Le harcèlement judiciaire contre les militants prodémocratie en Algérie persiste six ans après la fin du Hirak, selon Le Monde. Malgré l’effervescence populaire qui a secoué le pays en 2019, les figures de l’opposition continuent de subir des poursuites, illustrant une volonté de museler toute velléité de contestation.
Ce qu'il faut retenir
- Le Hirak, mouvement prodémocratie majeur en Algérie, a pris fin en 2020 après des mois de mobilisation
- Six ans après, les opposants au « système » subissent toujours des poursuites judiciaires
- Le pouvoir algérien est accusé de réprimer systématiquement la liberté d’expression
- Les militants ciblés incluent des figures emblématiques du Hirak, comme Karim Tabbou ou Samir Belarbi
- Les procédures judiciaires s’appuient sur des lois controversées, notamment en matière de sécurité nationale
Un mouvement historique étouffé dans l’œuf
Le Hirak, né en février 2019, avait rassemblé des millions d’Algériens dans les rues pour réclamer des réformes politiques et la fin du système en place. « C’était un soulèvement pacifique sans précédent, marqué par une mobilisation massive et une unité rare entre les différentes couches de la société », rappelle Le Monde. Pourtant, dès 2020, les autorités ont mis fin aux rassemblements sous prétexte de lutte contre la pandémie de Covid-19, avant de durcir la répression à l’encontre des militants.
Depuis, les arrestations et les procès se sont multipliés. En 2025, Amnesty International dénombrait plus de 300 détenus politiques en Algérie, dont une majorité liée à des affaires de « terrorisme » ou de « complot contre l’État ». Parmi eux figurent des avocats, des journalistes et des militants des droits humains, souvent condamnés à des peines lourdes dans des procès à huis clos.
Des procédures judiciaires instrumentalisées
Les charges retenues contre les opposants reposent fréquemment sur des lois contestées, comme le Code pénal ou la loi sur les associations, accusées d’être utilisées pour museler la dissidence. « Les tribunaux sont devenus des instruments de la répression, où les condamnations sont prédéterminées », a dénoncé Noureddine Benissad, avocat de plusieurs militants, dans une interview au Monde en 2025. Les dossiers sont souvent bâclés, avec des preuves fabriquées ou des témoignages extorqués sous la pression.
Un cas emblématique est celui de Karim Tabbou, figure historique du Hirak, condamné en 2023 à six ans de prison pour « atteinte à l’unité nationale » et « diffusion de fausses informations ». Son procès, comme celui de nombreux autres militants, a été marqué par des irrégularités procédurales, selon les observateurs internationaux. « On assiste à une criminalisation systématique de la contestation, où la justice sert de paravent à une volonté politique de contrôle », souligne un rapport de Human Rights Watch publié en 2026.
Un isolement croissant des opposants
En plus des poursuites judiciaires, les militants subissent un harcèlement constant : surveillance policière, restrictions de déplacement, ou encore cyberattaques contre leurs comptes en ligne. « On vit dans un climat de peur permanent. Chaque appel ou message peut être une menace », témoigne Samira Bouaziz, militante basée à Alger, contactée par Le Monde en mai 2026. Les déplacements à l’étranger sont également entravés, avec des interdictions de sortie du territoire prononcées à l’encontre de plusieurs figures du Hirak.
Cette stratégie vise clairement à isoler les opposants et à décourager toute velléité de résistance. Pourtant, certains continuent de s’exprimer, malgré les risques. « Le Hirak nous a appris que la liberté ne se donne pas, elle se prend. Même si on est seuls, on doit continuer à se battre », affirme Walid Kechida, un autre militant, dont le procès est prévu pour septembre 2026.
Bref, la question se pose : jusqu’où ira la répression avant que la pression internationale ne s’intensifie ? Pour l’instant, le « système » semble déterminé à étouffer toute opposition, quitte à saper les dernières lueurs d’un mouvement qui, il y a six ans, avait ébranlé les fondements du pouvoir.
Les autorités algériennes s’appuient principalement sur le Code pénal (articles liés à la sécurité nationale, à la diffamation ou à l’atteinte à l’unité nationale) et la loi sur les associations (loi 12-06 de 2012), souvent jugées trop restrictives par les ONG. Ces textes permettent des arrestations arbitraires et des condamnations sans preuve solide.