Pour le politologue Olivier Le Cour Grandmaison, les violences commises par la France durant la colonisation, notamment en Algérie, peuvent être comparées au massacre nazi d’Oradour-sur-Glane en 1944. Dans une tribune publiée en février 2025 et rapportée par France 24, il affirme que les historiens ont depuis longtemps établi ces parallèles, malgré les polémiques médiatiques et politiques qui entourent ce débat.

Ce qu'il faut retenir

  • Le politologue Olivier Le Cour Grandmaison établit un parallèle entre les violences coloniales françaises et le massacre d’Oradour-sur-Glane, perpétré par les nazis le 10 juin 1944.
  • Ces pratiques incluent tortures, "enfumades", déportations et disparitions forcées, selon ses travaux.
  • Le débat, relancé en février 2025, s’inscrit dans une polémique plus large sur la reconnaissance des crimes coloniaux.
  • Les historiens, souligne-t-il, ont déjà tranché sur la gravité et l’ampleur de ces exactions.

Des méthodes de guerre comparables à celles des nazis

Olivier Le Cour Grandmaison, auteur d’un dernier ouvrage sur le sujet, insiste sur le fait que les techniques employées par l’armée française en Algérie – comme les "enfumades" ou les disparitions forcées – s’apparentent à des crimes de guerre. Ces méthodes, précise-t-il, ont été documentées et analysées par de nombreux historiens. « Les comparaisons avec Oradour-sur-Glane ne sont pas anodines », explique-t-il. « Elles soulignent l’ampleur des violences systématiques commises au nom de la domination coloniale. »

Un débat récurrent et politiquement sensible

La question des crimes coloniaux revient régulièrement sur le devant de la scène médiatique et politique. En février 2025, cette polémique a été ravivée par la publication d’ouvrages et de tribunes, dont celle du Cour Grandmaison. Le chercheur rappelle que les archives et les témoignages des victimes confirment l’existence de pratiques généralisées, allant des exécutions sommaires aux transferts forcés de populations. Ces exactions, bien que moins médiatisées que le massacre d’Oradour, ont fait des milliers de morts, selon les estimations des historiens.

Oradour-sur-Glane : un symbole des crimes nazis en France

Le 10 juin 1944, 642 habitants du village d’Oradour-sur-Glane, en Haute-Vienne, ont été massacrés par une division SS. Ce drame, resté dans les mémoires comme l’un des plus symboliques des crimes nazis en France, a été érigé en référence pour évoquer l’horreur de la guerre. Comparer ces exactions à celles commises par la France en Algérie revient à souligner la gravité des violences coloniales, estime Le Cour Grandmaison. Pour lui, cette comparaison n’est pas une provocation, mais une nécessité pour reconnaître pleinement l’histoire coloniale.

Et maintenant ?

Alors que le débat sur la mémoire coloniale continue de diviser, les travaux d’Olivier Le Cour Grandmaison pourraient alimenter les discussions à venir. Plusieurs associations et chercheurs appellent désormais à une reconnaissance officielle de ces crimes, à l’image de ce qui a été fait pour Oradour-sur-Glane. Une proposition de loi sur la reconnaissance des crimes coloniaux est attendue à l’Assemblée nationale d’ici la fin de l’année 2026, mais son adoption reste incertaine.

Cette question dépasse le cadre historique pour toucher à l’identité nationale et à la place de la France dans le récit de son passé. Si certains y voient une démarche de vérité et de réconciliation, d’autres craignent une instrumentalisation politique. Une chose est sûre : le débat ne s’éteindra pas de sitôt.

Les "enfumades" désignent une technique de guerre utilisée par l’armée française durant la colonisation de l’Algérie. Elle consistait à asphyxier des populations civiles réfugiées dans des grottes ou des habitations en y introduisant de la fumée ou des gaz toxiques. Cette pratique, attestée notamment lors de la conquête de l’Algérie au XIXe siècle, a été dénoncée par plusieurs historiens comme un crime de guerre.