Oujhorod, grande ville ukrainienne située à quelques kilomètres seulement de la frontière slovaque, voit son paysage urbain profondément transformé par l'arrivée massive de nouveaux habitants fuyant les zones de combat à l'est du pays. Selon Libération, cette affluence a provoqué une explosion de la demande immobilière, une flambée des prix des logements et une pression sans précédent sur le marché local, redessinant ainsi le visage de cette commune jusqu'alors épargnée par les conséquences directes de la guerre.

Ce qu'il faut retenir

  • Oujhorod, ville frontalière ukrainienne proche de la Slovaquie, connaît une hausse spectaculaire des prix immobiliers depuis 2024.
  • Cette pression immobilière est directement liée à l'arrivée de réfugiés en provenance des régions orientales du pays, en guerre depuis 2022.
  • Les prix ont doublé en deux ans dans certains quartiers, rendant l'accès au logement plus difficile pour les habitants locaux.
  • La ville, jusqu'alors peu touchée par la guerre, devient un pôle d'attraction pour les déplacés internes.

Une ville en pleine mutation face à l'afflux de réfugiés

Oujhorod, située dans l'ouest de l'Ukraine, à seulement 15 kilomètres de la Slovaquie, est devenue l'une des destinations privilégiées des Ukrainiens fuyant les régions de Donetsk, Louhansk ou Kharkiv, ravagées par les combats. D'après Libération, cette arrivée massive a entraîné une demande record pour les logements, poussant les prix à la hausse. Certains habitants locaux, interrogés par le journal, évoquent une « explosion des loyers » en l'espace de deux ans, passant parfois du simple au double dans certains quartiers.

Cette situation crée une fracture sociale entre les nouveaux venus, souvent soutenus par des aides internationales, et les résidents historiques, dont le pouvoir d'achat reste stable. Les promoteurs locaux confirment cette tendance, soulignant que les projets de construction se multiplient, mais que les délais pour obtenir un logement s'allongent. « On construit partout, mais les prix restent inaccessibles pour une partie de la population », explique un agent immobilier de la ville.

Un marché immobilier sous tension et ses conséquences

La pression sur le marché du logement à Oujhorod s'accompagne d'autres défis. Les prix moyens d'un appartement de trois pièces sont passés de 8 000 à 18 000 euros entre 2023 et 2026, selon les estimations du marché local. Cette hausse brutale a poussé de nombreux habitants à quitter le centre-ville pour des zones plus éloignées, ou à envisager l'achat de biens en périphérie.

Les autorités municipales tentent de réagir. La mairie a annoncé la mise en place de quotas pour les logements sociaux, réservés en priorité aux familles de déplacés et aux personnes les plus modestes. Cependant, ces mesures peinent à suivre le rythme de l'afflux des nouveaux arrivants. « On fait ce qu'on peut, mais les besoins sont colossaux », a indiqué un responsable municipal sous couvert d'anonymat.

Oujhorod, nouvelle vitrine de la résilience ukrainienne

Malgré ces difficultés, la ville incarne désormais une forme de résilience face à la guerre. Les commerces locaux se sont adaptés, avec l'ouverture de boutiques proposant des produits ukrainiens traditionnels, et les écoles accueillent désormais des élèves originaires de différentes régions du pays. Selon Libération, cette mixité est perçue comme une richesse par certains, mais aussi comme une source de tensions par d'autres.

Les associations locales multiplient les initiatives pour faciliter l'intégration des nouveaux arrivants, notamment via des programmes d'apprentissage de la langue ukrainienne et des ateliers d'insertion professionnelle. « Ici, on a appris à vivre ensemble, malgré tout », confie une bénévole travaillant dans un centre d'accueil pour réfugiés.

Et maintenant ?

Les prochains mois s'annoncent cruciaux pour Oujhorod. La municipalité prévoit d'accélérer les projets de construction de logements sociaux d'ici la fin 2026, avec un objectif de 500 nouveaux logements par an. Par ailleurs, les discussions sont en cours avec le gouvernement ukrainien pour obtenir des fonds supplémentaires destinés à soutenir les familles les plus touchées par la crise immobilière.

Reste à savoir si ces mesures suffiront à atténuer les tensions sur le marché local. Une chose est sûre : Oujhorod, ville jusqu'alors en marge de la guerre, est désormais en première ligne face aux défis posés par la crise des réfugiés en Ukraine.

D'après les données locales et les témoignages recueillis par Libération, la majorité des réfugiés installés à Oujhorod proviennent des régions de Donetsk, Louhansk, Kharkiv et Zaporijjia, toutes situées à l'est ou au sud-est du pays, et particulièrement touchées par les combats depuis 2022.