Dizaines de milliers de travailleurs migrants indiens quittent les grandes villes pour regagner leur village d’origine, une vague de départs directement liée aux répercussions du conflit militaire qui oppose depuis le 28 février les États-Unis et Israël à l’Iran, selon RFI.
Ce qu'il faut retenir
- 60 % du gaz importé par l’Inde transite par le détroit d’Ormuz, actuellement fermé en raison du conflit.
- La pénurie de gaz paralyse une partie de l’économie urbaine, notamment les secteurs de la restauration et des transports.
- Les coûts de la vie dans les métropoles deviennent prohibitifs, poussant les travailleurs précaires à quitter les villes.
- Cette crise aggrave les tensions sur le marché du travail déjà fragilisé par la pandémie de Covid-19.
- Le retour massif des migrants vers les campagnes pourrait peser sur les ressources locales et les systèmes de protection sociale.
Les autorités n’ont pas encore communiqué de chiffres officiels sur l’ampleur de cet exode, mais les observateurs sur place évoquent des « départs massifs » depuis le début du mois de mars, soit quelques semaines après l’escalade militaire dans la région. « Les prix de l’énergie ont explosé, et avec eux, le coût de la vie quotidienne », a expliqué un responsable syndical du Gujarat, cité par RFI. Les entreprises de restauration, très dépendantes du gaz pour la cuisson, peinent désormais à maintenir leurs marges, tandis que les chauffeurs de rickshaws et les petits commerçants subissent une baisse drastique de leur clientèle.
L’Inde, quatrième importateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL), importe la majorité de ses ressources énergétiques. Or, le détroit d’Ormuz, principale voie maritime pour les exportations iraniennes et qatarie, est actuellement inaccessible en raison des frappes israéliennes et américaines. « Le trafic maritime est complètement interrompu depuis le début du conflit », a confirmé un expert en géopolitique énergétique à l’université de Delhi. Cette situation a provoqué une flambée des prix du gaz domestique, utilisé pour la cuisine et les besoins industriels, aggravant la précarité des classes urbaines les plus modestes.
Les grandes villes comme Mumbai, Delhi ou Bangalore, qui abritent des millions de travailleurs migrants, sont particulièrement touchées. « Dans certains quartiers ouvriers, on estime que près de 30 % des habitants ont déjà quitté la ville depuis début mars », a précisé un responsable local interrogé par RFI. Les billets de train vers les campagnes se sont arrachés en quelques jours, et les gares routières affichent complet. Pour beaucoup, le retour au village représente une solution temporaire, en attendant une stabilisation des prix de l’énergie et des denrées alimentaires.
Dans l’immédiat, le gouvernement pourrait être contraint d’augmenter les subventions sur le gaz domestique pour limiter l’impact sur les ménages, une solution déjà mise en place lors des crises énergétiques précédentes. Pour autant, les économistes soulignent que cette mesure ne suffira pas à endiguer l’exode massif des travailleurs, tant que les prix internationaux de l’énergie ne redescendront pas à des niveaux acceptables. « La situation pourrait s’aggraver si le conflit s’étend ou si de nouveaux acteurs régionaux s’en mêlent », a mis en garde un chercheur de l’Institut des études économiques de Mumbai.
Cette crise intervient alors que l’Inde tente de relancer une économie encore fragilisée par les conséquences de la pandémie. Les dépenses publiques pourraient être redirigées vers des aides sociales d’urgence, au détriment d’autres projets prioritaires comme les infrastructures ou la transition énergétique. « On risque d’assister à un effet domino : baisse de la consommation, ralentissement de l’activité économique, puis augmentation du chômage », a analysé un économiste interrogé par RFI.
Le détroit d’Ormuz est la principale route maritime pour les exportations de gaz naturel en provenance du Qatar et de l’Iran, deux des principaux fournisseurs de l’Inde. Fermer cette voie équivaut à priver New Delhi d’une partie majeure de ses approvisionnements énergétiques, d’autant que le pays importe 60 % de son gaz.
Les grandes métropoles comme Mumbai, Delhi, Bangalore et Chennai concentrent la majorité des départs, en raison de leur forte dépendance à l’énergie importée et de leur densité de population migrante. Les États du Gujarat, du Maharashtra et du Tamil Nadu sont particulièrement affectés.
