Alors que Budapest tente de relancer ses relations avec Bruxelles, le commissaire européen Michael McGrath rappelle que les réformes attendues en Hongrie doivent d’abord servir les intérêts de ses citoyens. Selon Euronews FR, le Premier ministre hongrois Péter Magyar rencontrera ce vendredi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pour évoquer le déblocage de 10 milliards d’euros de fonds de relance, gelés depuis plusieurs années en raison de préoccupations récurrentes sur l’État de droit et la corruption sous le gouvernement Orbán.
Ce qu'il faut retenir
- Le gouvernement hongrois doit engager des réformes structurelles pour débloquer 10 milliards d’euros de fonds européens gelés, mais ces mesures visent d’abord à améliorer la situation des citoyens hongrois, selon le commissaire européen Michael McGrath.
- Péter Magyar, Premier ministre élu en 2026, rencontre Ursula von der Leyen ce 29 mai 2026 pour discuter du calendrier de déblocage des fonds, gelés avant août faute de garanties suffisantes sur l’indépendance de la justice et la lutte contre la corruption.
- Sous Viktor Orbán (Fidesz), au pouvoir de 1998 à 2002 puis de 2010 à 2026, la Hongrie a fait l’objet de critiques répétées de l’UE pour recul démocratique, restrictions des libertés et affaiblissement de l’État de droit.
- Le gouvernement actuel envisage des amendements constitutionnels, dont une limitation à deux mandats pour les futurs Premiers ministres, perçue comme une mesure visant à empêcher un retour de Viktor Orbán.
- Michael McGrath se rendra à Budapest la semaine prochaine pour discuter avec la ministre hongroise de la Justice, Márta Görög, dans le cadre de l’examen annuel de l’État de droit de la Commission, attendu en juillet 2026.
Des réformes pour les Hongrois, pas seulement pour Bruxelles
Michael McGrath, commissaire européen à la Démocratie, à la Justice et à l’État de droit, insiste sur un point essentiel : les réformes que Budapest doit mettre en œuvre ne visent pas uniquement à satisfaire les exigences de l’Union européenne. Comme il l’a rappelé dans l’émission The Europe Conversation d’Euronews FR, leur objectif premier est de rétablir les droits et les perspectives des citoyens hongrois. « Ce n’est pas qu’ils doivent le faire pour l’UE. Ils doivent le faire pour eux-mêmes et pour le peuple hongrois, afin qu’ils puissent jouir des droits, des avantages, des libertés et des privilèges que confère l’appartenance à l’Union européenne », a-t-il déclaré.
Parmi les exemples concrets cités par McGrath figure l’accès restreint des étudiants hongrois au programme Erasmus, bloqué en raison de dysfonctionnements liés aux fondations publiques créées sous l’ère Orbán. « Plus nous pourrons régler ces questions rapidement, mieux ce sera, afin d’améliorer le quotidien des citoyens hongrois ordinaires. C’est de cela qu’il s’agit », a-t-il souligné.
Un calendrier serré pour le déblocage des fonds européens
Péter Magyar, qui a succédé à Viktor Orbán, cherche à obtenir avant le mois d’août le déblocage des 10 milliards d’euros de fonds de relance européens, suspendus depuis plusieurs années. Ces fonds sont gelés en raison de préoccupations de longue date concernant l’indépendance de la justice, la corruption et les reculs démocratiques observés sous le précédent gouvernement. La rencontre prévue ce 29 mai 2026 avec Ursula von der Leyen s’inscrit dans cette démarche, alors que Budapest tente de prouver sa volonté de réformes.
Selon McGrath, Bruxelles est prête à accompagner la Hongrie dans cette transition, mais le processus s’annonce complexe. « Il y aura, c’est certain, des défis et des complications, et il est impossible de tout faire du jour au lendemain », a-t-il reconnu. « L’important, c’est que nous constations un engagement durable en faveur de l’État de droit et de la mise en œuvre des réformes indispensables en Hongrie, y compris pour revenir sur une partie de ce qui a été fait ces dernières années. »
Un héritage politique contesté et des tensions internes
La transition politique en Hongrie s’accompagne déjà de tensions constitutionnelles. Péter Magyar a demandé la démission de plusieurs hauts responsables nommés sous l’ère Orbán, dont le chef de l’État, et menace de révisions constitutionnelles s’ils refusent de partir. Interrogé sur la légitimité de ces pressions, McGrath a estimé qu’un renouvellement du personnel politique était « inévitable » après un « bouleversement électoral de cette ampleur », tout en insistant sur le respect de la procédure régulière et des droits individuels. « Lorsque le paysage politique d’un pays connaît un changement aussi sismique, il est inévitable qu’il y ait des changements de personnes », a-t-il déclaré. « L’essentiel est que la procédure régulière soit toujours respectée et que les droits de chaque citoyen, y compris ceux qui occupent des fonctions publiques, soient garantis. »
L’État de droit au cœur des négociations
Sous Viktor Orbán et son parti, le Fidesz, la Hongrie a été régulièrement pointée du doigt par la Commission européenne, le Parlement européen et des ONG pour son recul démocratique. Les critiques portaient notamment sur l’indépendance de la justice, la liberté des médias et de l’enseignement supérieur, la corruption, les marchés publics ainsi que les droits des minorités et des personnes LGBTQ. Ces sujets restent au centre des discussions entre Budapest et Bruxelles, alors que le nouveau gouvernement hongrois s’est engagé à rétablir les relations avec l’UE et à revenir sur des éléments clés de la gouvernance orbániste.
Michael McGrath a indiqué que la Commission suivait de près l’évolution de la situation en Hongrie dans le cadre de son examen annuel de l’État de droit, dont le prochain rapport est attendu pour juillet 2026. « De bons progrès sont réalisés et nous soutiendrons la Hongrie sur la voie du rétablissement de l’État de droit, dans l’intérêt de ses citoyens », a-t-il assuré.
La transformation politique de la Hongrie est suivie avec attention dans toute l’Europe, perçue comme un test pour évaluer si des institutions démocratiques, affaiblies par des années de pouvoir populiste, peuvent être reconstruites de l’intérieur. La question reste entière : à quel rythme Bruxelles acceptera-t-elle de récompenser les réformes en rétablissant les financements et le soutien politique ?
Les fonds européens de la Hongrie, estimés à 10 milliards d’euros, ont été gelés en raison de préoccupations récurrentes concernant l’indépendance de la justice, la corruption et les reculs démocratiques observés sous le gouvernement de Viktor Orbán (Fidesz), au pouvoir de 1998 à 2002 puis de 2010 à 2026. Ces dysfonctionnements ont été documentés par la Commission européenne, le Parlement européen et des ONG internationales, notamment en matière de liberté des médias, de droits des minorités et de gouvernance des marchés publics.
Le gouvernement de Péter Magyar doit engager des réformes structurelles pour rétablir l’État de droit, notamment en garantissant l’indépendance de la justice, en luttant contre la corruption, en restaurant les libertés académiques et médiatiques, et en améliorant l’accès des étudiants hongrois aux programmes européens comme Erasmus. Ces mesures sont jugées essentielles pour débloquer les fonds européens gelés et améliorer le quotidien des citoyens.