L’Inde annonce la création de centres de rétention destinés aux migrants bangladais et rohingyas en situation irrégulière, une décision prise samedi 23 mai par le BJP, le parti nationaliste hindou du Premier ministre Narendra Modi. Comme le rapporte RFI, cette mesure concerne le Bengale-Occidental, État frontalier du Bangladesh, où vivent environ 35 millions de musulmans. Trois semaines après la victoire électorale du BJP dans cet État, bastion de l’opposition, cette initiative suscite des craintes d’arrestations et d’expulsions arbitraires.
Ce qu'il faut retenir
- Création de centres de rétention : Le gouvernement indien, dirigé par Narendra Modi, annonce la mise en place de structures pour interner des migrants bangladais et rohingyas en situation irrégulière.
- Cible géographique précise : Le Bengale-Occidental, État frontalier du Bangladesh, est spécifiquement concerné par cette mesure.
- Contexte politique tendu : La décision intervient trois semaines après la victoire du BJP aux élections locales, dans un État traditionnellement opposé au parti au pouvoir à New Delhi.
- Population musulmane importante : Quelque 35 millions de musulmans résident dans cet État, où des craintes de mesures discriminatoires se renforcent.
- Risque d’expulsions arbitraires : Des organisations non gouvernementales redoutent des arrestations et des renvois forcés sans cadre juridique clair.
Une mesure politique dans un État clé
Le Bengale-Occidental, gouverné par le parti Trinamool Congress (TMC) de Mamata Banerjee, est un bastion historique de l’opposition au BJP. La victoire du parti de Narendra Modi aux élections locales du 23 avril dernier, après une campagne axée sur la sécurité et l’immigration, a marqué un tournant dans cet État où la communauté musulmane représente près de 30 % de la population. Selon RFI, cette victoire électorale a servi de catalyseur à une politique migratoire plus stricte, avec la promesse de « détecter, interpeller et expulser » les étrangers en situation irrégulière.
La création de centres de rétention s’inscrit dans cette logique. « Il s’agit de répondre à une demande croissante de la part de la population locale, qui exprime des inquiétudes face à l’afflux de migrants », a indiqué un responsable du BJP sous couvert d’anonymat. Cependant, cette mesure est perçue comme une tentative de polarisation politique dans une région où les tensions intercommunautaires sont déjà vives.
Des craintes de violations des droits humains
Les organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International et Human Rights Watch, alertent sur les risques de dérive. « Toute mesure d’expulsion doit respecter le droit international et les principes de non-refoulement, surtout pour les Rohingyas, persécutés au Myanmar », a rappelé une porte-parole d’Amnesty International. Ces craintes sont d’autant plus vives que le Bengale-Occidental compte déjà des camps de réfugiés rohingyas, installés depuis des années dans des conditions précaires.
Des sources locales évoquent des cas d’arrestations ciblées de musulmans, notamment dans les districts frontaliers comme North 24 Parganas. « On craint que cette politique ne serve de prétexte à des contrôles ethniques ou religieux », explique un militant des droits humains basé à Calcutta. Le gouvernement indien n’a pas encore précisé les critères de sélection des personnes visées par les expulsions.
Un contexte régional sous tension
Cette annonce intervient alors que les relations entre l’Inde et le Bangladesh traversent une période délicate. Depuis plusieurs années, New Delhi et Dhaka collaborent sur la question migratoire, notamment via des accords de rapatriement. Cependant, l’arrivée au pouvoir en 2024 du gouvernement nationaliste de Narendra Modi a ravivé les tensions, avec des accusations de « menace démographique » brandies par certains responsables politiques indiens.
Le Bangladesh, déjà confronté à une crise économique et politique, a réagi avec prudence. « Nous suivons de près la situation, mais nos priorités restent la stabilité interne et le dialogue avec nos voisins », a déclaré un haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères à Dhaka. Pour autant, les autorités bangladaises n’ont pas encore pris de position officielle face à la nouvelle politique indienne.
En attendant, les organisations de défense des droits humains appellent à la transparence. « Nous exigeons des garanties que ces expulsions ne violeront pas le droit international », a insisté une juriste spécialisée dans les questions de réfugiés. La société civile indienne, déjà sous surveillance accrue depuis plusieurs années, pourrait jouer un rôle clé dans le contrôle de ces mesures.