Selon Euronews FR, l’Europe du Sud fait face à une intensification marquée des conditions météorologiques propices aux incendies, alors que des feux ravagent actuellement l’Espagne, la France, la Grèce, l’Italie et le Portugal. Ces dernières semaines, plus de 120 000 hectares ont été réduits en cendres dans ces pays, contraignant plus de 300 000 personnes à évacuer leur domicile.
Cette situation correspond à la plus vaste opération d’évacuation depuis la Seconde Guerre mondiale. Elle intervient alors que l’Union européenne se dirige vers sa pire saison de feux de forêt jamais enregistrée. Si les systèmes d’urgence ont permis de limiter partiellement la propagation des incendies, certains feux conservent une dangerosité extrême : un brasier quatre fois plus étendu que Paris menaçait de reprendre de plus belle dans le sud-ouest de la France fin juillet, tandis que trois pompiers ont perdu la vie sur l’île grecque de Crète.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 120 000 hectares brûlés en Espagne et en France depuis début juillet, avec 300 000 évacuations enregistrées.
- L’intensité des conditions météo favorables aux incendies a augmenté jusqu’à 50 % en France et en Espagne entre 2016 et 2025, par rapport à la période 1981-2010.
- Le nombre de jours à « conditions très favorables aux incendies » est passé de moins de 10 à environ 25 par été dans certaines zones du sud de l’Europe.
- L’Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale, selon Copernicus.
- Les « brûlages contrôlés » pourraient réduire la gravité des incendies de 16 % en moyenne, selon une étude de l’université Stanford publiée en 2025.
Des feux qui défient les capacités d’intervention
Les incendies qui frappent actuellement le sud de l’Europe ne se contentent pas de consumer la végétation : ils génèrent parfois leurs propres orages, un phénomène qui complique encore leur maîtrise. Ces « mégafeux », capables de s’auto-alimenter en oxygène et en chaleur, illustrent l’évolution des feux de forêt en Europe. Leur intensité dépasse désormais les capacités traditionnelles de lutte, malgré les progrès réalisés en matière de formation des pompiers et de sensibilisation du public.
Le bilan humain est lourd : trois pompiers ont péri en Crète le 29 juillet, tandis que des milliers de personnes restent sous le choc des évacuations massives. Ces départs de feu surviennent après une série de canicules précoces et intenses, avec des températures ayant frôlé les 40 °C dans plusieurs pays dès le mois de juin. Une vague de chaleur aussi précoce aurait été « pratiquement impossible » en 1976, selon une analyse d’attribution menée par World Weather Attribution (WWA).
Des facteurs climatiques aggravants
Une étude publiée dans Scientific Reports, analysant les données de 1981 à 2025, révèle que l’intensité des conditions propices aux incendies (temps chaud, sec et venteux) a fortement augmenté dans le sud de l’Europe. Entre 2016 et 2025, cette intensité a progressé de 50 % dans certaines régions de France et d’Espagne, par rapport à la période 1981-2010. Le nombre de jours à risque maximal est passé de moins de 10 à environ 25 par été dans certaines zones des cinq pays étudiés (Portugal, Espagne, France, Italie, Grèce).
Ces évolutions sont en partie liées à des régimes climatiques globaux, comme le phénomène El Niño. Les chercheurs soulignent que des différences de pression atmosphérique plus faibles sur l’Atlantique Nord ont coïncidé avec une hausse des conditions favorables aux incendies en Grèce, en Italie, en Corse et en Espagne. Par ailleurs, les anomalies de température de surface dans le Pacifique tropical ont précédé des pics de risque en Sicile et dans le sud de la Grèce.
« La fréquence accrue des conditions propices aux incendies reflète une augmentation des journées chaudes et sèches, elle-même liée à de grands régimes climatiques », explique l’équipe de chercheurs. Si El Niño contribue à cette dynamique, son impact reste limité comparé au réchauffement climatique d’origine humaine, qui a déjà fait monter la température mondiale de 1,3 à 1,5 °C depuis l’ère préindustrielle.
L’Europe, continent le plus exposé au réchauffement
Selon Copernicus, l’Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement au monde, avec une hausse des températures plus de deux fois supérieure à la moyenne planétaire. Cette accélération du réchauffement explique en grande partie l’aggravation des risques d’incendies, même si le nombre annuel de feux a diminué d’environ 40 % en dix ans dans les cinq pays étudiés. Cette baisse s’explique notamment par une meilleure gestion des risques, incluant des campagnes de prévention et une formation renforcée des équipes de secours.
Pourtant, la combinaison de la sécheresse, des vagues de chaleur précoces et de la dégradation des écosystèmes rend les territoires de plus en plus vulnérables. Les experts rappellent que les épisodes de canicule réduisent rapidement l’humidité des sols et de la végétation, transformant les herbes et les arbustes en combustible prêt à s’enflammer. Les feux deviennent alors plus difficiles à éteindre, même avec des moyens techniques avancés.
Quelles solutions pour limiter les risques ?
Face à cette menace croissante, plusieurs pistes sont envisagées pour atténuer les risques. La première consiste à réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, responsable du réchauffement climatique. Sans cette transition énergétique, la fréquence et l’intensité des feux continueront d’augmenter. Les scientifiques insistent : « À moins de s’attaquer au changement climatique, en sortant des combustibles fossiles et en passant aux énergies propres, la température mondiale continuera d’augmenter, accentuant le risque de phénomènes météorologiques extrêmes qui alimentent les feux de forêt. »
Parmi les mesures d’adaptation, les « brûlages contrôlés » sont présentés comme une solution efficace. Cette technique consiste à allumer des feux maîtrisés en période de faible risque météo pour éliminer les feuilles mortes et les petits arbres, réduisant ainsi la quantité de combustible disponible en cas de grand incendie. Une étude de l’université Stanford, publiée en 2025, montre que cette pratique permet de diminuer la gravité des incendies ultérieurs de 16 % en moyenne et la pollution liée aux fumées de 14 %.
D’autres approches incluent une meilleure gestion des terres, notamment par la régulation des changements d’usage et la mise à jour des règles d’urbanisme pour éviter d’aggraver les risques. La World Wildlife Foundation (WWF) souligne que la réhabilitation des zones brûlées est tout aussi cruciale : « Les impacts des incendies ne s’arrêtent pas lorsqu’ils sont éteints, car des inondations et une érosion des sols peuvent suivre. Après un feu, il faut réduire le risque de nouveaux dégâts en veillant à ce que les terres brûlées soient réhabilitées avec une végétation adaptée à un climat en évolution. »
Préserver les écosystèmes pour mieux se protéger
Les zones humides et les rivières jouent un rôle clé dans la prévention des incendies. Elles absorbent et stockent l’eau, puis la restituent lentement, créant des barrières naturelles contre le feu. Leur dégradation et la baisse des niveaux d’eau réduisent cependant cette capacité protectrice. La restauration de ces écosystèmes est donc une priorité pour limiter la propagation des feux.
Certaines espèces animales pourraient aussi contribuer à atténuer les risques. Les castors, par exemple, sont surnommés les « pompiers naturels » en raison de leur capacité à construire des barrages qui maintiennent la végétation humide en période de sécheresse. Leur réintroduction dans les zones à risque est évoquée comme une piste complémentaire pour renforcer la résilience des paysages.
Cette situation illustre un enjeu plus large : l’adaptation au changement climatique ne peut plus être différée. Alors que l’Europe subit les conséquences d’un réchauffement accéléré, les feux de forêt deviennent un symbole des défis à venir pour les sociétés et les écosystèmes. Leur gestion exigera à la fois des réponses immédiates et une transformation profonde des modes de vie.
Bien que les conditions météo propices aux incendies se multiplient, le nombre total de feux a diminué de 40 % en dix ans dans les cinq pays étudiés. Cela s’explique par une meilleure gestion des risques, incluant une formation accrue des pompiers et des campagnes de prévention renforcées. Cependant, l’intensité et la taille des feux ont augmenté, rendant leur contrôle plus difficile.