Dans une tribune publiée ce week-end par Le Monde - Education, Pierre-Paul Zalio, président du campus Condorcet, alerte sur la nécessité d’une protection accrue des chercheurs et chercheuses en sciences humaines et sociales en situation de migration. Une urgence, selon lui, d’autant plus criante que ces professionnels restent bien moins intégrés que leurs homologues d’autres disciplines dans les dispositifs d’accueil existants.
Ce qu'il faut retenir
- Pierre-Paul Zalio, président du campus Condorcet, a publié une tribune dans Le Monde - Education pour défendre l’hospitalité académique.
- Il souligne que les chercheurs en sciences humaines et sociales sont moins bien intégrés que ceux d’autres disciplines dans les programmes d’accueil.
- La tribune coïncide avec la Journée mondiale des réfugiés, célébrée chaque année le 20 juin.
- Zalio considère l’accueil des chercheurs comme une force morale et un pilier de la souveraineté des institutions académiques.
Une tribune publiée à l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés
La tribune de Pierre-Paul Zalio, président du campus Condorcet, intervient à l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés, célébrée chaque 20 juin. Ce campus parisien, dédié aux sciences humaines et sociales, s’est imposé comme un acteur clé dans l’accueil des chercheurs en exil. Pourtant, comme le rappelle Zalio, ces derniers peinent à bénéficier des mêmes opportunités que leurs collègues issus d’autres disciplines, notamment en sciences dures ou en ingénierie, où les programmes d’intégration sont souvent plus structurés.
Selon lui, cette disparité s’explique en partie par la complexité des parcours des chercheurs en sciences humaines, dont les compétences sont parfois moins facilement « traduisibles » dans les dispositifs d’accueil classiques. « Leur intégration nécessite une approche spécifique, adaptée à la nature même de leurs travaux », a-t-il expliqué dans sa tribune.
L’hospitalité académique, une question de souveraineté
Pour Pierre-Paul Zalio, l’accueil des chercheurs réfugiés ne relève pas uniquement d’une démarche humanitaire. Il en fait une question de souveraineté académique. « L’hospitalité académique est une force morale au fondement même de notre souveraineté », écrit-il. Selon lui, les universités et les campus doivent être perçus comme des lieux d’asile intellectuel, où la diversité des profils enrichit la recherche et la réflexion collective.
Il rappelle que la France, avec des institutions comme le campus Condorcet, dispose des moyens pour jouer un rôle de premier plan dans ce domaine. Pourtant, les chiffres montrent que les chercheurs en sciences humaines et sociales restent sous-représentés dans les dispositifs d’accueil. « Nous devons passer de la déclaration d’intention à l’action concrète », a-t-il insisté, évoquant la nécessité de renforcer les partenariats avec les organismes internationaux comme le HCR ou l’UNESCO.
Des pistes pour améliorer l’intégration
Parmi les solutions proposées par Zalio, figure la création de programmes dédiés aux chercheurs en exil, avec un accompagnement linguistique, administratif et scientifique adapté. Il cite en exemple le dispositif « PAUSE », lancé en 2018 par le Collège de France, qui permet d’accueillir des chercheurs menacés dans leur pays. « Ce type d’initiatives doit être généralisé et amplifié », a-t-il souligné.
Il insiste également sur l’importance de sensibiliser les établissements à la valeur ajoutée de ces profils. « Les chercheurs réfugiés apportent des perspectives uniques, nourries par leur expérience de l’exil. Leur intégration est un investissement pour la recherche française », a-t-il déclaré. Enfin, il appelle à une meilleure coordination entre les différents acteurs — universités, ministères, ONG — pour éviter les doublons et optimiser les ressources disponibles.
Pour l’heure, la tribune de Zalio contribue à placer cette question au cœur des préoccupations du monde universitaire. Alors que les crises migratoires persistent et que les restrictions budgétaires menacent certains dispositifs, son plaidoyer rappelle que l’accueil des chercheurs réfugiés est autant une question de principe qu’une nécessité stratégique pour la recherche française.
Le campus Condorcet est un établissement public dédié à la recherche en sciences humaines et sociales, situé à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Inauguré en 2019, il rassemble plusieurs universités et institutions de recherche.
Lancé en 2018 par le Collège de France, le dispositif « PAUSE » (Programme national d’accueil en urgence des scientifiques en exil) permet d’accueillir des chercheurs menacés dans leur pays d’origine, en leur offrant un soutien financier et logistique.