Alors que les incendies ravagent encore la Gironde et les Landes à la fin du mois de juillet 2026, le climatologue Philippe Drobinski, directeur de recherche au CNRS et auteur du prochain rapport du Giec, dresse un constat sans appel sur les causes profondes de ces catastrophes. Selon Franceinfo – Faits divers, plus de 50 000 hectares ont été réduits en cendres depuis le début de la saison des feux, dans un contexte marqué par trois canicules successives et l'arrivée d'une quatrième. Ces mégafeux, qualifiés d'« incendies centenaires » par le scientifique, s'expliquent par une combinaison de facteurs météorologiques extrêmes et de pratiques d'aménagement du territoire à revoir.

Dans une interview accordée à la matinale de Franceinfo le 27 juillet 2026, Philippe Drobinski a souligné que « le réchauffement climatique est la toile de fond de tout ça ». Il insiste notamment sur la nécessité de repenser l'organisation des zones urbaines en interface avec les massifs forestiers, tout en appelant à une diversification des espèces végétales pour limiter la propagation des feux. « Il est grand temps de non seulement réparer, mais d'adapter », a-t-il plaidé, critiquant la reconstruction à l'identique des écosystèmes vulnérables.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 50 000 hectares brûlés depuis le début de la saison des incendies en France, selon les dernières estimations.
  • Trois canicules successives ont précédé l'arrivée d'une quatrième, aggravant la sécheresse et la vulnérabilité des forêts.
  • Le climatologue Philippe Drobinski, auteur du prochain rapport du Giec, pointe le rôle du réchauffement climatique comme facteur déclenchant.
  • La monoculture de pins dans le Sud-Ouest, hautement inflammable, est identifiée comme un « accélérateur » des incendies.
  • D'ici 2050, le territoire exposé au risque incendie pourrait s'étendre de 50 %, avec cinq fois plus de jours de canicule annuels.
  • L'urgence d'adapter les forêts plutôt que de simplement les réparer est mise en avant pour renforcer leur résilience.

Des conditions météorologiques exceptionnelles

Les incendies qui frappent la Gironde et les Landes s'inscrivent dans un contexte climatique hors norme. Selon Philippe Drobinski, les canicules à répétition ont accéléré l'évapotranspiration des végétaux, les asséchant et les rendant plus inflammables. « On a eu des pluies abondantes durant l'hiver, ce qui a favorisé la croissance de la végétation, puis une sécheresse estivale intense, du vent, et une étincelle a suffi pour tout enflammer », explique-t-il. L'année 2026 se distingue par une répartition inédite des feux, touchant des régions allant de la Méditerranée à la façade atlantique, en passant récemment par l'Île-de-France. « C'est une année exceptionnelle », résume le climatologue, alors que la quasi-totalité du territoire était placée en vigilance orange ou rouge canicule.

Ces phénomènes s'inscrivent dans une tendance de long terme. « D'ici 2050, on estime qu'il y aura cinq fois plus de jours de canicule qu'actuellement », rappelle Philippe Drobinski. Les projections indiquent également que la zone exposée au risque incendie pourrait s'étendre de 50 % d'ici cette échéance. Autant dire que la situation actuelle n'est qu'un avant-goût de ce qui attend la France si aucune adaptation structurelle n'est engagée.

L'aménagement du territoire et la monoculture pointés du doigt

Au-delà des conditions météorologiques, Philippe Drobinski interroge les pratiques d'aménagement du territoire, notamment en zone forestière. Il met en cause la monoculture de pins, très répandue dans le Sud-Ouest, qui transforme les forêts en véritables « bombes à retardement ». « Les pins sont des résineux hautement inflammables », souligne-t-il. « L'absence de diversité végétale accélère la propagation des feux et réduit la résilience des écosystèmes. » Pour le climatologue, il est indispensable de revoir la gestion des forêts, en intégrant des espèces moins inflammables et en favorisant la biodiversité.

Cette critique rejoint les annonces récentes du président de la République sur la « réparation des forêts ». Philippe Drobinski va plus loin : « Il est grand temps de non seulement réparer, mais d'adapter ». Selon lui, reconstruire à l'identique après un incendie revient à « créer de la vulnérabilité face à un aléa qui s'intensifie ». La solution réside dans une refonte des politiques forestières, intégrant des critères de résilience climatique et une meilleure cohabitation entre zones urbaines et massifs forestiers.

Vers une gestion intégrée des risques incendies

Face à l'ampleur des feux de 2026, la question des moyens alloués à la lutte contre les incendies se pose avec acuité. Philippe Drobinski, bien que non expert en gestion forestière, reconnaît que des mesures préventives pourraient être mises en place en amont. Parmi elles, la diversification des espèces végétales, la création de zones tampons entre forêts et habitations, ou encore l'amélioration des systèmes d'alerte précoce.

Cependant, le climatologue insiste sur le fait que ces mesures ne suffiront pas sans une transformation profonde des pratiques. « On ne peut plus se contenter de réagir après la catastrophe », martèle-t-il. Pour lui, la priorité est d'anticiper les risques en adaptant les écosystèmes et les infrastructures aux nouvelles réalités climatiques. Cela implique une collaboration étroite entre scientifiques, pouvoirs publics et gestionnaires de forêts, ainsi qu'un financement accru de la recherche sur les solutions d'adaptation.

Et maintenant ?

Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l'impact des incendies de 2026 sur les politiques forestières françaises. Le gouvernement devrait présenter un plan de relance et d'adaptation des forêts d'ici la fin de l'année, tandis que les collectivités locales devront adapter leurs plans de prévention des risques. Par ailleurs, le prochain rapport du Giec, auquel contribue Philippe Drobinski, sera publié en 2027 et pourrait apporter de nouvelles recommandations sur la gestion des écosystèmes face au changement climatique. Reste à voir si ces alertes seront suivies d'effets concrets.

Ces incendies soulèvent également des questions sur le financement de la prévention. Faut-il allouer plus de ressources aux services de secours, ou privilégier des investissements structurels dans l'adaptation des forêts ? La réponse pourrait varier selon les régions, mais une chose est sûre : l'inaction aura un coût bien plus élevé que les mesures préventives.

Les pins sont des résineux hautement inflammables en raison de leur forte teneur en résine et en huiles essentielles. De plus, la monoculture réduit la biodiversité et crée des écosystèmes uniformes, où le feu se propage plus rapidement et sur de plus grandes surfaces. Leur densité et leur homogénéité favorisent également une évapotranspiration intense, asséchant encore davantage le milieu.

Plusieurs pistes sont envisagées : diversification des espèces (feuillus, espèces moins inflammables), création de zones tampons entre forêts et zones urbaines, amélioration des systèmes d'alerte précoce, et intégration des critères de résilience climatique dans les plans d'urbanisme. Des financements supplémentaires pour la recherche et la gestion forestière seront également nécessaires.