Plusieurs mois après l’instauration d’un cessez-le-feu jugé extrêmement précaire dans la bande de Gaza en octobre 2025, les groupes armés palestiniens soutenus par Israël n’ont pas disparu. Au contraire, leur collaboration avec les forces israéliennes s’est intensifiée, révèle une enquête du quotidien Ha’Aretz, relayée par Courrier International. Selon nos confrères, ces milices, qualifiées de « bras opérationnel » par l’armée israélienne et le Shin Bet, jouent désormais un rôle clé dans les opérations menées à Gaza, au point de menacer la mise en œuvre du plan de paix proposé par Donald Trump.

Ce qu'il faut retenir

  • Cinq groupes armés majeurs, comptant « des centaines de membres » chacun, opèrent désormais sous l’autorité de Tsahal dans des zones définies près de la « ligne jaune », frontalière des territoires contrôlés par le Hamas.
  • Parmi ces groupes figurent les Forces populaires, basées à Rafah, et la Force de frappe antiterroriste, active à Khan Younès, dirigée par Hossam Al-Astal.
  • Ces milices ont établi des camps militaires fortifiés, équipés de mosquées, d’épiceries et même d’aires de jeux, situés à quelques centaines de mètres des avant-postes israéliens.
  • Leur montée en puissance s’accompagne de défilés et de menaces publiques contre le Hamas, tandis que des affrontements persistants éclatent entre ces groupes et les combattants du mouvement islamiste.
  • Certains témoignages évoquent des pillages et des incendies de logements, suscitant des craintes de dérives comparables aux massacres de Sabra et Chatila en 1982.
  • Le plan de paix de Donald Trump, exigeant le désarmement du Hamas, se heurte à l’existence de ces milices, perçues comme une menace par le mouvement palestinien.

Des milices transformées en auxiliaires opérationnels

L’enquête de Ha’Aretz, reprise par Courrier International, met en lumière la transformation de ces groupes armés en véritables « bras opérationnel » pour l’armée israélienne et le Shin Bet. Leur collaboration, qualifiée de « synergie fondée sur des intérêts communs », s’est renforcée depuis le cessez-le-feu d’octobre 2025, une trêve jugée fragile par la communauté internationale. « Les milices armées palestiniennes sont devenues un bras opérationnel de Tsahal et du Shin Bet à Gaza », précise le rapport, soulignant l’ampleur de cette alliance inédite.

Cette dynamique soulève des questions sur la capacité des autorités israéliennes à contrôler ces groupes, dont certains participent directement à des opérations militaires conjointes. Cependant, leur autonomie et leur recours à des méthodes controversées — comme des démonstrations de force publiques ou des exactions présumées — compliquent cette relation de dépendance.

Cinq groupes armés sous contrôle israélien

L’enquête recense cinq milices majeures actives à Gaza, chacune installée dans une zone précise et opérant sous supervision israélienne. Parmi elles, les Forces populaires, dirigées jusqu’à son élimination en décembre 2025 par Yasser Abou Chabab — un chef de gang connu pour le détournement de l’aide humanitaire — sont basées à Rafah. À Khan Younès, la Force de frappe antiterroriste, menée par Hossam Al-Astal, est également implantée. Trois autres groupes opèrent dans les secteurs de Beit Hanoun et Shujaiya, au nord, ainsi qu’à Deir El-Balah, au centre de l’enclave.

Ces milices ont érigé des camps militaires fortifiés, décrits par les enquêteurs comme des « bases structurées ». L’un d’eux, situé près de Rafah, abrite une mosquée, une épicerie bien approvisionnée, un magasin de vêtements et même une aire de jeux pour enfants. Ces infrastructures, situées à proximité immédiate des avant-postes israéliens, illustrent l’étroitesse de leur collaboration avec Tsahal.

Des milices qui défient le Hamas et sèment l’inquiétude

Sur les réseaux sociaux, ces groupes multiplient les manifestations de force : défilés d’hommes armés, exercices militaires et discours publics visant à défier ouvertement le Hamas. Ces provocations s’accompagnent d’affrontements réguliers entre les milices et les combattants du mouvement islamiste, malgré les tensions persistantes dans la bande de Gaza. Selon plusieurs témoignages recueillis par Ha’Aretz, certains groupes ne se limitent pas à cibler le Hamas, mais se livrent également à des pillages et des incendies de logements, alimentant les craintes de violences intercommunautaires.

Ces dérives rappellent aux soldats israéliens cités par l’enquête les massacres de Sabra et Chatila, perpétrés en 1982 au Liban par des milices chrétiennes pro-israéliennes. « Nous pourrions assister à des atrocités comparables », mettent en garde certains militaires, craignant une escalade incontrôlable.

Un obstacle majeur au plan de paix de Donald Trump

Le plan de paix proposé par l’administration Trump pour Gaza, qui prévoit notamment le désarmement du Hamas et le retrait des forces israéliennes, se heurte à la réalité de ces milices. Israël exige en effet le désarmement du mouvement islamiste, mais le Hamas conditionne son propre désarmement à la dissolution préalable de ces groupes armés, qu’il considère comme une menace existentielle. « Ces milices sont un frein majeur à toute avancée vers la paix », confirme un analyste politique cité par Courrier International.

La situation actuelle crée une équation complexe : Israël, qui soutient ces milices, se retrouve dans une position paradoxale où il doit à la fois les contrôler et négocier avec le Hamas, un mouvement qu’il combat depuis des décennies. Cette dynamique pourrait prolonger l’instabilité à Gaza, malgré les efforts internationaux pour stabiliser la région.

Et maintenant ?

La question centrale reste celle de l’avenir de ces milices : leur intégration progressive dans les structures de sécurité de Gaza, sous supervision internationale, pourrait-elle stabiliser la région ? Ou, au contraire, leur radicalisation et leur manque de contrôle ne risquent-ils pas d’aggraver les tensions ? Pour l’instant, aucune date précise n’a été avancée pour leur dissolution ou leur désarmement, laissant planer une incertitude sur l’application du plan Trump. Une chose est sûre : tant que ces groupes resteront actifs, toute solution politique durable pour Gaza semblera hors de portée.

Dans l’immédiat, la communauté internationale observe avec une attention accrue l’évolution de cette alliance entre Israël et les milices palestiniennes. Leur capacité à coexister sans basculer dans une nouvelle spirale de violences déterminera en grande partie la stabilité de la région dans les mois à venir.

Selon l’enquête de Ha’Aretz, relayée par Courrier International, Israël cherche à fragmenter le pouvoir du Hamas en soutenant des groupes armés rivaux. Ces milices, perçues comme des alliés opérationnels, permettent à Tsahal et au Shin Bet de maintenir une présence indirecte dans Gaza, tout en affaiblissant les structures du mouvement islamiste.

Les témoignages recueillis par Ha’Aretz évoquent des pillages, des incendies de logements et des exactions commises par certains groupes armés. Ces violences aggravent la crise humanitaire à Gaza, où la population civile subit déjà les conséquences d’un blocus prolongé et des destructions massives depuis le début du conflit.