Selon nos confrères de Euronews FR, la sortie du film « The Odyssey » de Christopher Nolan a ravivé un débat historique et culturel : où le poète Homère a-t-il vraiment écrit ses épopées ? Une grotte située dans la vallée de Bornova, aux abords d’Izmir, en Turquie, est depuis des siècles associée à cette légende.

Ce qu'il faut retenir

  • Une grotte de la vallée de Bornova, près d’Izmir, est traditionnellement considérée comme le lieu où Homère aurait composé « L’Odyssée ».
  • L’archéologue professeure Aylin Ümit Erdem (université Ege) souligne que les sources antiques désignent Smyrne (Izmir) comme probable origine d’Homère.
  • Les arguments linguistiques et géographiques plaident en faveur d’une origine smyrniote : mélange de dialectes ionien et éolien dans les épopées, localisation de Bayraklı Höyük à la frontière entre ces deux régions.
  • Aucune preuve archéologique directe du VIIIe siècle av. J.-C. n’a été découverte à ce jour à Izmir, malgré les artefacts plus tardifs (pièces hellénistiques, statue de Klaros).
  • Des projets de restauration de la grotte de Bornova sont en cours pour en faire un site touristique culturel international.
  • Le maire de Bornova, Ömer Eşki, insiste sur l’importance de préserver ce patrimoine « qui appartient à l’humanité ».

Une grotte sacralisée par la tradition locale

Blottie sur les collines couvertes d’oliviers aux abords d’Izmir, une grotte humide de la vallée de Bornova est depuis des générations associée à la légende d’Homère. Selon la tradition orale transmise de génération en génération, c’est dans cette grotte que le poète antique aurait écrit « L’Odyssée » et, probablement, « L’Iliade ». Une croyance ancrée dans l’imaginaire collectif, même si aucune preuve matérielle ne la confirme.

Alors que le film « The Odyssey » de Christopher Nolan, sorti en 2026, rencontre un succès planétaire tant critique que public, cette vieille énigme littéraire refait surface. Le long-métrage a en effet ravivé l’intérêt mondial pour l’auteur présumé de ces textes fondateurs de la littérature occidentale. Mais où Homère a-t-il vraiment posé son encre il y a près de 3 000 ans ?

Izmir, candidate historique à l’origine d’Homère

Pour la professeure Aylin Ümit Erdem, archéologue à l’université Ege et spécialiste de la région, l’engouement généré par le film de Nolan offre une occasion unique de réexaminer les liens entre Homère et l’ancienne Smyrne, aujourd’hui Izmir. Comme elle l’explique dans un entretien exclusif à Euronews FR, les débats sur l’attribution des épopées à Homère — et donc sur leur origine géographique — restent vifs dans la communauté scientifique.

« Quand on évoque Homère, on parle de l’auteur supposé de l’Iliade et de l’Odyssée », précise-t-elle. « Les spécialistes s’interrogent depuis longtemps : comment un poète du VIIIe siècle avant notre ère a-t-il pu décrire la guerre de Troie, un événement survenu 400 ans plus tôt, avec une telle précision et une profondeur tragique ? Certains évoquent une tradition orale ininterrompue, d’autres y voient une compilation de récits épars d’aèdes. »

Des sources antiques unanimes en faveur de Smyrne

Quelle que soit l’hypothèse retenue, les sources anciennes convergent vers Izmir. Dès le Ve siècle av. J.-C., l’historien Hérodote et, plus tard, le géographe Strabon (Ier siècle av. J.-C.) désignent explicitement Smyrne comme la patrie d’Homère. D’autres villes, comme Chios ou Cymé, ont été proposées, mais Smyrne reste, depuis l’Antiquité, la candidate la plus sérieuse.

Les arguments en sa faveur reposent sur deux piliers : la langue des épopées et la géographie urbaine du VIIIe siècle av. J.-C. Les textes d’Homère mêlent en effet le dialecte ionien — dominant dans la région — avec un vocabulaire éolien et des termes grecs archaïques. Or, Bayraklı Höyük, l’antique Smyrne, se situait précisément à la frontière entre les régions éolienne (au nord) et ionienne (au sud).

Bayraklı Höyük, un carrefour linguistique et culturel

Selon la professeure Erdem, Bayraklı Höyük — le site archéologique correspondant à l’ancienne Smyrne — était, au VIIIe siècle av. J.-C., le seul centre urbain fortifié en activité dans le bassin d’Izmir. Ce statut en faisait un lieu privilégié pour un poète de l’époque, capable de capter les influences linguistiques et culturelles des deux régions voisines. « Un aède évoluant dans ce carrefour aurait naturellement intégré ce vocabulaire unique, mêlant dialectes éolien et ionien », explique-t-elle à Euronews FR.

Cette hypothèse linguistique et géographique renforce l’idée que Smyrne aurait pu être le berceau d’Homère. Pourtant, malgré ces indices convergents, aucune preuve archéologique directe ne permet, à ce jour, d’étayer cette thèse sans ambiguïté.

L’absence de preuves matérielles et les artefacts tardifs

La prudence s’impose, insiste la professeure Erdem. « Soyons clairs : nous ne disposons pas encore de preuves archéologiques directes et concrètes démontrant qu’Homère a vécu ou écrit à Smyrne », rappelle-t-elle. « Aucun artefact du VIIIe siècle av. J.-C. portant son nom n’a été découvert à Bayraklı Höyük, en grande partie parce que les couches les plus anciennes n’ont pas encore été fouillées sur de vastes zones. »

Les objets plus tardifs — comme des pièces hellénistiques frappées à Smyrne à l’effigie d’Homère ou la statue de culte découverte dans le sanctuaire de Klaros — témoignent surtout de la manière dont les générations ultérieures ontClaimé le poète comme un enfant du pays, bien après sa mort. « Ces artefacts ne prouvent pas son existence à Smyrne, mais illustrent comment son image a été appropriée par la cité », souligne l’archéologue.

Une grotte transformée en symbole et en projet touristique

En l’absence de preuves tangibles, c’est la tradition orale et le folklore local qui perpétuent la légende de la grotte de Bornova. Les textes antiques surnommaient d’ailleurs Homère « Melesigenes » — « né du Meles » — en référence au fleuve coulant près de Bayraklı Höyük. Pour les habitants de la région, le lien entre le poète et ce territoire est une évidence.

Le maire de Bornova, Ömer Eşki, en fait une priorité culturelle. « Préserver l’héritage d’Homère est un devoir que nous devons à l’humanité », déclare-t-il à l’AFP, détaillant les projets municipaux de restauration de la grotte pour en faire un site touristique international. « Les histoires qu’il raconte appartiennent à ce paysage. » Des reliefs antiques reproduisant les contours de la grotte et des monnaies anciennes à l’effigie du poète renforcent, selon certains chercheurs locaux comme Altan Altın, ce lien indéfectible entre Homère et l’Anatolie.

Et maintenant ?

La recherche de preuves archéologiques continue. La professeure Erdem plaide pour des fouilles plus approfondies à Bayraklı Höyük, soulignant que « si une découverte directement liée à Homère doit émerger, elle viendra des couches les plus profondes de ce site ». Le ministère turc de la Culture et du Tourisme ainsi que les autorités locales soutiennent ces travaux, dans l’espoir de lever, peut-être un jour, le voile sur ce mystère vieux de trois millénaires. D’ici là, la grotte de Bornova restera, pour beaucoup, le dernier témoin tangible — bien que légendaire — de l’un des plus grands génies de la littérature mondiale.

En attendant, le cinéma et la littérature continuent de nourrir ce débat, rappelant que Homère, qu’il ait ou non posé le pied dans cette grotte, appartient autant à la Grèce qu’à l’Anatolie. Comme le résume Altan Altın : « Homère a 2 800 ans, alors que les frontières modernes n’ont qu’un siècle. Homère est grec. Homère est anatolien. »

Cette grotte, située dans la vallée de Bornova près d’Izmir, est depuis des siècles liée à la légende d’Homère par la tradition orale locale. Selon cette croyance, le poète aurait composé « L’Odyssée » — et peut-être « L’Iliade » — dans cette grotte humide. Les textes antiques surnommaient d’ailleurs Homère « Melesigenes » (« né du Meles »), en référence au fleuve coulant à proximité de l’ancienne Smyrne (Izmir).