Une équipe de chercheurs japonais a mené, en janvier dernier, une expérience inédite visant à modifier artificiellement le climat pour atténuer les conséquences des catastrophes naturelles. Selon Courrier International, qui reprend les travaux publiés par l’Asahi Shimbun, ces scientifiques ont dispersé de la glace carbonique au-dessus des nuages de neige de la baie de Toyama, dans l’ouest du Japon, afin de provoquer des précipitations.

Cette initiative s’inscrit dans un projet plus large, développé par des chercheurs des universités de Chiba et de Toyama, avec pour objectif de maîtriser le climat d’ici à 2050. L’expérience, menée sur quatre jours entre le 7 et le 13 janvier, consistait à larguer 30 kilogrammes de granulés de glace carbonique – d’environ 3 millimètres de diamètre – depuis un avion à hélices volant à 3 500 mètres d’altitude. Aucune incidence n’a cependant été observée au sol, les précipitations n’ayant pas été modifiées.

Ce qu'il faut retenir

  • Une équipe de chercheurs japonais a testé en janvier une méthode d’ensemencement des nuages en dispersant de la glace carbonique pour provoquer des précipitations.
  • L’expérience, menée dans la baie de Toyama, n’a eu aucun impact mesurable au sol, mais ouvre la voie à des recherches plus ambitieuses.
  • Le projet vise à réduire les dégâts des typhons et des bandes de précipitations linéaires, dont la fréquence augmente avec le changement climatique.
  • Les scientifiques prévoient des essais à plus grande échelle dès 2029, notamment en mer de Chine orientale et sur la côte pacifique.
  • La manipulation du climat soulève des enjeux techniques, économiques et éthiques, nécessitant un consensus social.

Une technologie inspirée des pluies artificielles de l’après-guerre

L’idée d’influencer les précipitations n’est pas nouvelle. Comme le rapporte Courrier International, c’est en 1946 que la société américaine General Electric a réalisé la première expérience de pluie artificielle. Au Japon, la Compagnie d’électricité de Kyushu avait lancé des essais similaires dès 1947, avant d’y renoncer face à l’essor des centrales thermiques. Aujourd’hui, la technique de l’ensemencement des nuages consiste à disperser des particules, comme de la glace carbonique, dans les nuages contenant de l’eau surfondue – une eau qui gèle instantanément au moindre stimulus.

En théorie, ces particules favorisent la formation de gouttelettes ou de grêlons, qui finissent par tomber sous forme de pluie ou de neige. Cependant, l’efficacité de cette méthode reste limitée. Comme le souligne Atsushi Hamada, professeur agrégé en météorologie à l’université de Toyama, « les nuages de montagne en hiver sont les seuls pour lesquels on a pu démontrer une efficacité scientifique ». Pourtant, au moins neuf pays – dont les États-Unis, la Russie, la Chine et les Émirats arabes unis – ont recours à cette technologie pour lutter contre la sécheresse ou limiter les dégâts de la grêle sur les cultures.

Des catastrophes naturelles de plus en plus fréquentes

Le regain d’intérêt pour ces techniques s’explique par l’augmentation des catastrophes naturelles. Les bandes de précipitations linéaires, responsables d’inondations comme celles de 2018 dans l’ouest du Japon, ou les typhons dévastateurs comme celui de 2019, se forment lorsque la vapeur d’eau issue de la mer se transforme en énergie, donnant naissance à des cumulonimbus. Avec le réchauffement climatique, la quantité de vapeur d’eau dans l’atmosphère augmente, rendant ces phénomènes plus intenses et plus fréquents.

Selon l’Agence météorologique japonaise, les précipitations dépassant 200 millimètres par jour devraient être deux fois plus fréquentes d’ici la seconde moitié du XXIe siècle qu’à la fin du XXe siècle. Face à cette menace, l’équipe de chercheurs dirigée par Shunji Kotsuki, professeur en météorologie à l’université de Chiba, travaille à des solutions pour provoquer des pluies en amont des côtes ou disperser les masses de nuages avant qu’elles n’atteignent les terres. « Au Japon, où affluent de grandes quantités de vapeur d’eau, les pluies torrentielles sont inévitables », explique-t-il. « C’est pourquoi les technologies de contrôle du climat sont indispensables ».

Des défis techniques et éthiques à relever

Malgré les avancées, la mise en œuvre à grande échelle de ces techniques se heurte à des obstacles majeurs. Les cumulonimbus estivaux, par exemple, peuvent atteindre plus de 10 000 mètres d’altitude, nécessitant des avions à réaction capables de voler dans des couches atmosphériques stables. Le coût de telles opérations serait alors bien plus élevé qu’une simple expérience locale. Par ailleurs, manipuler les nuages risque d’avoir des effets imprévisibles : une région pourrait subir une diminution des pluies là où une autre en recevrait davantage.

Pour éviter tout conflit, l’équipe de recherche a organisé des réunions d’information avec les habitants et les autorités locales. En octobre 2025, des concertations ont eu lieu avec la préfecture de Toyama, la préfecture de Niigata et les forces terrestres d’autodéfense. Certains participants ont exprimé des craintes, comme l’impact des vols en cas de fortes pluies ou l’utilisation de l’ensemencement pour lutter contre la sécheresse. « Nous souhaitons poursuivre nos recherches tout en définissant des règles qui tiennent compte des préoccupations exprimées », a déclaré Shunji Kotsuki.

Et maintenant ?

Les chercheurs japonais prévoient de nouveaux essais autour de la baie de Toyama dès cette année, afin de déterminer si l’ensemencement peut effectivement favoriser les chutes de pluie ou de neige. À partir de 2029, des expériences à plus grande échelle sont prévues en mer de Chine orientale et sur la côte pacifique, où les dégâts causés par les pluies torrentielles sont récurrents. Pour l’équipe, l’objectif reste clair : réduire de plus de 10 % les précipitations liées aux bandes de pluie linéaires en dispersant environ trois tonnes de glace carbonique en amont des côtes.

Pour Takahiro Takenouchi, l’un des membres de l’équipe, « le jeu en vaut la chandelle ». Pourtant, la réussite de ce projet dépendra non seulement des progrès techniques, mais aussi de l’acceptation sociale et politique. Alors que le Japon se prépare à affronter des défis climatiques toujours plus importants, cette technologie pourrait bien devenir un outil clé – à condition de l’utiliser avec prudence.

Pour l’instant, les résultats restent limités. Les expériences menées à petite échelle, comme celle de janvier 2026 dans la baie de Toyama, n’ont eu aucun impact mesurable. Les chercheurs japonais espèrent cependant que des opérations à plus grande échelle, prévues à partir de 2029, permettront d’atténuer les dégâts causés par les typhons. Leur objectif est de réduire les précipitations de plus de 10 %, mais cela dépendra des conditions météorologiques et de l’efficacité réelle de la méthode.

Les principaux risques incluent des effets imprévisibles sur les précipitations dans certaines régions, des coûts élevés liés aux opérations aériennes, et des questions éthiques sur la manipulation du climat. Certains scientifiques craignent que ces techniques ne créent des déséquilibres hydriques entre zones géographiques. C’est pourquoi les chercheurs japonais insistent sur la nécessité d’un consensus social et de règles strictes avant toute généralisation.