Alors qu’un violent incendie ravage la Gironde depuis le mercredi 6 août 2026, plus de 220 000 personnes ont été évacuées des zones touchées par les flammes. Pourtant, certains habitants refusent de quitter leur domicile et participent activement à l’effort de lutte contre le sinistre, malgré des moyens souvent dérisoires. C’est ce que rapporte Franceinfo – Faits divers, qui a recueilli les témoignages de ces volontaires improvisés.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 220 000 personnes évacuées en Gironde depuis le début de l’incendie le 6 août 2026
- Des habitants restent sur place pour éteindre les reprises de feu avec des moyens limités
- Un réseau de bénévoles s’organise pour aider les pompiers, notamment à Andernos-les-Bains
- Des outils rudimentaires sont utilisés : motopompes récupérées dans des supermarchés détruits, tuyaux d’arrosage, 4x4 et remorques
- 84 sapeurs-pompiers ont été blessés par le feu depuis le début de l’incendie
Des moyens de fortune pour combattre un incendie hors de contrôle
Sur les pistes sableuses menant aux zones forestières touchées par le feu, près d’Andernos-les-Bains, des habitants tentent de contenir les reprises de feu avec des équipements de fortune. Jérémie, patron d’un chantier naval, circule au volant d’un 4x4 tractant une remorque équipée d’une tonne d’eau et d’une motopompe récupérée dans un supermarché détruit : « Là, on est dans un 4x4 avec une remorque, une tonne d’eau avec une motopompe, une lance à incendie qu’on a récupérée dans un supermarché qui a été détruit », explique-t-il à Franceinfo.
À l’arrière du véhicule, Laurent, professeur de surf, actionne la motopompe : « On essaie d’éteindre les reprises de feux avec Bernard. On fait comme on peut. Je crois que c’est 3000 litres par heure. Là, on a 1000 litres. Ça part en un quart d’heure. » Selon ses estimations, l’équipement utilisé permet d’épuiser la réserve d’eau en seulement quinze minutes.
« On fait comme on peut » : le quotidien des bénévoles
« C’est un peu cause perdue, commente Bernard. On ne maîtrise pas. On est là et ça va repartir plus loin. Filer un coup de main c’est tout à fait normal. C’est avec la solidarité qu’on va arriver à vaincre ce feu. C’est un travail de fourmis. » Son engagement illustre la détermination de ces habitants, prêts à risquer leur sécurité pour limiter l’extension des flammes.
Un peu plus loin, Dorian, artisan de profession, utilise un camion citerne de 3 000 litres pour aider les pompiers à gérer les petits départs de feu qui subsistent sous la terre : « Les petites flammes qui sortent, on est là pour les éteindre et éviter que ça reparte. » Son action vise à compléter le travail des secours, souvent débordés par l’ampleur du sinistre.
Des critiques envers la gestion gouvernementale
Frédéric, carreleur au Cap-Ferret, participe à l’effort tout en exprimant sa colère : « On est tous des mecs d’ici. On essaye d’aider les pompiers à finir leur travail. Il va y avoir de la colère. Le gouvernement, là, ils abusent. Il y a un laxisme impressionnant. » Il compare la situation à d’autres pays européens : « Je pense à l’Ukraine, au 1,5 milliard qui a été investi pour dépolluer la Seine alors que ça aurait été mieux d’acheter des Canadairs. C’est la France, on essaie toujours de montrer l’exemple mais quand vous voyez que l’Espagne a 20 Canadairs alors que nous, on n’en a que 12 dont 9 en action et le reste à la mécanique… Il y a quand même quelque chose. »
Il ajoute, amer : « Et on fabrique des Rafale, ça, je n’arrive pas à comprendre. » Son témoignage reflète une frustration partagée par plusieurs habitants, qui dénoncent un manque de moyens aériens et un retard dans la lutte contre les incendies.
Une femme enceinte parmi les volontaires
Au détour d’un chemin, Pauline, enceinte de quatre mois, tire un petit tuyau d’arrosage sur les cendres fumantes. Accompagnée de son amie Coralie, elle fait partie des centaines de volontaires qui, chaque jour, luttent contre les reprises de feu sans masque de protection ni équipement adapté. « On est là, on fait ce qu’on peut », confie-t-elle à Franceinfo. Leur présence rappelle que la solidarité dépasse les considérations individuelles, même dans les situations les plus précaires.
« Filer un coup de main c’est tout à fait normal. C’est avec la solidarité qu’on va arriver à vaincre ce feu. C’est un travail de fourmis. »
— Bernard, habitant de Gironde
Alors que 84 sapeurs-pompiers ont déjà été blessés depuis le début des feux, les autorités rappellent l’importance de suivre les consignes d’évacuation et d’éviter tout comportement à risque. Les autorités locales et les associations de secours appellent à renforcer les dons en matériel et en eau pour soutenir les bénévoles, dont les moyens restent largement insuffisants face à l’ampleur du sinistre.
Reste à voir si ces initiatives locales, bien que courageuses, pourront compenser les lacunes structurelles en matière de lutte contre les incendies. Pour l’heure, le feu continue de progresser, et chaque geste compte.
Ces volontaires, tous originaires des zones touchées, expliquent vouloir « finir le travail » des pompiers et éviter que le feu n’atteigne leurs villages. Ils utilisent des moyens rudimentaires, comme des motopompes récupérées ou des tuyaux d’arrosage, pour éteindre les reprises de feu, souvent invisibles depuis le sol.