Dix ans après « The Neon Demon », le réalisateur danois Nicolas Winding Refn, connu pour des films comme « Drive » (2011) et « Only God Forgives » (2013), revient avec « Her Private Hell », une œuvre qui, selon Euronews FR, s’avère aussi visuellement ambitieuse que narrativement décevante. Présenté hors compétition lors du Festival de Cannes 2026 en mai, le film peine à convaincre au-delà de son esthétique soignée, selon la critique.

Ce qu'il faut retenir

  • « Her Private Hell » est le sixième long-métrage de Nicolas Winding Refn depuis 2016, soit dix ans après « The Neon Demon ».
  • Le film mêle un univers psychosexuel, un tueur en série en cuir et des visions futuristes, dans la continuité des obsessions esthétiques du réalisateur.
  • Malgré une photographie et une bande-son travaillées, la critique souligne l’absence de fond au profit d’un style surchargé et de dialogues jugés artificiels.
  • Parmi les rares points positifs, la performance de Charles Melton dans le rôle du Private K est saluée.
  • Le long-métrage est sorti dans plusieurs pays, dont les États-Unis, le Canada, la Grèce, la Pologne et le Portugal, avec une sortie européenne prévue courant août 2026.

Un récit futuriste noyé dans une esthétique brouillonne

Le film s’ouvre sur une métropole engloutie sous une brume de néons, où Elle (interprétée par Sophie Thatcher), une jeune femme, rencontre Hunter (jouée par Kristine Froseth) dans le hall d’un hôtel. Leur collaboration sur l’adaptation d’un comic de science-fiction, « Candy Floss », réalisé par le père d’Elle, Johnny Thunders (incarné par Dougray Scott), sert de prétexte à une plongée dans un univers familial toxique. Autour de Johnny Thunders gravitent des mannequins formant un harem, tandis que sa nouvelle compagne, Dominique (Havana Rose Liu), ancienne amante, incarne une figure de femme fatale.

Parallèlement, une légende urbaine prend forme : The Leather Man, un tueur en série masqué en cuir, doté de gants en diamant tranchants et d’une force surhumaine, seme la terreur dans la ville. Il est traqué par Private K (Charles Melton), un soldat rongé par la culpabilité d’avoir échoué à protéger sa fille, convaincu que l’élimination du tueur pourrait le ramener vers elle.

Une esthétique travaillée au service d’un récit creux

Si « Her Private Hell » bénéficie d’un travail visuel et sonore remarquable — avec des images signées par le chef opérateur Magnus Nordenhof Jønck et une partition de Pino Donaggio —, la critique s’accorde à dire que ces atouts ne suffisent pas à sauver le film. « On a souvent l’impression d’assister à une suite de pubs de mode chargées d’érotisme, truffées de clichés », note Euronews FR. Le scénario, coécrit par Refn et Esti Giordani, alterne entre répliques ampoulées et scènes déconnectées, comme en témoignent certaines phrases devenues virales : « Daddy est fascinant », « Je suis une conscience totalement unique, et je suis fait de poussière d’étoiles » ou encore « J’aime les trucs bien tordus ».

Les dialogues, volontairement affectés, sont perçus comme une provocation assumée par les fans du réalisateur. « Pour ceux qui se laissent emporter par le fantasme lubrique de NWR, tant mieux pour vous », ironise la critique, avant d’ajouter : « Les fans les plus fidèles défendront ‘Her Private Hell’ comme un conte de fées hypertrophié, où les dialogues se veulent volontairement artificiels et le rêve fiévreux décousu. »

« Ce film va être l’enfer. »
— Une réplique du film, reprise par la critique

Un casting inégal et des scènes salvatrices

Malgré un casting incluant des acteurs comme Charles Melton, dont le jeu apporte une certaine consistance, le reste du trio principal peine à convaincre. Sophie Thatcher et Kristine Froseth sont régulièrement critiquées pour leurs performances jugées agaçantes ou figées. Seul Melton, dans le rôle du militaire tourmenté, parvient à donner une épaisseur à son personnage, notamment dans les scènes de violence viscérale qui rythment le film.

Certains éléments, comme le film dans le film — un croisement kitsch entre « Barbarella » et « Star Trek » — ou les séquences d’action du Private K, offrent quelques respirations dans un ensemble par ailleurs saturé d’artifices. Cependant, ces éclairs de qualité ne suffisent pas à masquer les faiblesses d’un récit jugé « frustrant » et « profondément banal » par les observateurs.

Et maintenant ?

Présenté en avant-première mondiale à Cannes en mai 2026, « Her Private Hell » poursuit sa carrière internationale avec une sortie en salles dans plusieurs pays européens courant août. Le film sera notamment projeté le 16 août 2026 au Edinburgh International Film Festival, avant une diffusion plus large sur le continent. Si les fans du réalisateur pourront y trouver une forme de satisfaction esthétique, le public plus exigeant risque, lui, de rester sur sa faim face à un film dont le style ne compense pas l’absence de substance narrative.

Un héritage à la dérive ?

Avec « Her Private Hell », Nicolas Winding Refn confirme son statut de cinéaste intransigeant, refusant de céder aux attentes du public ou des studios. Si cette indépendance peut séduire une partie de son public historique, elle se heurte ici à un scénario qui peine à tenir ses promesses. « Il est réjouissant de voir un cinéaste qui se contente de suivre son propre chemin », reconnaît la critique, avant de conclure : « Mais ‘Her Private Hell’ ne peut pas être excusé au nom d’une vision d’enfant terrible. Le film est bien trop creux et ennuyeux pour cela. »

Alors que Refn a souvent été associé à un style visuel audacieux et à une narration minimaliste, ce sixième long-métrage semble marquer un tournant vers une forme de complaisance. Reste à savoir si cette orientation artistique trouvera un écho auprès des spectateurs, ou si elle finira par desservir l’image d’un réalisateur autrefois célébré pour son audace.

Le film explore un univers psychosexuel mêlant un tueur en série en cuir, des visions futuristes et une esthétique inspirée des comics de science-fiction. L’histoire suit une jeune femme, Elle, confrontée à un père manipulateur et à une légende urbaine meurtrière, tout en travaillant sur l’adaptation d’un comic.

Le film est sorti dans plusieurs pays européens en août 2026. Il sera notamment projeté le 16 août au Edinburgh International Film Festival, avec une diffusion plus large prévue courant août.