestants se sont réunis à l’appel de collectifs féministes pour protester contre la tenue du concert.
  • Jean-Luc Lahaye, 73 ans, est mis en examen depuis 2021 pour des faits présumés de viol et d’agressions sexuelles sur deux jeunes femmes, nés en 1998 et 2000.
  • L’artiste a déjà été condamné en 2007 à une amende de 10 000 euros et en 2015 à un an de prison avec sursis pour des relations avec une mineure de 15 ans.
  • Le théâtre de l’Escapade, géré par la mairie RN de Hénin-Beaumont, a affiché complet pour l’événement.
  • Une prochaine date est prévue le 14 juillet à Billy-Montigny, également dirigée par le RN.

Une mobilisation ciblant un artiste controversé

À l’appel du collectif féministe #NousToutes et du groupe antifasciste du bassin minier, une trentaine de personnes se sont retrouvées devant l’établissement pour scander des slogans comme « la honte » et « pensez à vos enfants », visiblement adressés aux spectateurs. Les manifestants brandissaient des affiches « soutien aux victimes » et hurlaient des phrases comme « Jean-Luc Lahaye pédocriminel, agresseur sexuel, prédateur, violeur ». La tension est montée d’un cran lorsque certains ont tenté d’interpeller les passants, certains arborant des pancartes dénonçant les accusations portées contre l’artiste.

Parmi les manifestants, aucun incident grave n’a été signalé. La mairie de Hénin-Beaumont, contactée par Le Figaro, a indiqué que les places pour le concert s’étaient écoulées « très rapidement ». Cette soirée s’inscrit dans un contexte politique local marqué par la montée en puissance du RN, qui dirige désormais plusieurs communes du département.

Deux visions opposées face aux accusations

Côté spectateurs, les réactions étaient partagées. Nestor, un pompiste parisien de 52 ans venu spécialement pour l’événement, a expliqué comprendre « les gens qui se posent des questions ». « Maintenant, il y a quelque chose qui s’appelle la présomption d’innocence », a-t-il souligné. « Le féminisme est une belle chose, mais ça peut être aussi quelque chose de déraisonnable. » Son point de vue reflète une partie de l’opinion publique, tiraillée entre la dénonciation des violences sexuelles et le principe juridique fondamental.

À l’inverse, Nathalie, une fan de 58 ans venue de la région lilloise, a balayé d’un revers de main les accusations portées contre Lahaye. « Les plaignantes sont des femmes qui se sont vengées par rapport à lui, quoi. C’est pour l’argent », a-t-elle affirmé. Elle a comparé la situation à celle de Patrick Bruel, également confronté à des plaintes pour agressions sexuelles, avant d’ajouter : « Lui, il y a plus de femmes qui ont porté plainte, là y’en a que deux. » Ces déclarations illustrent la polarisation autour de l’affaire, où les positions semblent souvent guidées par des convictions personnelles plutôt que par les faits judiciaires.

Un parcours judiciaire marqué par des condamnations antérieures

Les faits reprochés à Jean-Luc Lahaye remontent à plusieurs années. En 2007, il avait été condamné à une amende de 10 000 euros pour des relations sexuelles avec une mineure de 15 ans. Puis, en 2015, il a écopé d’un an de prison avec sursens pour corruption de mineure. En 2021, de nouvelles mises en examen sont venues alourdir son casier judiciaire : il est désormais visé par deux plaintes pour viol et agressions sexuelles sur mineures de plus de 15 ans, concernant deux jeunes femmes nées en 1998 et 2000. Les faits allégués, qu’il conteste, auraient commencé en 2013. À ce stade, l’enquête est toujours en cours et aucune décision de justice n’a été rendue.

Cette affaire judiciaire, couplée à la polémique autour de sa présence sur scène, a suscité des réactions politiques. Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, a dénoncé sur X (ex-Twitter) une représentation « une gifle à toutes les victimes de violences sexistes et sexuelles, et un symbole du mépris du RN pour ce qu’elles vivent ». Sa prise de position s’inscrit dans un débat plus large sur la gestion des affaires de mœurs par les institutions, notamment dans les communes dirigées par l’extrême droite.

Et maintenant ?

Le prochain concert de Jean-Luc Lahaye est prévu le 14 juillet à Billy-Montigny, une commune dirigée par le RN. Si des mobilisations similaires à celle d’Hénin-Beaumont sont à prévoir, aucune information officielle n’a encore été communiquée concernant d’éventuelles annulations ou reports. Par ailleurs, l’enquête judiciaire concernant les nouvelles mises en examen suit son cours, sans que l’on sache si elle pourrait aboutir à un procès dans les mois à venir. Dans ce contexte, la question de la responsabilité des municipalités dans l’organisation d’événements mettant en scène des personnalités controversées reste posée.

Une polémique qui dépasse le cadre local

Cette affaire rappelle d’autres cas récents impliquant des personnalités publiques, comme Patrick Bruel, dont les concerts ont été annulés en attendant les résultats de l’enquête. Elle soulève des questions sur le rôle des élus dans la gestion de tels dossiers, surtout lorsque les faits présumés concernent des violences sexuelles. Pour l’heure, aucune décision n’a été prise pour interdire Lahaye de se produire dans les communes RN du Pas-de-Calais, malgré les appels à la prudence lancés par certaines associations.

Alors que la présomption d’innocence doit être respectée, cette affaire met en lumière les tensions entre justice, morale publique et liberté artistique. Les prochaines semaines pourraient être déterminantes, tant sur le plan judiciaire que politique, avec des répercussions possibles bien au-delà du bassin minier.

Après Hénin-Beaumont le 29 mai, un autre concert est programmé le 14 juillet à Billy-Montigny, dans le Pas-de-Calais. Aucune autre date n’a été annoncée pour l’instant.

Oui. Il a été condamné en 2007 à une amende de 10 000 euros pour des relations sexuelles avec une mineure de 15 ans, puis en 2015 à un an de prison avec sursis pour corruption de mineure.