Une tribune collective publiée ce jour dans Le Monde – Politique alerte sur la mainmise croissante de l’exécutif français dans les procédures de nomination des dirigeants des organismes chargés de garantir la séparation des pouvoirs. Les signataires, parmi lesquels figurent la Ligue des droits de l’homme (LDH) et plusieurs organisations syndicales, jugent cette situation « regrettable » et y voient une menace pour l’indépendance de ces institutions.

Ce qu'il faut retenir

  • La LDH et plusieurs syndicats dénoncent, dans une tribune au Monde, l’influence de l’exécutif sur les nominations des contre-pouvoirs
  • Cette pratique, qualifiée de « de plus en plus politique », fragilise selon eux l’indépendance de ces organismes
  • Les dirigeants de ces institutions, censés contrôler l’action gouvernementale, voient leur désignation influencée par l’autorité qu’ils devraient superviser

Dans leur texte, les auteurs rappellent que les contre-pouvoirs – commissions indépendantes, autorités administratives, défenseurs des droits – jouent un rôle clé dans l’équilibre démocratique. Or, expliquent-ils, « lorsque leur désignation dépend, directement ou indirectement, de l’exécutif, leur légitimité et leur impartialité sont nécessairement questionnées ». Cette critique vise notamment les processus de nomination des présidents de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), du Défenseur des droits, ou encore de certaines autorités administratives indépendantes.

Le phénomène n’est pas nouveau, mais il s’est accentué ces dernières années, selon les signataires. Ils pointent du doigt une « politisation croissante » des postes, où les critères de compétence ou d’indépendance passent après des considérations partisanes ou stratégiques. « Certaines nominations sont devenues de véritables marchés de dupes, où l’on récompense des fidélités plutôt que des engagements au service de l’intérêt général », a déclaré Patrick Baudouin, président de la LDH, cité par Le Monde – Politique.

« Lorsque les contre-pouvoirs dépendent, dans leur désignation, de l’autorité qu’ils sont censés contrôler, leur indépendance est fragilisée. » — Tribune collective publiée dans Le Monde

Parmi les exemples souvent cités, figurent les remaniements récents au sein de la CNCDH, où plusieurs membres ont été désignés sur proposition de l’exécutif. Les syndicats, comme la CGT ou FO, soulignent que cette pratique crée un « conflit d’intérêts structurel ». « Comment attendre d’un organisme qu’il critique une politique menée par le gouvernement qui a validé ses membres ? », s’interroge Yvan Ricordeau, secrétaire général adjoint de la CGT, interrogé par Le Monde – Politique.

Les auteurs de la tribune rappellent que la France a pourtant ratifié plusieurs textes internationaux, dont la Convention européenne des droits de l’homme, qui garantissent l’indépendance des institutions de contrôle. Pourtant, constatent-ils, « les dernières réformes ont encore renforcé le poids de l’exécutif dans ces processus ». En 2023, la loi organique relative à la nomination des hauts fonctionnaires a notamment élargi les prérogatives du gouvernement dans la sélection des présidents de certaines autorités administratives indépendantes.

Cette situation soulève une question centrale : dans un système démocratique, comment garantir l’équilibre des pouvoirs lorsque l’un d’eux – l’exécutif – détient un pouvoir disproportionné sur les autres ? Les signataires appellent à une refonte des mécanismes de nomination, proposant notamment la création de commissions pluralistes, associant opposition et société civile, pour désigner ces dirigeants. « Il faut rompre avec cette logique de cooptation politique et restaurer la confiance dans nos institutions », plaide Cécile Cukierman, sénatrice LFI et co-signataire de la tribune.

Et maintenant ?

Un projet de loi visant à encadrer plus strictement les nominations des contre-pouvoirs pourrait être déposé à l’Assemblée nationale d’ici la fin de l’année, selon des sources parlementaires. Les signataires de la tribune comptent également porter leur proposition lors des prochains débats sur la réforme des institutions, prévue pour 2027. Reste à voir si le gouvernement donnera suite à ces revendications, alors que plusieurs observateurs estiment que les résistances politiques seront fortes.

Cette tribune intervient à quelques mois des élections municipales et européennes, où la question de l’indépendance des institutions pourrait devenir un sujet de débat. Autant dire que le calendrier politique ne facilitera pas les discussions sur ce dossier.