Alors que la France subit une vague de chaleur précoce et intense, avec des températures dépassant de près de dix degrés les moyennes saisonnières, le gouvernement s'apprête à finaliser un « plan d'endurance » pour l'été 2026. Ce plan, qui sera discuté ce jeudi 28 mai lors d'une réunion interministérielle à Matignon, intègre notamment la gestion des risques d'incendies de forêt, un enjeu devenu récurrent ces dernières années. Selon Le Figaro, cette anticipation répond à la multiplication des feux estivaux, dont l'ampleur a déjà atteint des records par le passé.
Ce qu'il faut retenir
- Un plan d'endurance pour l'été 2026, incluant la lutte contre les incendies, sera discuté ce jeudi à Matignon
- La flotte française de lutte aérienne contre les incendies repose sur 23 appareils, dont des Canadairs vieillissants et des Dash plus récents
- En 2025, 35 000 hectares ont été ravagés par les feux dans le sud de la France, un chiffre en baisse par rapport à 2022 où 60 000 hectares avaient brûlé
- Les moyens terrestres mobilisent 259 000 sapeurs-pompiers, dont 200 000 volontaires, ainsi que des renforts militaires
- Un rapport sénatorial de 2025 souligne les limites de la flotte aérienne, jugée inadaptée aux mégafeux actuels
Les forêts françaises pourraient-elles connaître un été 2026 marqué par des incendies dévastateurs ? La question se pose alors que les conditions météo, marquées par une sécheresse persistante et des températures exceptionnelles, créent un contexte hautement favorable aux départs de feu. Selon Le Figaro, l'été 2025 avait déjà enregistré plus de 35 000 hectares détruits dans le sud du pays, un bilan bien inférieur à celui de l'été 2022 où près de 60 000 hectares étaient partis en fumée. Ces chiffres rappellent l'urgence d'adapter les dispositifs de prévention et d'intervention face à un phénomène qui, selon les experts, risque de s'aggraver dans les années à venir.
Une flotte aérienne vieillissante et des investissements limités
Pour faire face à ces défis, la France dispose d'une flotte de 23 avions spécialisés, composée principalement de 12 Canadairs et de 8 avions Dash. Les Canadairs, reconnaissables à leur livrée jaune et rouge, sont capables de se ravitailler en mer grâce à leur capacité amphibie. Ils peuvent emporter jusqu'à 6 137 litres d'eau et sont déployés en priorité pour éteindre les foyers actifs. Cependant, ces appareils, conçus dans les années 1970, montrent des signes d'usure avancée. Selon un rapport parlementaire publié le 2 juillet 2025, aucun des 12 Canadairs n'était « en état de voler certains jours durant l'été 2024 ».
Les remplacements envisagés restent modestes. En 2022, Emmanuel Macron avait annoncé l'acquisition de 16 nouveaux Canadairs d'ici 2028, mais ce projet n'a pas abouti. Le gouvernement a finalement opté pour l'achat de 4 Canadairs supplémentaires, en plus du renouvellement des 12 appareils existants. Les Dash, quant à eux, disposent d'une capacité de largage allant jusqu'à 10 tonnes de produits retardants grâce à un réservoir ventral externe. Plus rapides et endurants que les Canadairs, ils doivent néanmoins se ravitailler au sol, ce qui limite leur réactivité. Leur durée de vie est estimée jusqu'aux années 2035-2040, un horizon déjà considéré comme trop proche par les sénateurs.
Des moyens terrestres étendus mais des défis persistants
En complément des moyens aériens, la lutte contre les incendies repose en grande partie sur les 259 000 sapeurs-pompiers recensés au 31 décembre 2025, dont 200 000 volontaires. Parmi eux, 84 000 sont spécifiquement formés à la lutte contre les feux de forêt et d'espaces naturels. En 2024, le pays comptait également 51 colonnes de renfort zonales ou nationales, chacune équipée d'un véhicule de commandement et de soutien, ainsi que de 3 groupes d'intervention feux de forêt (GIFF), représentant 70 sapeurs-pompiers par colonne. Ces unités sont mobilisables sur demande des préfets si les capacités locales sont dépassées.
Les forces militaires apportent également leur soutien. 400 soldats des formations militaires de la Sécurité civile (ForMiSC), répartis en trois groupements opérationnels basés à Brignoles, Lézignan et Corte, peuvent intervenir sur l'ensemble du territoire national ainsi qu'à l'étranger dans le cadre du Mécanisme de protection civile de l'Union européenne. En 2022, la France avait fait appel à ce mécanisme, bénéficiant alors de l'aide d'équipes et d'appareils aériens du Portugal, de l'Italie et de la Grèce. Par ailleurs, les armées françaises mettent à disposition le protocole Héphaïstos, qui mobilise plus de 50 militaires, 3 hélicoptères et une quinzaine de véhicules.
Des critiques récurrentes sur l'adéquation des moyens disponibles
Malgré l'étendue de ces dispositifs, les insuffisances de la flotte aérienne sont régulièrement pointées du doigt. Un rapport sénatorial publié à l'été 2025 souligne que « le constat est celui d'une flotte qui n'est plus adaptée aux missions qui incombent aux forces de la sécurité civile ». Les sénateurs relèvent notamment que la capacité d'emport des Canadairs, limitée à 6 tonnes, devient insuffisante face à l'émergence de mégafeux exigeant un rythme de rotation soutenu. Les Dash, bien que plus performants, ne peuvent se substituer totalement aux Canadairs en raison de leur manque de maniabilité et de leur besoin de ravitaillement au sol.
Les conditions de travail des personnels de la sécurité civile sont également pointées du doigt. Le même rapport souligne que « le vieillissement des appareils a des conséquences sur les conditions de travail », rendant le recrutement difficile pour des métiers déjà exigeants. Les pilotes, en particulier, subissent des écarts de rémunération importants par rapport à l'aviation commerciale, avec des conditions de travail particulièrement rudes pendant la saison des feux. Les sénateurs appellent à « renforcer l'attractivité de ces métiers » et à revoir leur rémunération pour éviter une pénurie de compétences.
« Alors que les effets du vieillissement de la flotte sont particulièrement visibles s'agissant des avions, le renouvellement progressif des hélicoptères permet quant à lui de renforcer leur disponibilité sans pour autant résorber totalement la crise. »
Les prochaines échéances incluent également la livraison des 4 Canadairs supplémentaires, dont la date exacte n'a pas encore été précisée par les autorités. Par ailleurs, le renouvellement des Dash et des Beechcraft King Air 200, qui assurent des missions de surveillance, devrait être abordé dans les mois à venir. Enfin, la saison estivale elle-même servira de test grandeur nature pour évaluer la capacité de la France à faire face à une menace qui, selon Le Figaro, « risque de s'accroître dans les années à venir ».
La capacité d'emport des Canadairs, limitée à 6 tonnes d'eau, est considérée comme trop faible pour éteindre efficacement les mégafeux, qui nécessitent un rythme de rotation soutenu. De plus, leur vitesse de croisière modérée et leur vieillissement réduisent leur efficacité opérationnelle. Selon le rapport sénatorial de 2025, « la capacité d’emport de 6 tonnes devient limitée face à l’émergence de méga feux ».