Le 21 juillet 2026, une perquisition a été menée dans un centre de données de Budapest hébergeant des serveurs liés au parti Fidesz, dirigé par l’ex-Premier ministre Viktor Orbán. Selon Euronews FR, cette opération s’inscrit dans le cadre d’une enquête du bureau du procureur du comté de Bács-Kiskun, qui suspecte le Fonds national pour la culture d’avoir attribué illégalement 1 079 subventions totalisant plus de 17 milliards de forints (47 millions d’euros).

Ce qu'il faut retenir

  • Une perquisition menée le 21 juillet 2026 dans un centre de données de Budapest lié à Fidesz, selon Euronews FR.
  • L’enquête porte sur des irrégularités présumées au Fonds national pour la culture, avec 1 079 subventions jugées illégales pour un montant de 47 millions d’euros.
  • Viktor Orbán dénonce une « procédure judiciaire motivée politiquement » visant à rendre Fidesz « juridiquement non viable ».
  • Le parquet conteste ces accusations et justifie la saisie des serveurs par le volume des données et un manque de coopération.
  • Des juristes estiment que les mesures respectent le droit hongrois et les standards européens en matière de droits de l’homme.
  • Le procureur général Gábor Bálint Nagy a démissionné le 22 juillet 2026, une décision saluée par le Premier ministre Peter Magyar.

Selon le parquet, l’opération visait à examiner des serveurs hébergés par un prestataire externe, liés à un parti politique. Le ministère public a justifié la saisie des supports de stockage par l’impossibilité de sauvegarder les données sur place en raison de leur volume et d’un manque de coopération de la part du parti concerné. « Le ministère public a donc décidé de saisir les supports de stockage des données », a précisé le bureau du procureur, ajoutant que les autorités travaillaient à sécuriser et analyser ces dispositifs.

Orbán accuse la justice de partialité politique

Dès l’annonce de la perquisition, Viktor Orbán a dénoncé une manœuvre politique. « Hier, j’ai compris de quoi il retournait », a-t-il déclaré aux journalistes, qualifiant l’enquête de « procédure judiciaire motivée politiquement » visant à rendre Fidesz « juridiquement non viable ». Il a mis en cause le fondement juridique de cette saisie, affirmant que « lorsque les serveurs d’un parti politique sont saisis par le gouvernement d’une force politique rivale, c’est un problème ».

Ses accusations ont trouvé un écho chez certains alliés politiques à l’étranger. La députée française Marine Le Pen (Rassemblement national) et le ministre italien des Transports Matteo Salvini ont exprimé leur solidarité avec Fidesz sur le réseau social X, accusant les autorités hongroises de violer l’État de droit. De son côté, Balázs Orbán, ancien directeur politique de Viktor Orbán, a affirmé à Euronews FR que la saisie ciblait en réalité des informations sensibles sur le parti. « Ils sont entrés au siège de Fidesz et ont recueilli toutes les informations – tous les sympathisants, tous les militants, l’ensemble des communications internes du parti », a-t-il dénoncé. « Il s’agit de mettre la pression sur un parti politique. »

Le parquet défend la légalité de l’opération

Le bureau du procureur du comté de Bács-Kiskun a rejeté ces accusations, insistant sur le fait que la perquisition avait été menée chez un prestataire externe chargé de stocker des données électroniques liées à un parti politique. Le parquet a souligné que le volume des données et le manque de coopération du parti ne permettaient pas une sauvegarde sur place, justifiant ainsi la saisie des supports. « Toutes les garanties sont disponibles et toutes les voies de recours judiciaires possibles sont ouvertes », a-t-il rappelé.

Cette défense n’a pas convaincu certains observateurs. Tamás Lattmann, maître de conférences en droit au collège Tomori Pál de Budapest et à l’Université de New York à Prague, a estimé que les mesures décrites semblaient conformes au droit hongrois et aux standards européens en matière de droits de l’homme. « À l’heure actuelle, au vu de ces actes et de ces situations, je ne vois aucun risque supplémentaire ou accru pour l’État de droit ou la protection des droits de l’homme », a-t-il déclaré. Il a ajouté que les garanties juridiques des personnes concernées par la procédure restaient intactes.

« Ces procédures sont actuellement conformes aux dispositions du droit hongrois et aux standards européens en matière de droits de l’homme. Toutes les garanties sont disponibles et toutes les voies de recours judiciaires possibles sont ouvertes. Je ne pense donc pas qu’il y ait, à ce stade, une raison de crier au loup. »
— Tamás Lattmann, maître de conférences en droit

Un contexte politique en pleine mutation

La perquisition intervient dans un contexte politique hongrois marqué par un changement de garde à la tête du pays. Le 22 juillet 2026, le procureur général Gábor Bálint Nagy a annoncé sa démission, effective à compter du 25 août 2026. Dans un communiqué, il a affirmé que la préservation de l’indépendance et de l’autorité du pouvoir judiciaire, y compris le parquet, était essentielle pour un système démocratique. « Le parquet ne doit pas devenir un instrument au service des luttes politiques », a-t-il souligné.

Cette démission a été saluée par le nouveau Premier ministre Peter Magyar, qui a battu Viktor Orbán lors des élections législatives d’avril 2026. Sur le réseau social X, Magyar a qualifié le départ de Nagy de « pas supplémentaire vers la transformation politique du pays », décrivant le système judiciaire précédent comme un « système mafieux ». Il a annoncé son intention de démanteler ces structures via une opération baptisée « Purgatoire ».

Pour Daniel Hegedüs, directeur adjoint de l’Institut allemand pour la politique européenne (Institut für Europäische Politik) à Berlin, l’enquête actuelle reflète une évolution du paysage politique hongrois. Selon lui, le parquet était sous l’influence de Fidesz pendant seize ans, et la justice examine désormais des violations présumées de la loi. « Ce que nous observons, c’est que la justice hongroise fait, peu ou prou, ce qu’un système judiciaire indépendant doit faire en cas de violations présumées de la loi », a-t-il analysé. Hegedüs a ajouté que les accusations de Fidesz s’inscrivaient dans une stratégie politique visant à discréditer les institutions.

Et maintenant ?

L’enquête sur les subventions illégales du Fonds national pour la culture devrait se poursuivre dans les prochaines semaines, avec une analyse plus approfondie des données saisies. Le Premier ministre Peter Magyar a réaffirmé sa volonté de réformer le système judiciaire, une démarche qui pourrait entraîner de nouvelles tensions avec l’opposition. La démission du procureur général Nagy, prévue pour le 25 août 2026, marque un tournant symbolique dans cette transition politique. Reste à voir si les garanties juridiques invoquées par le parquet suffiront à apaiser les craintes d’une instrumentalisation de la justice.

En Hongrie comme en Europe, le débat sur l’État de droit et l’indépendance de la justice devrait s’intensifier, alors que Budapest est sous le feu des projecteurs pour ses réformes institutionnelles. Pour l’heure, les experts interrogés par Euronews FR appellent à la prudence : « À ce stade, il n’existe aucune preuve d’une atteinte à l’État de droit », rappelle Tamás Lattmann, tout en soulignant l’importance de suivre l’évolution de la procédure.

Selon le bureau du procureur du comté de Bács-Kiskun, cette opération s’inscrit dans une enquête sur des irrégularités présumées au Fonds national pour la culture, où 1 079 subventions totalisant 47 millions d’euros auraient été attribuées illégalement. Le parquet justifie la saisie des serveurs par le volume des données et un manque de coopération de la part du parti, rendant impossible une sauvegarde sur place.