Une délégation de haut niveau de la Commission européenne, menée par Björn Seibert, chef de cabinet de la présidente Ursula von der Leyen, s’est rendue à Budapest ce week-end pour des discussions informelles avec les représentants du parti Tisza, futur exécutif hongrois. L’objectif affiché : débloquer les 17 milliards d’euros gelés par Bruxelles en raison de manquements à l’état de droit et à la lutte contre la corruption, selon Euronews FR.
Ce qu'il faut retenir
- 17 milliards d’euros bloqués par l’UE, sur un total de 27 milliards prévus pour la Hongrie, en raison de questions liées à la corruption et à l’indépendance de la justice.
- Une délégation européenne de haut niveau, incluant plusieurs directeurs généraux, a rencontré les futurs ministres du parti Tisza, victorieux aux législatives d’avril 2026.
- La Hongrie risque de perdre 10,4 milliards d’euros issus de la Facilité pour la reprise et la résilience (FRR) d’ici fin août 2026, faute d’accord.
- Le futur Premier ministre Péter Magyar a présenté un plan en quatre étapes axé sur la lutte contre la corruption, l’indépendance de la justice et la liberté de la presse.
- Les fonds liés à l’Ukraine et ceux gelés pour la Hongrie restent des dossiers distincts, a confirmé Tisza comme la Commission.
- Le nouveau gouvernement, issu du parti Tisza, devrait entrer en fonction en mai 2026 et devra respecter 27 « super-jalons » pour débloquer les fonds.
Cette initiative marque un tournant dans les relations entre Bruxelles et Budapest, après seize années de gouvernance de Viktor Orbán. Pour la première fois, la Commission a dépêché une délégation d’un tel niveau pour rencontrer des responsables d’un parti non encore au pouvoir. « Un point fait l’objet d’un accord total : il faut enfin se mettre réellement au travail pour que les fonds européens dus au peuple hongrois parviennent enfin en Hongrie », a déclaré Péter Magyar sur les réseaux sociaux après les entretiens, comme le rapporte Euronews FR.
Une course contre la montre avant la fin août 2026
La priorité immédiate réside dans la Facilité pour la reprise et la résilience (FRR), un mécanisme de relance européen de 10,4 milliards d’euros que la Hongrie risque de perdre si aucun accord n’est trouvé d’ici la fin du mois d’août. « Le temps joue contre nous pour la FRR. Si la date limite n’avait pas été fixée à la fin août, la délégation de l’UE ne serait pas venue aussi tôt. La Hongrie est sur le point de perdre beaucoup d’argent, et la Commission en a conscience et a réagi », a confié à Euronews FR, sous couvert d’anonymat, une source du parti Tisza directement impliquée dans les négociations.
Les discussions, qui se sont déroulées sur deux jours, ont porté sur les réformes nécessaires pour répondre aux exigences européennes. Péter Magyar a détaillé un plan en quatre étapes : lutte contre la corruption, rétablissement de l’indépendance de la justice, protection de la liberté de la presse et de la recherche universitaire, ainsi que le rapatriement des fonds européens. « Nous avons l’intention de mettre pleinement en œuvre ces engagements une fois au gouvernement, y compris notre promesse de rapatrier les fonds européens qui reviennent de droit aux Hongrois », a-t-il précisé.
La délégation européenne a également abordé la question des 17 milliards d’euros bloqués au titre des manquements à l’état de droit, ainsi que les 17 milliards d’euros supplémentaires issus de l’instrument SAFE, destiné à moderniser l’industrie de défense hongroise. Si ces fonds étaient débloqués, leur impact sur l’économie locale serait « considérable », selon les observateurs.
Un gouvernement Tisza sous haute surveillance européenne
La rencontre entre la délégation de la Commission et les représentants de Tisza, menée par le futur Premier ministre Péter Magyar, s’inscrit dans un contexte politique inédit. Le parti Tisza a remporté les élections législatives hongroises d’avril 2026, mettant fin à seize années de pouvoir de Viktor Orbán. Contrairement aux pratiques passées, la Commission a choisi de ne pas rencontrer les membres du gouvernement sortant, un signal politique fort en direction du nouveau pouvoir.
La délégation de Tisza comprenait plusieurs figures clés du futur exécutif : Anita Orbán (future ministre des Affaires étrangères), András Kármán (ministre désigné des Finances), István Kapitány (ministre désigné de l’Économie) et Márton Hajdu (chef de cabinet à Bruxelles et spécialiste des questions européennes). Péter Magyar a participé aux premières heures des entretiens, avant de laisser place à ses collaborateurs.
Les responsables de Tisza ont assuré que leur programme électoral, qui prévoit notamment l’adhésion au Parquet européen, allait au-delà des exigences formulées par la Commission. Des travaux sont en cours pour réviser le Plan hongrois de relance et de résilience, couvrant la transition verte, la transformation numérique et les projets énergétiques. Parmi les priorités figurent la modernisation du réseau ferroviaire national, des lignes de banlieue et du réseau électrique.
Un dossier ukrainien distinct des questions financières
Les discussions de Budapest ont également porté sur les différends persistants entre Budapest et Bruxelles, notamment le blocage par Viktor Orbán du prêt de 90 milliards d’euros destiné à l’Ukraine et l’opposition hongroise à l’ouverture des chapitres de négociation d’adhésion pour Kyiv. Cependant, Tisza comme la Commission ont réaffirmé que les dossiers liés à l’Ukraine ne seraient pas liés à la question des fonds européens. « Il est impossible de lier les deux sujets, car les exigences relatives aux fonds sont clairement définies », a expliqué une source de Tisza à Euronews FR.
Cette séparation des dossiers devrait permettre d’avancer plus rapidement sur la question des fonds gelés, même si les réformes nécessaires s’inscriront dans un chantier de plus long terme. Une source au sein de la Commission européenne a indiqué que les questions encore ouvertes pourraient être réglées par des amendements adoptés en une seule session parlementaire, « à condition qu’il y ait une volonté politique à Budapest ».
Ces échanges marquent une étape cruciale pour la Hongrie, qui pourrait bénéficier d’un déblocage partiel de ses fonds européens. Reste à savoir si le nouveau gouvernement parviendra à concilier ses promesses électorales avec les exigences de Bruxelles, dans un contexte politique et économique toujours tendu.
La Commission européenne a gelé 17 milliards d’euros sur les 27 milliards prévus pour la Hongrie en raison de manquements répétés à l’état de droit, de la corruption et de l’influence politique sur le système judiciaire. Ces blocages s’inscrivent dans le cadre du mécanisme de conditionnalité budgétaire de l’UE, qui lie le versement des fonds au respect des valeurs européennes.
