La mathématicienne chinoise Hong Wang, professeure à l’Université de New York et à l’Institut des Hautes Études Scientifiques (IHES), a été récompensée par la médaille Fields 2026, considérée comme le « prix Nobel des mathématiques ». Selon Futura Sciences, elle devient ainsi la troisième femme à recevoir cette distinction depuis sa création en 1950, après Maryam Mirzakhani en 2014 et Maryna Viazovska en 2022.
Âgée de 35 ans, Hong Wang a été honorée pour ses travaux en analyse harmonique, une discipline fondamentale en mathématiques, physique et technologie moderne. Ses recherches, menées notamment avec Joshua Zahl, ont permis de résoudre la conjecture de Kakeya en trois dimensions, un problème ouvert depuis plus d’un siècle. Cette avancée majeure ouvre la voie à de nouvelles applications dans des domaines aussi variés que les télécommunications, l’imagerie médicale ou encore la physique des particules.
Ce qu'il faut retenir
- Hong Wang, 35 ans, devient la troisième femme médaillée Fields depuis 1950, après Mirzakhani (2014) et Viazovska (2022).
- Elle est récompensée pour ses travaux en analyse harmonique, avec une preuve de la conjecture de Kakeya en 3D.
- La médaille Fields, décernée tous les quatre ans, est souvent comparée au « prix Nobel des mathématiques ».
- Ses recherches ont des applications en traitement du signal, physique quantique et théorie des fractales.
- Née en 1991 en Chine, elle a étudié à Pékin, Paris et New York avant de rejoindre l’IHES en 2025.
Une distinction majeure dans un domaine encore très masculin
Depuis 1950, la médaille Fields n’a été attribuée qu’à 64 mathématiciens, dont seulement trois femmes. Selon Futura Sciences, cette sous-représentation reflète les défis persistants pour les femmes dans les sciences exactes. Hong Wang rejoint ainsi une liste prestigieuse mais encore largement masculine, aux côtés de figures comme Alain Connes ou Alexander Grothendieck, anciens lauréats liés à l’IHES.
Le Congrès international des mathématiciens, qui décerne la médaille, a souligné l’importance de ses travaux pour l’analyse de Fourier et la théorie géométrique de la mesure. « Ces avancées pourraient transformer notre compréhension des ondes et des signaux », a indiqué le comité dans un communiqué. La conjecture de Kakeya, qu’elle a contribué à résoudre, pose une question simple en apparence : comment faire tourner une aiguille dans un volume minimal ? Sa solution en trois dimensions ouvre des perspectives inattendues en mathématiques pures et appliquées.
Un parcours scientifique international et une reconnaissance tardive
Hong Wang a commencé ses études supérieures en Chine, à l’Université de Pékin, avant de rejoindre l’École polytechnique en France pour un master. Elle a ensuite obtenu son doctorat au Massachusetts Institute of Technology (MIT) en 2019, sous la direction de Larry Guth. Ses travaux lui ont valu une nomination comme professeure associée au Courant Institute de NYU en 2023, puis un poste à l’IHES en septembre 2025.
Son parcours illustre une tendance croissante : celui des scientifiques formés sur plusieurs continents, combinant excellence académique et mobilité internationale. « L’analyse harmonique est un outil universel, aussi bien pour comprendre les ondes gravitationnelles que pour compresser des images en JPEG », explique-t-elle dans une vidéo publiée par l’IHES. Son élection à la médaille Fields marque un tournant symbolique, alors que les femmes restent minoritaires dans les plus hautes distinctions scientifiques.
Des applications concrètes dans le quotidien et la recherche
L’analyse harmonique, domaine central de ses travaux, repose sur les séries et transformées de Fourier, des outils mathématiques développés au XIXe siècle par Joseph Fourier. Ces équations, bien que souvent perçues comme abstraites, sont au cœur de technologies modernes : téléphonie mobile, imagerie médicale, compression vidéo ou encore prévisions météorologiques. Sans elles, les SMS, les CD ou les prévisions de tempêtes n’existeraient pas sous leur forme actuelle.
« La résolution de la conjecture de Kakeya en 3D pourrait améliorer la précision des algorithmes de traitement du signal », précise Hong Wang dans une interview. Ses résultats, publiés avec Joshua Zahl, ont également des répercussions en théorie des fractales et en physique quantique. Des chercheurs comme Terence Tao, lui-même médaillé Fields, ont salué cette avancée comme « une percée majeure pour toute une génération de mathématiciens ».
La cérémonie de remise des médailles Fields aura lieu lors du Congrès international des mathématiciens, prévu à Philadelphie en août 2026. Cet événement, qui réunit plus de 5 000 chercheurs du monde entier, devrait mettre en lumière non seulement les lauréats, mais aussi les enjeux de parité dans les sciences.
Pourquoi la médaille Fields est-elle si prestigieuse ?
Contrairement aux prix Nobel, qui distinguent l’ensemble d’une carrière, la médaille Fields récompense des travaux accomplis avant l’âge de 40 ans. Créée en 1936 grâce à un legs du mathématicien canadien John Charles Fields, elle est dotée d’une récompense modeste (environ 10 000 euros) mais d’une reconnaissance inégalée. « C’est la plus haute distinction qu’un mathématicien puisse espérer », souligne Laurent Sacco, journaliste scientifique chez Futura Sciences.
L’absence de prix Nobel en mathématiques a souvent été commentée. Une légende tenace veut qu’Alfred Nobel ait omis cette discipline par jalousie envers le Suédois Mittag-Leffler, mais les historiens rejettent cette hypothèse. Quoi qu’il en soit, la médaille Fields comble ce vide depuis près d’un siècle, même si son attribution reste critiquée pour son manque de diversité géographique et genrée.
L’analyse harmonique est une branche des mathématiques qui généralise la théorie de Fourier. Elle étudie les fonctions périodiques et leurs applications aux ondes, signaux et phénomènes oscillants. Utilisée en physique, ingénierie et traitement du signal, elle permet par exemple de décomposer un son en fréquences (comme pour la musique ou la parole) ou de reconstruire une image à partir de données partielles.
Proposée en 1917 par le mathématicien japonais Soichi Kakeya, cette conjecture pose une question géométrique : quelle est la plus petite surface dans laquelle une aiguille peut tourner sur elle-même à 360 degrés ? En trois dimensions, sa résolution ouvre des pistes pour comprendre le comportement des ondes et optimiser des processus industriels, comme la fabrication de fibres optiques.