Alors que l’Europe traverse l’une de ses pires saisons d’incendies, la vice-présidente exécutive de la Commission européenne, Teresa Ribera, a vivement critiqué les responsables politiques qui remettent en cause le lien entre réchauffement climatique et feux de forêt. Selon Euronews FR, elle dénonce un « déni dangereux » qui menace la sécurité des populations et la capacité de l’UE à faire face aux catastrophes naturelles.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 10 000 décès supplémentaires ont été recensés en Europe lors des vagues de chaleur extrême fin juin 2026.
- Ribera compare le déni climatique à l’idée de « boire autant de whisky que l’on veut avant de conduire » pour illustrer l’absurdité des arguments climatosceptiques.
- L’Espagne, la France et la Grèce sont particulièrement touchées par des incendies d’une intensité inédite, selon les autorités locales.
- Plusieurs gouvernements européens demandent un assouplissement des règles environnementales, jugées trop contraignantes pour la compétitivité industrielle.
- Ribera met en garde contre un recul des politiques climatiques, estimant que cela aggraverait les risques de catastrophes futures.
Une charge sans précédent contre les climatosceptiques
Dans un entretien exclusif accordé à Euronews FR, Teresa Ribera, également commissaire espagnole en charge de la transition écologique, a qualifié les responsables politiques qui nient le rôle du changement climatique dans les incendies de « dangereux » et de « stupides ». Elle a estimé qu’ils « mentaient aux citoyens » en minimisant les risques liés au réchauffement climatique. « Nous avons beaucoup de nouveaux parlementaires au Parlement européen, des familles politiques et des responsables nationaux qui s’expriment très bruyamment contre la science du climat et l’action climatique. C’est dangereux, ils mentent aux citoyens », a-t-elle déclaré.
Son intervention intervient alors que plusieurs pays européens, dont l’Espagne, la France et la Grèce, font face à des incendies d’une violence exceptionnelle. Plus de 14 localités ont été évacuées dans le nord-ouest de l’Espagne, tandis que les flammes menacent de franchir la frontière portugaise. En Gironde, les autorités françaises ont indiqué que l’incendie restait « toujours stabilisé » jeudi matin, alors que le pays et l’Espagne restent en alerte maximale.
Le changement climatique, facteur aggravant des incendies
Teresa Ribera a rejeté l’idée selon laquelle les incendies seraient uniquement liés au cycle saisonnier européen. Elle a souligné que le réchauffement climatique génère des « nouveaux types de feux de forêt », bien plus intenses et difficiles à combattre. « Le changement climatique crée de nouveaux types de feux de forêt plus intenses, qui menacent de plus en plus les communautés, les infrastructures, la faune et des vies humaines », a-t-elle affirmé. Pour illustrer son propos, elle a comparé le déni climatique au fait de donner de l’alcool à une personne alcoolique : « L’exemple le plus parlant serait quelqu’un en charge de fonctions publiques qui dirait que vous pouvez boire autant de whisky que vous voulez puis prendre le volant, parce que les accidents de la route n’ont rien à voir avec l’alcool, seulement avec l’état de la chaussée ou de la voiture. C’est stupide. »
Les vagues de chaleur extrême de fin juin 2026 ont déjà causé plus de 10 000 décès supplémentaires en Europe, selon les données disponibles. Un bilan qui, pour Ribera, illustre l’urgence d’agir pour limiter les impacts du dérèglement climatique. « C’est tout simplement dangereux », a-t-elle résumé, avant d’ajouter que le climatoscepticisme « compromet la capacité de l’Europe à se préparer à des catastrophes de plus en plus destructrices ».
Un contexte politique marqué par un recentrage industriel
Les propos de Teresa Ribera interviennent à un moment où la priorité politique de l’Union européenne a basculé. Depuis un an, l’accent est mis sur la compétitivité industrielle, la réduction des contraintes administratives pour les entreprises et la politique industrielle, au détriment de l’ambitieux agenda climatique du premier mandat d’Ursula von der Leyen. Plusieurs gouvernements et groupes politiques ont demandé à Bruxelles d’assouplir les règles environnementales, estimant que c’est la seule manière de rester compétitif face aux États-Unis et à la Chine.
Parmi les mesures envisagées figurent l’affaiblissement des règles de l’Union sur le méthane, qui obligeraient les producteurs de pétrole et de gaz à réduire et contrôler leurs émissions. Une autre proposition vise à assouplir la loi relative à la restauration de la nature, jugée essentielle pour la protection des forêts et des tourbières, mais perçue comme un frein par certains secteurs économiques. Ces demandes s’inscrivent dans une logique de simplification administrative et de flexibilité accrue pour les industries.
Ribera met en garde contre un recul des politiques climatiques
Face à ces pressions, Teresa Ribera a défendu l’importance de ne pas céder sur les fondations du pacte vert européen. « L’Europe ne peut pas répondre à l’une de ses pires saisons d’incendies en démantelant précisément les politiques conçues pour réduire les risques climatiques », a-t-elle souligné. Selon elle, les règles peuvent être simplifiées, mais renoncer aux objectifs climatiques serait une erreur stratégique. « Apporter la bonne réponse, ce n’est pas simplement se débarrasser de tout ce qui a permis de faire pousser ces racines vertes pour continuer à bâtir la prospérité », a-t-elle expliqué. Ribera a insisté sur le fait que l’UE doit maintenir ses engagements, malgré les défis économiques actuels.
Son intervention survient alors que les scientifiques alertent depuis des années sur l’aggravation des risques climatiques en Europe. Les « incendies de sixième génération », comme les désignent certains experts, se caractérisent par une intensité et une rapidité de propagation inédites, rendant leur maîtrise particulièrement complexe. Ces feux, alimentés par des températures record et des sols desséchés, menacent désormais des zones jusqu’ici épargnées.
Pour les observateurs, une chose est sûre : l’urgence climatique ne peut plus être ignorée, comme en témoignent les bilans humains et matériels des catastrophes en cours. Reste à savoir si les dirigeants européens sauront y répondre avec la fermeté requise.
Le pacte vert européen est un ensemble de mesures législatives et politiques adoptées par l’Union européenne pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 55 % d’ici 2030, par rapport à 1990, et atteindre la neutralité carbone en 2050. Il inclut des objectifs contraignants pour les États membres, comme la restauration des écosystèmes ou la réduction de la pollution.
Plusieurs gouvernements estiment que les règles environnementales actuelles freinent la compétitivité des entreprises européennes face à des concurrents comme les États-Unis ou la Chine, où les normes sont souvent moins strictes. Ils plaident pour une flexibilité accrue afin de soutenir l’industrie et l’emploi, tout en critiquant le coût économique des politiques climatiques.