Créé en 2020 dans l’objectif de moderniser l’évaluation du système éducatif français, le Conseil d’évaluation de l’école (CEE) traverse une crise de légitimité majeure. Jacques Lévy, géographe de renom et membre éminent de cette instance, a choisi de démissionner, dénonçant dans une tribune publiée par Le Monde - Education une dérive institutionnelle sans précédent. Selon lui, le CEE n’a jamais su incarner l’indépendance promise, devenant « l’illusion d’un organisme indépendant, une simple annexe du ministère de l’Éducation nationale », miné par des logiques corporatistes et un manque criant de moyens.

Ce qu'il faut retenir

  • Un organisme créé en 2020 pour évaluer de manière indépendante le système éducatif français, selon les principes de la loi pour une école de la confiance.
  • Jacques Lévy, géographe reconnu, a démissionné en 2026, critiquant l’absence d’autonomie réelle du CEE face au ministère.
  • Le CEE qualifié de « monstre institutionnel » par son ancien membre, en raison de son manque de moyens et de son ancrage dans des logiques administratives.
  • L’instance accusée de ne pas remplir sa mission d’évaluation indépendante, selon les termes mêmes de Lévy dans sa tribune au Monde.

Un organisme né dans un contexte de réformes éducatives

Le Conseil d’évaluation de l’école a été instauré dans le cadre de la loi pour une école de la confiance, promulguée en 2019 sous l’impulsion du ministre de l’Éducation nationale de l’époque, Jean-Michel Blanquer. L’objectif affiché était clair : confier à une instance indépendante l’évaluation des politiques publiques en matière d’éducation, afin de garantir une analyse objective et déconnectée des pressions politiques ou syndicales. Pourtant, dès ses premières années d’existence, le CEE a été critiqué pour son manque de moyens financiers et humains, limitant considérablement son champ d’action.

Selon Le Monde - Education, les rapports publiés par le conseil ont souvent été perçus comme des documents techniques, éloignés des enjeux concrets des acteurs de terrain. « On a construit une machine bureaucratique sans moteur », résume un ancien collaborateur, soulignant que l’instance a peiné à s’imposer comme un acteur crédible dans le paysage éducatif.

Les corporatismes et l’ingérence ministérielle pointés du doigt

Dans sa tribune, Jacques Lévy va plus loin en dénonçant une instrumentalisation du CEE par les corporatismes internes au ministère. « Le conseil est devenu un guichet où s’exercent les pressions des syndicats, des fédérations de parents d’élèves ou même des lobbies disciplinaires », explique-t-il. Ces dynamiques, couplées à un manque de moyens structurels, auraient vidé l’instance de sa substance, la transformant en une coquille vide au service d’intérêts particuliers plutôt que de l’intérêt général.

Le géographe souligne également que le CEE a été conçu comme un outil de pilotage centralisé, alors que son rôle initial devait être celui d’un observatoire indépendant. « On a confondu évaluation et contrôle », ajoute-t-il, évoquant des méthodes de travail qui rappellent davantage celles d’une administration classique que celles d’un organisme d’expertise pluraliste. Ces critiques rejoignent celles formulées par plusieurs chercheurs et universitaires, qui reprochent au ministère de l’Éducation nationale d’avoir récupéré l’évaluation pour en faire un levier de communication politique.

« Le Conseil d’évaluation de l’école n’a jamais pu être remis sur de bons rails. Il est devenu un monstre institutionnel, une annexe du ministère, sans autonomie ni moyens. »
— Jacques Lévy, géographe et ancien membre du CEE

Quelles suites pour l’évaluation de l’école en France ?

La démission de Jacques Lévy survient à un moment charnière pour le CEE, dont l’avenir est désormais incertain. Le Monde - Education indique que plusieurs membres du conseil ont exprimé leur inquiétude quant à la pérennité de l’instance, alors que les critiques sur son utilité se multiplient. Pourtant, le ministère de l’Éducation nationale n’a pas encore réagi officiellement à ces révélations, se contentant de rappeler que « l’évaluation reste une priorité ».

Plusieurs pistes pourraient être explorées pour relancer le CEE. Certains observateurs évoquent la possibilité d’une refonte complète de ses missions, tandis que d’autres plaident pour une fusion avec d’autres instances d’évaluation, comme le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco). Une chose est sûre : sans une réelle autonomie et des moyens à la hauteur des enjeux, le CEE risque de disparaître ou de devenir un simple service administratif, perdant toute légitimité auprès des acteurs éducatifs.

Et maintenant ?

La question d’une réforme ou d’une suppression pure et simple du CEE pourrait être inscrite à l’ordre du jour des prochaines assises de l’éducation, prévues pour l’automne 2026. D’ici là, le ministère devra trancher : soit il engage une refonte profonde de l’instance, soit il assume son choix de centraliser l’évaluation au sein de l’administration centrale. Une décision qui ne manquera pas de relancer le débat sur l’indépendance des instances éducatives en France.

Reste à savoir si ces annonces suffiront à restaurer la confiance dans un système éducatif déjà fragilisé par des années de réformes contestées. Pour l’heure, le CEE continue de fonctionner, mais son avenir semble plus incertain que jamais.

Le CEE avait pour mission principale d’évaluer de manière indépendante les politiques éducatives en France, en s’appuyant sur des données objectives et des expertises pluridisciplinaires. Il devait également proposer des recommandations pour améliorer le système, sans être soumis aux pressions politiques ou syndicales.