L’intervention militaire israélienne au sud de la Syrie, menée depuis plusieurs années, crée un vide sécuritaire exploité par les réseaux de narcotrafiquants. Selon Le Monde, cette situation pousse la Jordanie à intervenir directement pour endiguer le flux de captagon – une drogue de synthèse très prisée au Moyen-Orient – vers son territoire.
Dans sa chronique, l’historien Jean-Pierre Filiu souligne que la politique israélienne, bien qu’officiellement justifiée par des objectifs de sécurité, favorise indirectement les trafics. « On observe une dynamique perverse où les frappes israéliennes ciblent des positions qui, une fois détruites, laissent le champ libre aux narcotrafiquants », explique-t-il.
Ce qu'il faut retenir
- L’intervention israélienne au sud de la Syrie, en vigueur depuis des années, crée des zones de non-droit exploitées par les réseaux de narcotrafiquants.
- Le captagon, une drogue de synthèse, transite massivement vers la Jordanie, poussant Amman à multiplier les frappes pour limiter ce trafic.
- L’historien Jean-Pierre Filiu analyse cette situation comme une conséquence indirecte de la stratégie israélienne, qui fragmente les structures de sécurité locales.
Un trafic qui profite des zones destabilisées
Le sud de la Syrie, frontalier avec la Jordanie et Israël, est depuis 2011 un théâtre de conflits armés et d’instabilité chronique. Les frappes israéliennes, principalement menées contre des positions du Hezbollah et de l’Iran, ont progressivement affaibli les structures étatiques syriennes dans cette région. Bref, des zones entières se retrouvent sans contrôle policier ou militaire efficace.
Ce vide est rapidement comblé par les groupes criminels, qui y voient une opportunité pour organiser des routes d’exportation vers l’Arabie saoudite et d’autres pays du Golfe, où la demande en captagon reste élevée. « Les trafiquants exploitent les routes secondaires et les passages frontaliers mal surveillés, souvent dans des zones que les frappes israéliennes ont rendues ingérables pour les forces syriennes », précise Filiu.
La Jordanie sous pression, frappes ciblées et réponses limitées
Face à l’afflux de captagon – estimé à des centaines de millions de comprimés par an –, les autorités jordaniennes n’ont eu d’autre choix que de recourir à des frappes aériennes et à des opérations de sécurité pour tenter de réduire le trafic. En 2025, Amman a officiellement reconnu avoir détruit plus de 15 tonnes de captagon en six mois, un chiffre record qui illustre l’ampleur du phénomène.
Pourtant, ces actions restent insuffisantes. Les trafiquants adaptent leurs méthodes, utilisant des drones pour livrer des colis ou corrompant des garde-frontières. « La Jordanie est prise en étau entre la nécessité de protéger ses frontières et l’impossibilité de contrôler totalement un trafic aussi lucratif », analyse un analyste régional sous couvert d’anonymat.
Une stratégie israélienne aux effets contre-productifs ?
Officiellement, Israël justifie ses interventions en Syrie par la volonté de contenir l’influence iranienne et d’empêcher l’armement du Hezbollah. Cependant, comme le rapporte Le Monde, ces frappes ont aussi pour effet collatéral de fragiliser les dernières structures étatiques syriennes encore fonctionnelles dans le sud du pays.
« En ciblant des infrastructures civiles et militaires sans se soucier de leur remplacement, Israël ouvre la porte à une économie parallèle dominée par les trafics, et notamment celui du captagon », souligne Jean-Pierre Filiu. Selon lui, cette stratégie risque de se retourner contre les objectifs initiaux, en renforçant des réseaux qui pourraient, à terme, menacer la stabilité régionale.
Cette situation soulève une question centrale : jusqu’où Israël est-il prêt à aller dans ses frappes, au risque de créer des déserts sécuritaires exploitables par les trafics ? La réponse dépendra en partie des pressions diplomatiques et militaires qui s’exerceront dans les mois à venir.
Le captagon, produit à base d’amphétamine, est une drogue bon marché, facile à produire et à transporter. Au Moyen-Orient, il est consommé pour ses effets stimulants, notamment lors de longues journées de travail ou dans un contexte festif. Son faible coût et sa forte demande en ont fait une source de revenus majeure pour les groupes criminels.