L’ancien président ivoirien Henri Konan Bédié, figure politique majeure du pays, a possédé des participations dans la Solibra, principale entreprise ivoirienne de boissons alcoolisées et filiale du groupe français Castel. Ces informations, révélées pour la première fois par Le Monde, s’appuient sur des sociétés écrans et des montages financiers opaques.

Ce qu'il faut retenir

  • Henri Konan Bédié a détenu des parts dans la Solibra, filiale du groupe Castel et leader ivoirien des boissons alcoolisées.
  • Ces participations ont été détenues via des sociétés offshore, selon une enquête du Monde.
  • Le groupe Castel, géant français des boissons, possède plusieurs filiales en Afrique francophone.
  • L’enquête révèle pour la première fois l’implication directe de l’ex-chef de l’État dans ce montage financier.

Une enquête qui lève le voile sur des participations dissimulées

Selon l’enquête menée par Le Monde, Henri Konan Bédié a contrôlé, indirectement, des parts dans la Solibra, une entreprise spécialisée dans la production et la distribution de bières et boissons en Côte d’Ivoire. Le groupe Castel, dont le siège social est basé en France, est l’un des leaders mondiaux du secteur brassicole, avec une forte implantation sur le continent africain. La Solibra, filiale directe de Castel, domine le marché ivoirien des boissons alcoolisées, avec des marques emblématiques comme la bière « Castel Beer » ou « Solib ».

Pour contourner les règles de transparence financière, ces participations ont été structurées à travers un réseau de sociétés offshore basées dans des paradis fiscaux. Ces montages, légaux en apparence, soulèvent des questions sur les éventuels conflits d’intérêts entre la sphère politique et le secteur économique. D’autant que Henri Konan Bédié a exercé le pouvoir en Côte d’Ivoire pendant près de trois décennies, d’abord comme ministre sous Houphouët-Boigny, puis comme président de 1993 à 1999.

Castel, un géant français aux racines africaines

Fondé en 1949 par Pierre Castel, le groupe familial français est aujourd’hui présent dans plus de 50 pays, principalement en Afrique subsaharienne. En Côte d’Ivoire, où il opère depuis les années 1980, Castel contrôle environ 60 % du marché de la bière, selon des estimations sectorielles. La Solibra, créée en 1988, est l’une de ses principales filiales locales, employant plusieurs centaines de salariés et générant des centaines de millions de francs CFA de chiffre d’affaires annuel.

La révélation de l’implication de l’ex-président Bédié dans ce groupe économique intervient à un moment où la Côte d’Ivoire tente de renforcer ses mécanismes de transparence financière. Depuis le début des années 2020, les autorités ivoiriennes ont multiplié les initiatives pour lutter contre l’évasion fiscale et les montages opaques, sous la pression des institutions internationales comme le FMI ou la Banque mondiale.

Des questions sur les conflits d’intérêts et la gouvernance

Si les participations de Henri Konan Bédié dans la Solibra n’ont rien d’illégal en soi, elles interrogent sur d’éventuels conflits d’intérêts entre ses fonctions politiques passées et ses activités économiques. Interrogé par Le Monde, un ancien collaborateur du régime de Bédié a souligné que « ces montages étaient monnaie courante parmi les élites politiques africaines, permettant de sécuriser des revenus à long terme ».

Par ailleurs, l’enquête révèle que les parts détenues par Bédié dans la Solibra ont été cédées peu après son départ du pouvoir en 1999, sans que les détails de ces transactions ne soient rendus publics. Une opacité qui contraste avec les discours officiels sur la transparence financière en Afrique francophone.

Et maintenant ?

Cette révélation pourrait relancer le débat sur les liens entre pouvoir politique et intérêts économiques en Côte d’Ivoire, un sujet déjà sensible dans un pays où les inégalités persistent malgré une croissance économique régulière. Les prochaines élections présidentielles, prévues en 2025, pourraient voir resurgir ces questions, notamment dans le cadre des discussions sur la lutte contre la corruption. Pour l’instant, le groupe Castel n’a pas réagi publiquement à ces informations, tandis que les autorités ivoiriennes n’ont fait aucun commentaire officiel.

Autant dire que cette affaire, si elle devait prendre de l’ampleur, pourrait avoir des répercussions sur la réputation du groupe Castel en Afrique, où il mise sur une image de partenaire économique stable et engagé dans le développement local.

La Solibra est la principale entreprise ivoirienne de production et de distribution de boissons alcoolisées, détenue majoritairement par le groupe français Castel. Elle domine environ 60 % du marché de la bière en Côte d’Ivoire et génère plusieurs centaines de millions de francs CFA de chiffre d’affaires annuel. Son portefeuille inclut des marques comme « Castel Beer » ou « Solib », parmi les plus consommées dans le pays.