Une jeune entreprise française, HyprSpace, vient de se voir confier une mission stratégique par la Commission européenne. Selon Franceinfo - Sciences, cette start-up bordelaise, spécialisée dans la conception de moteurs de fusées innovants, a été retenue dans le cadre d’un projet pilote visant à développer des lanceurs spatiaux plus simples et plus économiques. Son approche, basée sur l’utilisation de tubes en plastique pour la propulsion, suscite l’intérêt de l’Union européenne dans un contexte géopolitique marqué par des tensions accrues autour de l’accès à l’espace.

L’enjeu est double : réduire les coûts de fabrication tout en accélérant la mise en orbite de satellites, notamment pour des missions de sécurité et de défense. HyprSpace devra concevoir un modèle de fusée capable de répondre à ces exigences, avec un premier vol d’essai prévu depuis un site militaire en métropole. Une avancée technologique qui pourrait redéfinir les standards de l’industrie spatiale européenne.

Ce qu'il faut retenir

  • HyprSpace, une start-up bordelaise, a été sélectionnée par la Commission européenne pour un projet pilote de développement de fusées innovantes.
  • Son moteur repose sur l’utilisation de tubes en plastique solide (PEHD), remplaçant les carburants liquides traditionnels.
  • Le principe hybride combine ces tubes avec de l’oxygène liquide pour générer la poussée, simplifiant considérablement la conception.
  • L’Union européenne finance ce projet dans le cadre de son programme spatial, axé sur la sécurité et la défense.
  • Un premier essai en vol est prévu depuis un site de la Direction générale de l’Armement, avec une fusée de sept mètres de long.

Une innovation disruptive dans la propulsion spatiale

Depuis des décennies, les fusées comme Ariane reposent sur des carburants liquides hautement réactifs, nécessitant des infrastructures complexes et coûteuses. HyprSpace propose une alternative radicalement différente : un système de propulsion hybride où le carburant est du plastique solide, décrit par Sylvain Bataillard, cofondateur et directeur de la stratégie de l’entreprise, comme « du kérosène sous forme solide ». Cette approche simplifie considérablement la logistique et la manipulation des matériaux.

Concrètement, l’entreprise utilise des tubes en PEHD (polyéthylène haute densité), un plastique noir couramment employé pour les canalisations d’eau potable. « C’est un matériau banal, facile à se procurer et à manipuler, ce qui réduit drastiquement les coûts », précise Sylvain Bataillard. Ces tubes, d’environ un mètre de diamètre et cinq à six mètres de long, sont emboîtés autour d’un réservoir central contenant de l’oxygène liquide. « La combustion se produit dans une chambre située entre les deux blocs de plastique, où l’oxygène liquide est injecté, générant ainsi la poussée nécessaire », explique Loïc Dechelotte, ingénieur chez HyprSpace. Un système breveté, compact et moins exigeant en normes de sécurité, puisque le plastique est inerte.

Un projet européen porté par des enjeux stratégiques

L’intérêt de la Commission européenne pour cette technologie s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu. « Dans un environnement où l’accès à l’espace est devenu un enjeu de souveraineté, l’Europe doit être capable de déployer rapidement des satellites, que ce soit pour remplacer des capacités endommagées ou renforcer ses communications », souligne Sylvain Bataillard. HyprSpace participe ainsi à un consortium piloté par la France et l’Union européenne, dont l’objectif est de développer des solutions spatiales réactives et autonomes.

Ce projet s’ajoute à d’autres initiatives européennes visant à renforcer la résilience du secteur spatial. En 2025, l’UE avait déjà lancé des appels à projets pour des lanceurs légers et modulaires, capables de répondre à des besoins militaires ou civils en cas de crise. « Notre technologie permet de produire des fusées en série, avec des coûts maîtrisés, ce qui est un atout majeur pour une industrialisation rapide », ajoute le cofondateur d’HyprSpace. Une approche qui contraste avec les méthodes traditionnelles, souvent lourdes et onéreuses.

Des défis techniques et opérationnels à relever

Malgré ses avantages, ce concept de moteur hybride doit encore faire ses preuves en conditions réelles. HyprSpace a développé en parallèle une mini-fusée de sept mètres, nommée Baguette-One 1, sur laquelle sera testé le nouveau système de propulsion. Le lancement est prévu depuis un site géré par la Direction générale de l’Armement (DGA), en métropole. Un essai qui constituera une étape clé pour valider la viabilité de cette technologie.

Les défis ne manquent pas : optimiser la combustion entre le plastique et l’oxygène liquide, garantir la stabilité du lanceur lors du décollage, ou encore assurer la fiabilité du moteur sur plusieurs vols. « Nous travaillons sur des simulations poussées et des tests au sol pour affiner notre modèle », confie Loïc Dechelotte. À terme, l’entreprise envisage une version plus grande de sa fusée, capable d’emporter des charges utiles plus lourdes, voire des petits satellites.

Pour HyprSpace, ce projet représente une opportunité de se positionner comme un acteur incontournable du New Space européen. « Nous ne cherchons pas à concurrencer Ariane, mais à compléter l’offre existante avec des solutions adaptées à des besoins spécifiques », précise Sylvain Bataillard. Une stratégie qui pourrait séduire les agences spatiales et les acteurs privés en quête de flexibilité.

Et maintenant ?

Le premier vol d’essai de la Baguette-One 1 est attendu dans les prochains mois, une fois les dernières validations techniques obtenues. Si les résultats sont concluants, HyprSpace pourrait étendre son partenariat avec la Commission européenne et intégrer d’autres projets spatiaux, notamment dans le cadre du programme « EU Space Programme 2027-2030 ». La start-up devra également lever des fonds pour industrialiser sa production et recruter des talents, dans un secteur où les compétences en propulsion restent rares. Bref, une aventure industrielle qui ne fait que commencer.

Cette innovation illustre une tendance de fond dans le spatial : la recherche de solutions plus agiles et moins coûteuses, sans sacrifier la performance. Avec des acteurs comme HyprSpace, l’Europe mise sur la disruption technologique pour conserver sa place dans la course spatiale, face à des concurrents américains ou chinois toujours plus ambitieux.

Selon Sylvain Bataillard, cofondateur d’HyprSpace, le plastique sous forme solide (un dérivé du kérosène) simplifie considérablement la logistique et réduit les coûts. « C’est un matériau inerte, facile à manipuler et abondant, ce qui permet de s’affranchir de nombreuses normes de sécurité et de chaînes d’approvisionnement complexes », explique-t-il. De plus, la forme des tubes en PEHD correspond directement à celle nécessaire pour le bloc carburant, optimisant ainsi le processus de fabrication.