Les Islandais sont conviés ce samedi 2 septembre 2026 à se prononcer par référendum sur la réouverture des négociations d’adhésion à l’Union européenne, un scrutin dont l’issue reste incertaine. Comme le rapporte BFM Business, cette consultation ne porte pas sur l’adhésion en tant que telle, mais sur le principe de relancer des discussions avec Bruxelles, suspendues depuis 2013. L’enjeu ? Déterminer les conditions d’un éventuel rapprochement, notamment dans le secteur hautement sensible de la pêche, pilier de l’économie islandaise.
Ce qu'il faut retenir
- Un référendum sur la réouverture des négociations : les Islandais doivent répondre à la question : « L’Islande doit-elle reprendre les négociations d’adhésion avec l’Union européenne ? ».
- Un résultat incertain : les sondages indiquent une population quasi équitablement divisée, avec des arguments opposés sur les risques et les opportunités.
- La pêche, point de crispation majeur : Reykjavik entend conserver sa souveraineté sur ses eaux territoriales, un dossier explosif compte tenu des règles de la politique commune de la pêche de l’UE.
- Un contexte géopolitique troublé : l’invasion de l’Ukraine par la Russie et les tensions autour du Groenland sous l’administration Trump ont accru les interrogations sur la sécurité de l’île.
- Un « oui » ne signifierait pas une adhésion immédiate : un accord éventuel devrait faire l’objet d’un nouveau référendum, d’une révision constitutionnelle et d’une ratification par les Vingt-Sept.
- L’UE voit d’un œil favorable cette initiative : l’adhésion d’un pays stable, riche et déjà intégré à l’Espace économique européen renforcerait la crédibilité de sa politique d’élargissement.
L’initiative islandaise s’inscrit dans un contexte international marqué par une montée des tensions et une recomposition des alliances. Après avoir déposé sa candidature en 2009 dans la foulée de la crise financière qui avait ébranlé son économie, l’Islande avait entamé des négociations en 2010. Celles-ci avaient été gelées trois ans plus tard, à l’arrivée au pouvoir d’une coalition eurosceptique. Depuis, le paysage a radicalement changé : l’Union européenne multiplie les accords commerciaux avec des partenaires comme l’Inde ou le Mercosur, tandis que les droits de douane sont de plus en plus utilisés comme des armes géopolitiques.
« Les gens doivent voir cela comme une opportunité, pas comme une décision finale », a déclaré à l’AFP la Première ministre islandaise, Kristrun Frostadottir, lors d’une tournée dans le pays. La dirigeante sociale-démocrate a souligné que ce référendum pourrait permettre d’obtenir des réponses concrètes aux questions qui se posent, notamment sur l’avenir économique de l’île. « Un oui réduirait les risques : tout le monde aimerait connaître l’avenir. Là, on aurait un accord concret sur la table », a-t-elle ajouté après une réunion publique à Selfoss, une localité située à une cinquantaine de kilomètres de Reykjavik.
Le débat est particulièrement vif dans un pays où l’inflation et les taux d’intérêt élevés pèsent sur le pouvoir d’achat. La banque centrale islandaise vient d’ailleurs de relever son taux directeur pour la troisième fois cette année, le portant à 8 %, un niveau record. Dans ces conditions, l’adoption de l’euro pourrait séduire une partie de la population, endettée et soucieuse de stabilité monétaire. « C’est plus sûr de faire partie d’une famille plus grande », résume la cheffe du gouvernement, alors que l’île, dépourvue d’armée, dépend de l’Otan et d’un accord bilatéral avec les États-Unis pour sa défense.
« Les bouleversements géopolitiques auxquels nous avons assisté récemment ne sont pas à l’origine de ce référendum. Mais, bien sûr, ces préoccupations pèsent sur le débat. C’est surtout l’agressivité américaine à l’égard du Groenland qui a suscité une vive inquiétude en Islande et amené beaucoup de gens à s’interroger sur la place de l’Islande dans ce contexte. »
Eirikur Bergmann, professeur de science politique à l’université de Bifröst
Les sondages publiés ces dernières semaines montrent une opinion islandaise profondément divisée. Vilborg Inga Magnusdottir, 33 ans, employée de bureau interrogée par l’AFP, illustre le camp du statu quo : « Pourquoi voudrions-nous entrer dans l’Union européenne alors que nous sommes déjà bien comme ça ? Qu’est-ce que cela nous apporterait de plus ? ». À l’inverse, Hrafnkell Gudnason, 59 ans, consultant et éleveur de chevaux, se dit convaincu : « C’est de plus en plus dangereux pour un petit pays de rester en dehors de l’UE. Je pense que c’est plus sûr de faire partie d’une famille plus grande. »
Le secteur de la pêche, qui représente près de 40 % des exportations islandaises, cristallise les tensions. Bien que certains y voient un levier de croissance, nombreux sont ceux qui redoutent de perdre le contrôle sur leurs eaux territoriales. Cinquante ans après les « guerres de la morue » qui avaient opposé Reykjavik au Royaume-Uni, la souveraineté halieutique reste un symbole national. La ministre des Affaires étrangères, Thorgerdur Katrin Gunnarsdottir, bien qu’ardemment pro-européenne, a prévenu que l’Islande exigerait le maintien de sa souveraineté dans ce domaine, une condition difficilement compatible avec la politique commune de la pêche de l’UE.
À Bruxelles, l’hypothèse d’une adhésion islandaise suscite un intérêt certain. L’UE y voit l’opportunité d’intégrer un pays riche, stable et déjà largement aligné sur ses normes via l’Espace économique européen. Une telle adhésion renforcerait également sa présence dans une région stratégique de l’Atlantique Nord, de plus en plus convoitée. « La perspective d’accueillir un pays aussi intégré serait une vitrine avantageuse pour la politique d’élargissement de l’Union », confirme un haut fonctionnaire européen sous couvert d’anonymat.
Quelle que soit l’issue du vote, cette consultation islandaise reflète une tendance plus large en Europe : celle d’une réflexion stratégique sur l’avenir des petits États face à un environnement international de plus en plus incertain.
Un « oui » entraînerait la réouverture des négociations avec l’UE, interrompues en 2013. Si un accord était trouvé, il devrait faire l’objet d’un nouveau référendum en Islande, puis être ratifié par les Vingt-Sept. Une modification de la Constitution islandaise serait également nécessaire pour intégrer les exigences européennes, notamment en matière de pêche et de souveraineté nationale.