Une équipe internationale de chercheurs a identifié, grâce à l'analyse de spores et pollens fossilisés, les traces de méga-incendies qui ont balayé les paysages de l'ère du Trias, il y a quelque 200 millions d'années. D'après Le Monde, ces vestiges végétaux, prélevés dans plusieurs pays européens, révèlent l'existence de vastes savanes dominées par des fougères géantes, aujourd'hui disparues.

Ce qu'il faut retenir

  • 200 millions d'années : période de la fin de l'ère géologique du Trias.
  • Analyse de spores et pollens fossilisés pour identifier des traces d'incendies.
  • Prélèvements réalisés dans plusieurs pays d'Europe.
  • Paysages de l'époque dominés par des fougères géantes.
  • Équipe internationale de chercheurs à l'origine de la découverte.

Une découverte basée sur l'analyse paléontologique

Les chercheurs, dont les travaux ont été publiés dans une revue scientifique internationale, ont exploité des échantillons de spores et pollens conservés dans des sédiments datés de la fin du Trias. Selon leurs conclusions, ces microfossiles portent des traces de combustion, comme l'a expliqué le paléobotaniste Emmanuel Fara, membre de l'équipe et chercheur au CNRS. « Ces spores, carbonisées par d'immenses feux, témoignent d'un climat bien plus sec qu'aujourd'hui, favorisant la propagation de feux incontrôlables », a-t-il précisé.

Les prélèvements ont été effectués dans des régions aujourd'hui réparties entre la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Italie. Ces zones, autrefois situées à des latitudes tropicales, offraient un terrain propice à la prolifération de végétaux aujourd'hui éteints. « Autant dire que l'on parle d'un écosystème radicalement différent de celui que nous connaissons », a ajouté le chercheur.

Un climat en mutation, des paysages en feu

La fin du Trias, il y a environ 201 à 200 millions d'années, a été marquée par une série d'événements géologiques et climatiques majeurs. D'après les analyses, une augmentation significative des températures et une aridification progressive du climat ont transformé les vastes forêts de conifères et de fougères en savanes ouvertes. « Ce réchauffement, probablement lié à une activité volcanique intense, a créé des conditions idéales pour le déclenchement d'incendies à grande échelle », a indiqué Sophie Warny, spécialiste des spores fossiles à l'Université de Louisiane et co-autrice de l'étude.

Les traces de ces feux, conservées dans les spores, révèlent une intensité et une étendue bien supérieures à ce que l'on observe aujourd'hui dans les écosystèmes similaires. « Ces incendies ne se contentaient pas de consumer la surface : ils modifiaient durablement la composition des sols et la dynamique de la végétation », a souligné Warny.

Un éclairage sur l'impact des changements climatiques passés

Cette découverte apporte un éclairage nouveau sur les conséquences des perturbations climatiques, même à l'échelle des temps géologiques. « Comprendre comment ces écosystèmes ont réagi à un réchauffement extrême peut nous aider à anticiper les effets du changement climatique actuel », a déclaré Fara. Les chercheurs soulignent que l'étude des paléo-incendies permet de reconstituer les cycles de feu naturels et leurs interactions avec les variations du CO₂ atmosphérique.

Les résultats publiés dans la revue Earth and Planetary Science Letters confirment également l'hypothèse selon laquelle les périodes de réchauffement passé ont souvent été accompagnées d'une augmentation de la fréquence et de la sévérité des feux de forêt. « Cela rappelle que les feux ne sont pas uniquement un phénomène récent, mais un processus naturel, bien que potentiellement dévastateur », a conclu Warny.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes de la recherche pourraient inclure l'analyse d'autres sites fossilifères en Europe et en Amérique du Nord, afin de dresser une carte plus précise de l'étendue de ces méga-incendies. Une datation plus fine des sédiments permettrait également d'affiner la chronologie de ces événements et leur lien avec les grandes extinctions de la fin du Trias. Les scientifiques espèrent aussi comparer ces données avec les modèles climatiques actuels pour évaluer les risques de propagation d'incendies dans un contexte de réchauffement global.

Une question reste en suspens : dans quelle mesure ces incendies ont-ils contribué à l'extinction de certaines espèces végétales à la fin du Trias ? La réponse pourrait éclairer les mécanismes de résilience des écosystèmes face aux bouleversements climatiques.