Alors que le gouvernement indonésien s’apprête à durcir les règles concernant les décharges à ciel ouvert, des milliers de chiffonniers dépendant de la plus grande décharge du pays, Bantargebang, voient leurs moyens de subsistance menacés. Selon Euronews FR, cette décharge, située à Bekasi, à proximité de Jakarta, est devenue en quelques décennies un pilier de l’économie informelle locale, tout en illustrant les défis colossaux du système de gestion des déchets indonésien.

Ce qu'il faut retenir

  • La décharge de Bantargebang, à Bekasi, est la plus grande d’Indonésie avec une montagne de déchets culminant à 60 mètres de haut.
  • Des milliers de chiffonniers y travaillent quotidiennement pour récupérer des matériaux recyclables, une activité vitale pour des communautés entières.
  • Le gouvernement prévoit de fermer des centaines de sites de dépôt à ciel ouvert et d’introduire des politiques de tri des déchets plus strictes d’ici la fin de l’année.
  • Cette réforme risque de priver de revenus des milliers de familles qui dépendent de la collecte informelle.
  • La décharge de Bantargebang symbolise aussi l’ampleur de la crise des déchets à Jakarta, où les solutions durables restent à construire.

Une décharge géante, symbole d’un système à bout de souffle

Avec ses 60 mètres de haut, la décharge de Bantargebang incarne les dysfonctionnements du système de gestion des déchets de Jakarta et de sa région métropolitaine. Bekasi, où elle est située, est une ville satellite de la capitale indonésienne, aujourd’hui submergée par les ordures. Selon les dernières données disponibles, Jakarta produit chaque jour près de 8 000 tonnes de déchets, dont une partie finit dans cette décharge saturée, malgré les efforts des autorités pour moderniser le traitement des déchets.

Bantargebang n’est pas seulement un dépotoir : elle est devenue un écosystème à part entière. Des familles entières y vivent et y travaillent, transformant cette montagne de déchets en une source de revenus. Pourtant, ce modèle, bien que pragmatique, pose des problèmes majeurs en termes de pollution, de santé publique et de gestion durable. Les autorités indonésiennes ont longtemps toléré cette situation, faute de solutions alternatives viables.

Des chiffonniers en première ligne face aux réformes

Pour des milliers de chiffonniers, Bantargebang n’est pas un lieu de travail ordinaire. « Sans cette décharge, nous ne pourrions pas nourrir nos familles », déclare Siti Rahmawati, une récupératrice de déchets de 45 ans, citée par Euronews FR. Comme elle, des centaines d’autres dépendent de la collecte de matériaux recyclables — plastiques, métaux, papier — vendus ensuite à des intermédiaires. Cette activité, bien que précaire, offre un revenu minimal mais régulier dans un pays où le chômage et la pauvreté restent endémiques.

Le gouvernement indonésien justifie sa réforme par la nécessité de réduire la pollution et de se conformer aux normes environnementales internationales. « Nous devons passer à un système de tri et de recyclage moderne, comme le font les pays développés », a expliqué Tuti Hendrawati Mintarsih, directrice générale de la gestion des déchets au ministère de l’Environnement, lors d’une conférence de presse en juin 2026. Pourtant, cette transition, si elle est nécessaire, laisse de côté une question cruciale : que deviendront les chiffonniers, acteurs invisibles mais essentiels de cette économie parallèle ?

Un modèle de gestion des déchets à réinventer

La réforme envisagée par Jakarta ne se limite pas à la fermeture de décharges comme Bantargebang. Elle prévoit aussi la création de centres de tri centralisés et l’obligation pour les ménages et les entreprises de séparer leurs déchets. Ces mesures, inspirées des modèles européens ou japonais, visent à réduire la part des déchets enfouis ou brûlés à l’air libre, une pratique nocive pour la santé et l’environnement.

Cependant, les associations locales et les experts s’interrogent sur la faisabilité de ce projet. « Le tri des déchets nécessite une infrastructure que nous n’avons pas encore, ainsi qu’une éducation massive de la population », souligne Agung Wijaya, responsable d’une ONG environnementale à Jakarta. Sans accompagnement social et économique, la réforme pourrait aggraver la précarité des populations les plus vulnérables, sans résoudre la crise des déchets.

Les défis de Jakarta face à ses montagnes d’ordures

La situation à Bantargebang n’est qu’un exemple parmi d’autres des difficultés rencontrées par Jakarta dans sa gestion des déchets. La capitale indonésienne, l’une des mégapoles les plus peuplées au monde, doit faire face à une croissance démographique rapide et à une urbanisation mal maîtrisée. Résultat : ses infrastructures de traitement des déchets, souvent saturées, peinent à suivre le rythme.

En 2025, le gouvernement avait annoncé un plan ambitieux pour réduire de 30 % les déchets enfouis d’ici 2027. Pourtant, les retards s’accumulent. Les décharges comme Bantargebang, initialement conçues pour une durée limitée, sont utilisées depuis plus de 30 ans. Leur fermeture progressive, si elle est nécessaire, doit s’accompagner d’alternatives concrètes pour les travailleurs qui en dépendent.

Et maintenant ?

Le gouvernement indonésien a annoncé que les premières fermetures de décharges à ciel ouvert, dont Bantargebang, pourraient commencer d’ici la fin de l’année 2026. Une période de transition de six mois est prévue pour permettre aux chiffonniers de s’adapter, mais les détails concrets manquent encore. Des discussions sont en cours avec des ONG pour mettre en place des programmes de reconversion professionnelle, mais leur efficacité reste incertaine. D’ici 2027, Jakarta espère inaugurer ses premiers centres de tri modernes, mais le succès du projet dépendra largement de la capacité des autorités à concilier environnement, économie et justice sociale.

La réforme de la gestion des déchets en Indonésie s’annonce comme un test pour le pays. Elle pourrait montrer la voie à d’autres métropoles confrontées à des défis similaires, à condition de ne pas sacrifier les plus précaires sur l’autel du progrès.

À ce jour, aucune solution concrète n’a été officiellement présentée. Des discussions sont en cours entre le gouvernement, des ONG locales et les représentants des chiffonniers pour étudier des pistes comme la formation à des métiers du recyclage ou des aides à l’installation de petites entreprises de collecte sélective. Pour l’instant, ces propositions restent à l’état de projet.

Selon les annonces officielles, plus de 300 décharges à ciel ouvert devraient être fermées d’ici 2027 dans le cadre du plan national de gestion des déchets. Ces sites, souvent saturés et dangereux, seront remplacés par des centres de tri et des installations de traitement plus modernes.