Un dollar s’échangeait contre près de 164 yens le 28 juillet 2026, un niveau de faiblesse inédit pour la devise japonaise depuis 1986, selon Courrier International. Pour contrer cette dépréciation continue depuis 2020, le Japon a procédé le 31 juillet à une intervention sur le marché des changes, une opération classique dans sa lutte contre la chute de sa monnaie. Mais l’originalité de cette manœuvre réside dans l’appui apporté par les États-Unis, qui ont acheté des yens aux côtés de Tokyo. Une première depuis 1998, comme le rapporte la chaîne publique japonaise NHK.
Ce qu'il faut retenir
- Une faiblesse historique du yen : 164 yens pour un dollar le 28 juillet 2026, un seuil critique jamais atteint depuis 1986.
- Une intervention conjointe inédite : les États-Unis ont participé pour la première fois depuis 1998 à une opération de soutien au yen.
- Un rebond immédiat : le taux de change est retombé à 156 yens pour un dollar après l’intervention.
- Des motivations économiques divergentes : Tokyo veut limiter l’inflation, tandis que Washington cherche à protéger sa balance commerciale et à éviter une hausse des taux américains.
- Un effet temporaire ? Les experts estiment que cette opération ne traite pas les causes profondes de la faiblesse du yen.
Une réaction face à une monnaie en chute libre
Depuis 2020, le yen japonais s’est constamment déprécié, atteignant un niveau critique le 28 juillet 2026 avec un taux de change de 164 yens pour un dollar. Cette situation a poussé les autorités japonaises à intervenir sur le marché des changes le 31 juillet, comme elles le font régulièrement depuis plusieurs années. Mais cette fois, l’opération a pris une dimension exceptionnelle : les États-Unis ont apporté leur soutien en achetant également des yens, une première depuis 1998, selon NHK. Le montant exact de cette intervention conjointe n’a pas été divulgué, mais les résultats se sont fait sentir rapidement. Le yen a rebondi, s’échangeant désormais à 156 yens pour un dollar.
Des motivations différentes pour Tokyo et Washington
Pour le Japon, l’enjeu est double. D’une part, la faiblesse du yen aggrave l’inflation dans l’archipel, un phénomène que la Première ministre Sanae Takaichi tente de limiter en réduisant la TVA sur les produits alimentaires de 8 % à 1 % à partir d’avril 2027. D’autre part, une devise trop faible handicape les exportations japonaises, notamment vers les États-Unis. De son côté, l’administration américaine voit dans cette faiblesse une opportunité pour les produits japonais, ce qui déséquilibre la balance commerciale entre les deux pays. « Le Japon faisait face à la chute de sa devise et demandait de l’aide. Nous avons toujours soutenu Tokyo », a déclaré le président américain Donald Trump le 2 août 2026, cité par NHK.
Au-delà de ces considérations commerciales, Washington craignait également que l’intervention japonaise n’entraîne une hausse des taux d’intérêt américains à long terme. Pour financer ses achats de yens, Tokyo doit en effet vendre des obligations américaines à court terme, une manœuvre qui pourrait peser sur les taux. « Afin d’obtenir les fonds nécessaires pour réaliser une intervention sur le marché des changes, Tokyo a besoin de vendre des obligations américaines à court terme », explique l’analyste financier Yosuke Tsuchida sur le site JBpress. Une hausse des taux américains serait contre-productive pour l’économie des États-Unis.
Une opération aux effets potentiellement éphémères
Malgré le succès immédiat de cette intervention conjointe, de nombreux experts, comme ceux du Nihon Keizai Shimbun, estiment que ses effets pourraient être de courte durée. La faiblesse structurelle du yen persiste, liée à des déséquilibres économiques profonds. La dette publique japonaise, qui représente 250 % de son PIB, limite la marge de manœuvre des autorités pour redresser la situation. Par ailleurs, la stratégie de Sanae Takaichi, qui mise sur une baisse de la TVA pour soutenir le pouvoir d’achat, entre en contradiction avec les impératifs de rigueur budgétaire. « Parmi les experts du marché des changes, beaucoup considèrent que les autorités japonaises et américaines ont juste gagné du temps, sans remédier aux questions de fond », souligne le quotidien économique.
Un précédent historique qui pourrait se reproduire
Bien que les interventions sur le marché des changes ne soient pas rares, cette coopération entre Tokyo et Washington marque un tournant. Depuis 1998, les deux pays n’avaient pas mené d’opération conjointe, sauf en cas de crise majeure comme une catastrophe naturelle ou une crise monétaire. Le Nihon Keizai Shimbun rappelle que les précédentes interventions étaient généralement unilatérales et limitées à des situations d’urgence. Cette fois, l’intervention s’inscrit dans une stratégie plus large, reflétant l’interdépendance économique entre les deux puissances.
Pour Donald Trump, cette coopération est aussi le signe d’une volonté de rééquilibrer les relations commerciales. La faiblesse du yen, perçue comme une distorsion du marché, a souvent été pointée du doigt par l’administration américaine. En soutenant le yen, Washington espère réduire l’avantage concurrentiel des exportations japonaises sur son marché intérieur.
Quoi qu’il en soit, cette opération illustre la complexité des enjeux monétaires dans un contexte économique mondialisé, où les décisions de Washington et Tokyo peuvent avoir des répercussions immédiates sur les marchés.
La dépréciation du yen depuis 2020 s’explique par plusieurs facteurs structurels, notamment une politique monétaire japonaise très accommodante pour stimuler l’économie, une balance commerciale déficitaire et une dette publique record (250 % du PIB). Ces éléments ont pesé sur la confiance des investisseurs dans la devise japonaise, entraînant une baisse progressive de sa valeur face au dollar.
Rien ne garantit que l’effet de cette intervention soit durable. Les experts estiment que tant que les déséquilibres économiques sous-jacents (dette, inflation, balance commerciale) ne seront pas résolus, le yen restera vulnérable. Une nouvelle dépréciation pourrait nécessiter une nouvelle intervention.