Huit membres du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP) au Tchad ont été placés sous mandat de dépôt le 28 avril 2026, quatre jours après leur arrestation survenue le 25 avril. Selon RFI, ces opposants ont été auditionnés par le procureur de la République, qui leur reproche plusieurs chefs d’accusation : attroupement armé, mouvement insurrectionnel, rébellion et détention d’armes de guerre. Leurs avocats dénoncent une procédure qualifiée de « purement politique », y voyant le signe d’une « fin de la démocratie » au Tchad.
Ce qu'il faut retenir
- Huit membres du GCAP placés sous mandat de dépôt le 28 avril 2026, après une arrestation le 25 avril.
- Chefs d’accusation : attroupement armé, mouvement insurrectionnel, rébellion et détention d’armes de guerre.
- Le GCAP prévoyait d’organiser une « marche de protestation et d’indignation pacifique » le 2 mai 2026.
- Les avocats des opposants dénoncent une procédure qualifiée de « politique » et un recul démocratique.
Une arrestation suivie d’une procédure judiciaire accélérée
L’arrestation des huit membres du GCAP, intervenue le 25 avril, a marqué le début d’une procédure judiciaire perçue comme expéditive. Dès le 28 avril, le procureur de la République a requis leur placement sous mandat de dépôt, une décision confirmée par le tribunal compétent. Parmi les charges retenues figurent notamment la participation à un attroupement armé et la détention d’armes de guerre, des accusations qui, selon leurs défenseurs, relèvent davantage de la répression politique que de la justice.
Côté autorités tchadiennes, aucune communication officielle n’a encore détaillé les éléments à charge. Pourtant, cette procédure survient dans un contexte politique déjà tendu, où l’espace accordé à l’opposition s’est progressivement réduit depuis plusieurs mois. Pour les observateurs, ces arrestations pourraient s’inscrire dans une stratégie plus large visant à museler les voix dissidentes.
Le GCAP et ses projets de mobilisation contestés
Le Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP) avait annoncé son intention d’organiser une « marche de protestation et d’indignation pacifique » prévue pour le 2 mai 2026. Ce projet de manifestation, censé dénoncer la situation politique actuelle, a été interprété comme une provocation par les autorités, qui y voient une tentative de déstabilisation. Les huit opposants arrêtés étaient parmi les principaux organisateurs de cet événement, désormais suspendu sine die.
Pour leurs avocats et soutiens, cette interdiction de fait de la manifestation illustre une volonté des autorités de « verrouiller » le débat public. « Organiser une marche pacifique n’est pas un crime, mais une liberté fondamentale », a réagi Me Hassan Adoum, l’un des défenseurs des détenus. « Ces mandats de dépôt sont une preuve supplémentaire que le pouvoir cherche à étouffer toute forme d’opposition, même non violente. »
Une opposition qui dénonce un recul démocratique
Le GCAP, plateforme regroupant plusieurs partis et personnalités de l’opposition tchadienne, a toujours milité pour une transition démocratique apaisée. Ses membres estiment que les accusations portées contre eux visent à les écarter définitivement de la scène politique. « Cette procédure est une attaque frontale contre la démocratie », a déclaré hier un porte-parole du groupe, sous couvert d’anonymat. « On nous reproche des faits que nous n’avons pas commis, et on nous prive de notre droit à manifester. »
Les observateurs internationaux, notamment les organisations de défense des droits humains, ont déjà alerté à plusieurs reprises sur la dégradation de la situation politique au Tchad. La répression des mouvements d’opposition, couplée à des restrictions croissantes de la liberté de la presse, fait craindre une dérive autoritaire. Le gouvernement tchadien, de son côté, justifie ses actions par la nécessité de « maintenir l’ordre public » et d’éviter des tensions sociales incontrôlables.
Cette affaire survient alors que le Tchad prépare une année politique chargée, avec des élections locales et peut-être présidentielles en perspective. Le sort réservé au GCAP pourrait ainsi préfigurer l’orientation que prendra le pays en matière de respect des libertés fondamentales. Autant dire que les prochains mois seront déterminants pour l’avenir de la démocratie tchadienne.
Leur avocat a indiqué que l’instruction pourrait durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Leur procès devrait se tenir ensuite, mais aucune date n’a encore été fixée. Les observateurs craignent que l’affaire soit jugée en huis clos, comme cela a déjà été le cas pour d’autres affaires politiques au Tchad.