Quarante ans après la catastrophe de Tchernobyl, qui a marqué durablement le paysage énergétique européen, l’Italie s’apprête à relancer son industrie nucléaire. Selon Euronews FR, le gouvernement de Giorgia Meloni mise sur les petites centrales de nouvelle génération pour renforcer la sécurité énergétique du pays, tout en répondant aux enjeux climatiques et à la hausse de la demande électrique.
Ce qu'il faut retenir
- Le Parlement italien doit voter la semaine prochaine un projet de loi établissant un cadre juridique pour les technologies nucléaires de nouvelle génération.
- Le gouvernement table sur des petits réacteurs modulaires (SMR), jugés plus sûrs et plus rapides à construire que les centrales traditionnelles.
- Une enquête de juin 2026 révèle que 55 % des Italiens soutiennent les centrales nucléaires de nouvelle génération, avec un soutien plus marqué chez les jeunes.
- Le coût d’un SMR de 300 mégawatts est estimé entre 3 et 6 milliards d’euros, un investissement que le gouvernement espère voir majoritairement financé par des capitaux privés.
- L’Italie ne dispose toujours pas de site national pour le stockage des déchets nucléaires, ce qui pourrait compliquer la mise en œuvre du projet.
- Les opposants au nucléaire, notamment les groupes environnementaux et les partis de gauche, pourraient demander un nouveau référendum une fois les sites précis annoncés.
Un virage énergétique après des décennies de rejet
L’Italie a longtemps été un pays pionnier en matière de nucléaire en Europe, avec quatre réacteurs en fonctionnement jusqu’en 1987. Cette année-là, un référendum organisé dans le sillage de la catastrophe de Tchernobyl a mis fin au programme nucléaire italien. Une tentative de relance après la catastrophe de Fukushima en 2011 a également échoué, avec 94 % des votants opposés à la construction de nouveaux réacteurs.
Pourtant, en 2026, le contexte a radicalement changé. La guerre en Ukraine a révélé la vulnérabilité des approvisionnements énergétiques européens, tandis que les objectifs climatiques imposent une réduction drastique des émissions de CO₂. Selon Gilberto Pichetto Fratin, ministre de l’Environnement et de la Sécurité énergétique, la demande d’électricité en Italie pourrait augmenter d’au moins 30 % d’ici une décennie. « Le devoir du gouvernement est de créer les conditions pour que ceux qui devront décider des installations puissent le faire », a-t-il déclaré à l’Associated Press avant le vote parlementaire.
Les petits réacteurs modulaires au cœur du projet
Plutôt que de revenir aux grandes centrales du passé, le gouvernement mise sur les petits réacteurs modulaires (SMR), une technologie de troisième génération présentée comme plus sûre, plus flexible et plus rapide à déployer. « Nous parlons de la troisième génération avancée de nucléaire, beaucoup plus adaptée aux besoins actuels, bien plus sûre en raison de sa petite taille et avec des délais de construction très courts », a expliqué Pichetto Fratin. Il évoque un calendrier réaliste pour la mise en service des premiers réacteurs entre 2033 et 2035.
Cette stratégie s’inscrit dans une tendance mondiale, avec plusieurs pays européens, dont la France et la Pologne, qui développent ou envisagent de relancer leur industrie nucléaire. Le nucléaire représente aujourd’hui environ 10 % de la production mondiale d’électricité et un quart de la production à faible émission de carbone. En Italie, cette relance s’accompagne d’une volonté de réduire la dépendance aux énergies fossiles et de diversifier le mix énergétique.
Une génération plus jeune, un soutien plus marqué
Le projet de retour du nucléaire en Italie se heurte cependant à un fossé générationnel. Viviana Cruciani, qui supervise le démantèlement de la centrale de Latina, près de Rome, observe que les Italiens arrivés à l’âge adulte après Tchernobyl perçoivent encore l’énergie atomique à travers le prisme de la catastrophe. À l’inverse, les jeunes générations y voient une solution technologique adaptée aux défis climatiques et énergétiques actuels.
Une enquête réalisée en juin 2026 par le cabinet Only Numbers révèle que 55 % des Italiens soutiennent les centrales nucléaires de nouvelle génération. Michele Governatori, conseiller principal en énergie au sein du groupe de réflexion ECCO, souligne que ce soutien est particulièrement marqué chez les jeunes, pour qui le nucléaire symbolise le progrès technologique plutôt qu’un risque environnemental. Cristian Giannetti, un touriste de 20 ans originaire de Toscane, partage cette vision : « Je pense que le nucléaire peut aider l’environnement. C’est plus durable. Avec l’expertise dont nous disposons aujourd’hui, la probabilité d’un nouvel accident est vraiment minimale. »
Des critiques persistantes sur les coûts et les risques
Malgré cet engouement relatif, le projet soulève des interrogations, notamment sur son coût. Michele Governatori estime que « si l’on utilise le nucléaire comme source d’appoint, les coûts moyens de l’énergie deviennent dévastateurs. Ce n’est pas un bon complément aux renouvelables et ce n’est pas bon marché ». Pichetto Fratin reconnaît que le nucléaire ne fera pas baisser les prix de l’électricité à court terme, mais pourrait y contribuer à plus long terme.
Les estimations du secteur indiquent qu’un SMR de 300 mégawatts pourrait coûter entre 3 et 6 milliards d’euros, sans compter les dépenses d’infrastructure et de réseau. Le gouvernement mise sur des financements privés pour couvrir l’essentiel de ces coûts. Governatori reste sceptique : « Les projets nucléaires actuellement en construction en Europe ont des coûts exorbitants. D’un côté, les coûts sont extrêmement élevés, de l’autre, les investisseurs privés prennent la fuite. » Il s’interroge également sur la capacité des SMR à changer cette équation économique, la technologie n’ayant pas encore fait ses preuves à grande échelle sur le plan commercial.
Un défi politique et social de taille
Au-delà des questions économiques, le retour du nucléaire en Italie se heurte à un obstacle majeur : le manque de sites adaptés pour construire les réacteurs et stocker les déchets. Le pays ne dispose toujours pas de dépôt national pour les déchets nucléaires existants, une grande partie étant encore entreposée dans des installations temporaires. Toute nouvelle centrale ou site de stockage devrait faire face à une opposition locale, voire nationale.
Les sondages montrent que le soutien au nucléaire chute brutalement lorsque l’on demande aux Italiens s’ils accepteraient un réacteur près de leur lieu de résidence. Selon des enquêtes citées par des experts, environ six Italiens sur dix refusent cette perspective. « Quand il faut sérieusement se demander où une centrale sera construite et combien elle coûtera, il est probable que l’opinion publique redevienne négative », estime Governatori. Les opposants, incluant des groupes environnementaux et des partis de gauche, pourraient également demander un nouveau référendum une fois les sites précis annoncés.
Ce virage italien s’inscrit dans un mouvement plus large en Europe, où plusieurs pays réévaluent leur position sur le nucléaire. Reste à voir si cette technologie, après des décennies de rejet, parviendra à s’imposer comme une solution crédible pour concilier sécurité énergétique, transition écologique et acceptabilité sociale.
Les SMR sont présentés comme plus sûrs grâce à leur taille réduite, plus flexibles car ils peuvent être déployés de manière modulaire, et plus rapides à construire. Selon Gilberto Pichetto Fratin, ministre italien de l’Environnement, « ils sont bien plus adaptés aux besoins actuels et ont des délais de construction très courts ». Leur modularité permet également une mise en service progressive, en fonction des besoins.