Selon Franceinfo – Faits divers, les incendies qui ont ravagé le Var à la fin du mois de juillet 2026 laissent derrière eux des traumatismes profonds. À Cotignac, une cellule d’urgence médico-psychologique (CUMP) a été déployée pour aider les habitants à surmonter la culpabilité, la peur et l’impuissance ressenties après la perte de leurs biens et de leurs souvenirs. Entre les évacuations d’urgence, les maisons détruites et les paysages calcinés, les sinistrés affrontent une réalité difficile à accepter.

Ce qu'il faut retenir

  • Près de 5 000 personnes ont été évacuées dans le Var lors des incendies de fin juillet 2026, dont plusieurs centaines à Cotignac.
  • Un incendie a ravagé 4 500 hectares en huit jours sur le massif du Gros Bessillon, tandis qu’un autre feu a brûlé 100 hectares à Brignoles en quelques heures le 29 juillet.
  • Une cellule médico-psychologique (CUMP) a été déployée à Cotignac pour accompagner les sinistrés, offrant des consultations gratuites.
  • Les témoignages révèlent une culpabilité omniprésente : certains se reprochent de ne pas avoir pu sauver leur maison, tandis que d’autres culpabilisent d’avoir survécu.
  • Les professionnels alertent sur les symptômes à long terme : insomnies, angoisses récurrentes, ou réactions de panique face aux sirènes.

Des maisons réduites en cendres et des souvenirs disparus

À Cotignac, Stan et sa famille ont tout perdu dans l’incendie. Sa maison, dont le toit s’est effondré, ne sera plus qu’un tas de cendres. Son fils de cinq ans, habituellement « costaud », a été profondément marqué par le spectacle des dégâts. « Jusqu’à présent, tout allait bien, on le sentait solide, raconte Stan. Et là, aujourd’hui, il s’effondre. » Le père a dû le ramener chez des amis, faute d’autre solution. Mais le choc a été trop fort : l’enfant a disparu un instant avant d’être retrouvé, recroquevillé dans le coffre de la voiture. « Ça, c’est dur », confie Stan, la voix tremblante.

Jean-Pierre, 77 ans, partage ce sentiment de perte irréversible. Son camping-car, garé devant sa maison de Cotignac, contenait 23 ans de souvenirs de voyages. « Je ne suis pas parti avec, et ça, je m’en voudrai toute ma vie, déclare-t-il. Je ne fais que pleurer. Si je ne prends pas de cachets, je ne peux pas dormir parce que je rumine sans cesse : pourquoi t’as pas fait ça ? Pourquoi t’as pas fait ci ? »

La culpabilité, compagne indésirable des sinistrés

Marco et Sylvie, membres du comité communal feux de forêts, ont vécu une situation paradoxale : ils ont aidé à évacuer des habitants tout en voyant leur propre maison partir en fumée. « On était sur le front pendant que la maison brûlait », explique Sylvie. Le couple, encore sidéré quelques jours après les faits, ne parvient pas à se défaire d’un sentiment de responsabilité. « Je me dis que c’est de ma faute, confie Marco. J’aurais dû rester dans la maison toute la journée. Je me dis que j’aurais dû la sauver. » Depuis, chaque sirène ou odeur suspecte les pousse à sortir en urgence. « Dès que ça sent un peu le brûlé, on est tout de suite dehors, en train de se poser des questions. Je pense que tout le village est dans cet état. C’est un traumatisme général. »

La CUMP, un recours pour éviter l’isolement

Face à l’ampleur des traumatismes, la cellule d’urgence médico-psychologique (CUMP) du Var s’est installée dans la salle des fêtes de Cotignac pour proposer des consultations gratuites. Les sinistrés y trouvent un espace pour exprimer leur détresse, mais aussi pour comprendre que leur réaction est normale. « Vu l’ampleur de la catastrophe et le côté traumatique que cela engendre, il n’y a pas les capacités de prendre du recul et de se dire : "Mais de toute façon, je ne pouvais rien faire", souligne Camille Rossi, psychiatre et référente de la CUMP. Nous, on peut leur dire parce qu’on est en dehors, mais eux, tout seuls, ils ne peuvent pas se le dire. »

La spécialiste insiste sur le rôle de l’équipe : « On est aussi là pour les mettre devant la réalité. Même s’ils avaient risqué leur vie, ils n’auraient rien pu faire, si ce n’était mourir avec le feu. » Une réalité difficile à accepter pour des victimes qui se sentent « vulnérables », comme le résume la psychiatre. « Mais ça, c’est très dur à entendre et à accepter, notre position d’être humain, aussi vulnérable. »

Les symptômes à surveiller et les limites de l’autonomie

Louis, infirmier au sein de la CUMP, alerte les sinistrés sur les signes à ne pas négliger. « Que vous dormiez moins, que cela vous préoccupe, c’est tout à fait normal, explique-t-il. Par contre, si ça s’installe dans la durée, si vous ne dormez pas pendant un mois et demi, si les sirènes et les pompiers qui passent vous réactivent des émotions, une angoisse ou une anxiété, il faudra aller consulter. On ne s’en sort pas forcément seul. » Les professionnels ont ainsi pour mission d’appeler tous les sinistrés des villages alentour pour leur proposer un suivi, alors que de nouvelles cendres tombent encore du ciel, vestiges des incendies de Brignoles, à une vingtaine de kilomètres de là.

Et maintenant ?

La cellule médico-psychologique du Var devrait poursuivre ses consultations dans les semaines à venir, avec un suivi renforcé pour les personnes les plus touchées. Les autorités locales n’ont pas encore annoncé de date pour un bilan définitif des dégâts matériels et humains, mais des réunions d’information sont prévues avec les sinistrés. Par ailleurs, les associations locales pourraient organiser des collectes ou des ateliers pour aider les habitants à reconstruire leur quotidien. Reste à voir si ces initiatives suffiront à atténuer les séquelles psychologiques d’un été marqué par le feu.

Les incendies dans le Var illustrent une fois de plus l’impact durable des catastrophes naturelles sur les populations. Si les flammes ont fini par s’éteindre, les traumatismes, eux, persistent. Pour les habitants de Cotignac et des communes voisines, l’accompagnement médico-psychologique reste un pilier essentiel pour tourner la page – ou du moins, tenter de le faire.

Les autorités locales n’ont pas encore fixé de date pour un bilan définitif des dégâts. Cependant, la cellule médico-psychologique (CUMP) devrait maintenir ses consultations dans les semaines à venir, et des réunions d’information sont prévues avec les sinistrés. Des associations locales pourraient également organiser des collectes ou des ateliers pour aider à la reconstruction.