Alors que la nomination de Péter Magyar à la tête du gouvernement hongrois avait suscité un soulagement en Europe, le nouveau Premier ministre refuse pour l'instant de retirer une taxe discriminatoire ciblant les supermarchés étrangers, selon BFM Business.
Cette décision intervient dans un contexte budgétaire particulièrement tendu pour Budapest. Péter Magyar a en effet expliqué, lors d’un échange avec le chancelier autrichien Christian Stocker le 21 mai 2026, que la priorité restait l’adoption d’un budget 2026 fiable et propice à la relance économique. « J’ai dit au chancelier que le budget hongrois était en mauvaise posture. Notre priorité est désormais d’adopter un nouveau budget pour 2026… fondé sur des données fiables et capable de relancer la croissance économique. Bien sûr, à moyen ou long terme, nous pourrons envisager des modifications de divers impôts », a-t-il déclaré.
Ce qu'il faut retenir
- Péter Magyar, nouveau Premier ministre hongrois, maintient temporairement une taxe discriminatoire sur les supermarchés étrangers, malgré les pressions de l’UE.
- Cette taxe, instaurée en 2022 par Viktor Orban, pénalise les grandes enseignes internationales au profit des commerces locaux.
- La Commission européenne a saisi la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) pour violation des traités européens, invoquant les articles 49 et 54 du TFUE garantissant la liberté d’établissement.
- Budapest justifie son maintien par la nécessité de boucler un budget 2026 déjà déficitaire à plus de 6 %, après 4,7 % en 2025 et 5,1 % en 2024.
- Péter Magyar envisage une réforme future, mais conditionne celle-ci à la stabilisation des finances publiques.
Une taxe controversée héritée de Viktor Orban
Instaurée en 2022 sous le gouvernement de Viktor Orban, la taxe sur les supermarchés étrangers s’applique en fonction du volume de ventes des enseignes. Plus une entreprise réalise de chiffre d’affaires, plus son taux d’imposition augmente. Ce mécanisme défavorise clairement les grandes chaînes internationales, souvent intégrées verticalement, au profit des commerces hongrois, majoritairement des petites structures en franchise.
Cette mesure avait déjà suscité des critiques de la part de Bruxelles, qui y voyait une entrave à la libre circulation des services et une distorsion de concurrence. Malgré un avertissement formel de la Commission européenne en octobre 2024, puis en juin 2025, la Hongrie n’a pas cédé. Face à cette inaction, l’exécutif européen a décidé de saisir la CJUE en mai 2026, s’appuyant sur les articles 49 et 54 du traité sur le fonctionnement de l’UE, qui garantissent la liberté d’établissement pour les entreprises européennes.
Un gouvernement tiraillé entre réformes et héritage économique
Si Péter Magyar s’éloigne de Viktor Orban sur certains sujets, comme la suppression des prix bloqués sur les produits alimentaires — une mesure coûteuse et inflationniste —, il conserve une ligne dure sur cette taxe. Pourtant, son parti, Tisza, avait clairement affiché son refus de prolonger ces « caps »价格管制, privilégiant une baisse de la TVA sur les produits de première nécessité pour soutenir le pouvoir d’achat sans alimenter l’inflation. Depuis février 2026, celle-ci est redescendue à 2 % en moyenne, contre plus de 3,5 % pendant plus d’un an.
Côté finances publiques, la marge de manœuvre reste étroite. Avec un déficit budgétaire attendu à plus de 6 % en 2026, contre 4,7 % en 2025 et 5,1 % en 2024, le gouvernement hongrois mise sur une croissance économique pour redresser les comptes. Péter Magyar a fixé un objectif ambitieux : atteindre les critères de convergence pour l’adhésion à la zone euro d’ici 2030, tout en réduisant le déficit public. « Réduction du déficit public et atteinte des critères d’accession à la zone euro d’ici 2030 » figurent ainsi au cœur de sa feuille de route, avec une économie moins dépendante du travail à bas coût.
Bruxelles contre Budapest : l’affrontement juridique s’intensifie
La Commission européenne ne compte pas lâcher prise. Après deux mises en demeure infructueuses, elle a saisi la CJUE en mai 2026 pour violation des règles européennes. L’Autriche, particulièrement active sur ce dossier, pousse à une condamnation rapide de la Hongrie. « Les enseignes étrangères sont défavorisées par rapport aux enseignes hongroises, souvent de petite taille et basées sur un système de franchise », soulignait récemment un rapport de l’exécutif bruxellois.
Pourtant, Péter Magyar semble déterminé à temporiser. Interrogé sur la possibilité d’une réforme à moyen terme, il a répondu : « Bien sûr, à moyen ou long terme, nous pourrons envisager des modifications de divers impôts. » Une réponse prudente, qui laisse planer le doute sur une éventuelle modification du texte avant l’adoption définitive du budget 2026.
Les prochaines étapes incluront la présentation du budget 2026, attendue pour l’automne, ainsi que des discussions avec les institutions européennes pour trouver un compromis. Une issue reste incertaine : la Hongrie, membre de l’UE depuis 2004, pourrait-elle négocier une période de transition avant l’abandon de cette taxe ?
Quoi qu’il en soit, cette affaire illustre les tensions persistantes entre Budapest et Bruxelles sur les questions de concurrence et de libre circulation. Alors que l’UE cherche à harmoniser les règles du marché intérieur, la Hongrie, comme d’autres États membres, tente de préserver des outils de protection économique, quitte à entrer en conflit avec les institutions européennes.
La taxe hongroise, basée sur le volume de ventes des supermarchés, pénalise mécaniquement les grandes enseignes internationales, souvent plus intégrées et donc plus rentables. Les petits commerces hongrois, en franchise et de taille modeste, bénéficient d’un traitement de faveur, ce qui contrevient aux principes de libre concurrence et de liberté d’établissement garantis par les traités européens.
Si la CJUE donne raison à la Commission européenne, la Hongrie sera contrainte de supprimer cette taxe sous peine de sanctions financières. Elle devra alors trouver d’autres sources de revenus pour combler son déficit budgétaire, ce qui pourrait impacter sa politique économique ou sociale. Une condamnation renforcerait également la pression de Bruxelles sur d’autres dossiers hongrois.