Un fonds d'investissement de 6 milliards de dollars, géré par Jared Kushner, a bénéficié de participations étrangères douteuses, selon l’enquête publiée par le magazine américain *Mother Jones* dans son numéro d’août 2026. Le titre en couverture, une parodie de la pochette de l’album *Nevermind* de Nirvana avec le visage du gendre et conseiller de Donald Trump, résume à lui seul le ton de l’article : une critique acerbe des méthodes d’investissement du fils à papa, marqué par son manque de transparence et son exploitation des liens familiaux.

Comme le rapporte Courrier International, *Mother Jones*, magazine progressiste américain fondé en 1976 et spécialisé dans le journalisme d’investigation, dénonce une accumulation de conflits d’intérêts autour de Jared Kushner. Ce dernier, désigné par Trump comme « émissaire spécial pour la paix » dans des dossiers aussi sensibles que l’Ukraine, Gaza ou l’Iran, aurait ainsi fait de sa proximité avec la Maison-Blanche un argument commercial pour attirer des fonds étrangers, notamment en provenance du Golfe.

Ce qu'il faut retenir

  • Affinity Partners, le fonds créé par Jared Kushner en 2021, a levé plus de 6 milliards de dollars (5,2 milliards d’euros) auprès d’investisseurs étrangers, dont des fonds souverains saoudiens, émiratis et qataris.
  • Le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, a injecté 2 milliards de dollars dans ce fonds, arguant que Kushner pourrait devenir un partenaire incontournable si Trump revenait au pouvoir.
  • Dès le premier mandat de Trump, Jared Kushner a bénéficié d’un bail avantageux avec une entreprise liée au Qatar, dans un contexte de tensions diplomatiques entre Washington et Doha.
  • *Mother Jones* qualifie ces pratiques de violation hors du commun des normes éthiques et accuse Kushner de cultiver des relations avec des régimes autoritaires pour des raisons purement financières.
  • Le magazine souligne que Kushner a servi de relais d’influence pour plusieurs dirigeants étrangers, israéliens, russes et arabes, souvent en échange d’affaires lucratives.

Un fonds bâti sur un argumentaire vide, mais suffisant pour séduire les autocrates

Le cœur de l’enquête de *Mother Jones* repose sur la création en 2021 d’Affinity Partners, un fonds d’investissement privé dirigé par Jared Kushner. Selon le magazine, le seul argument avancé par Kushner pour convaincre les investisseurs étrangers était sa propre biographie. Pourtant, cette présentation, jugée « risible » et « vide de contenu » par les auteurs de l’article, a suffi à lever des fonds colossaux.

Parmi les investisseurs les plus emblématiques figure le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, qui a injecté 2 milliards de dollars dans Affinity Partners. Dans une logique purement spéculative, Riyad espérait ainsi s’assurer un accès privilégié à Washington si Trump revenait à la Maison-Blanche en novembre 2024. « Un partenaire américain dont il pourrait faire ce qu’il voudrait », résume *Mother Jones*, qui évoque une « transaction cynique » où l’argent a primé sur toute considération éthique.

Les Émirats arabes unis et le Qatar ont également contribué à ce fonds, qui gère désormais plus de 6 milliards de dollars d’actifs, majoritairement étrangers. Ces participations soulèvent des questions sur la nature des contreparties obtenues par les investisseurs, d’autant que Kushner a occupé des fonctions officielles liées à la diplomatie américaine pendant cette période.

Des liens troubles avec des régimes autoritaires et des affaires juteuses

L’enquête révèle que Jared Kushner, en tant qu’émissaire spécial de Trump pour des négociations complexes — Ukraine, Gaza, Iran — est devenu un intermédiaire recherché par de nombreux dirigeants étrangers. Selon *Mother Jones*, ces relations ne sont pas désintéressées : elles s’accompagnent souvent d’affaires financières, parfois opaques.

Dès le premier mandat de Trump, en 2017-2021, la famille Kushner a conclu un bail immobilier suspect avec une entreprise comptant un actionnaire qatari. Cette opération a permis de renflouer un investissement immobilier raté de Jared Kushner en 2007, réalisé à l’époque où il était dans l’immobilier. Une coïncidence troublante, souligne *Mother Jones*, alors que les États-Unis exerçaient une pression diplomatique sur le Qatar pour son soutien présumé à des mouvements islamistes.

Le magazine cite également des échanges avec des oligarques russes et des responsables israéliens, toujours dans le cadre de transactions financières. Pour *Mother Jones*, ces pratiques illustrent une « violation hors du commun des normes éthiques » : « Les liens étroits de Jared Kushner avec des despotes étrangers devraient être inacceptables dans une démocratie », peut-on lire dans l’article. Pourtant, l’intéressé n’a jamais semblé s’en émouvoir, préférant « remplir joyeusement les caisses en cultivant des relations avec des régimes sordides et kleptocratiques, dans le seul but de faire du fric ».

Mother Jones, un média engagé contre les abus de pouvoir

Fondé en 1976 par des journalistes d’investigation, *Mother Jones* est un magazine américain progressiste basé à San Francisco. Revendiquant une ligne éditoriale militante, il traite régulièrement de sujets liés à la justice sociale, à l’environnement ou à la corruption politique. Le titre du magazine fait référence à Mary Harris Jones, figure emblématique du mouvement ouvrier américain, symbole de la lutte pour les droits des travailleurs.

Le média, qui fonctionne principalement grâce aux dons de ses lecteurs, a été récompensé en 1977 par un National Magazine Award pour une enquête sur les dangers de la Ford Pinto. Dans son édition d’août 2026, *Mother Jones* s’attaque frontalement à Jared Kushner, qu’il présente comme l’archétype de l’homme d’affaires profitant de son accès au pouvoir pour s’enrichir, au mépris de toute éthique.

Sur son site, le magazine propose un accès payant à une partie de ses archives, tout en maintenant une politique de transparence sur ses sources. Les articles en ligne intègrent des liens vers les documents originaux, renforçant la crédibilité des investigations publiées.

Et maintenant ?

À ce stade, aucune réaction officielle n’a été publiée par Jared Kushner ou la Maison-Blanche concernant les accusations portées par *Mother Jones*. La question d’un éventuel contrôle parlementaire ou d’une enquête indépendante sur les activités d’Affinity Partners reste en suspens. Si les démocrates devaient reprendre le Congrès lors des prochaines élections de mi-mandat en 2026, une commission d’enquête pourrait être créée, comme cela avait été le cas pour les affaires de conflits d’intérêts sous l’administration Trump en 2021. Par ailleurs, les associations anticorruption américaines pourraient saisir la justice pour demander des clarifications sur les flux financiers impliquant des fonds souverains étrangers.

Cette enquête de *Mother Jones* s’inscrit dans une série de révélations récentes sur les pratiques des proches de Donald Trump en matière de conflits d’intérêts. Après son départ de la Maison-Blanche en janvier 2021, Kushner avait déjà été pointé du doigt pour ses activités dans l’immobilier, où il avait vendu des biens à des investisseurs étrangers sans transparence. Avec Affinity Partners, il semble avoir franchi une nouvelle étape, en faisant de sa position d’influence un levier direct pour des transactions financières.

Bref, le débat sur l’éthique des dirigeants américains et leurs liens avec des puissances étrangères n’est pas près de s’éteindre. Pour *Mother Jones*, l’affaire Kushner illustre un phénomène plus large : celui d’une élite politique qui, une fois sortie du pouvoir, monnaye son carnet d’adresses et son influence au plus offrant.

Affinity Partners est un fonds d’investissement privé créé en 2021 par Jared Kushner, gendre de Donald Trump. Selon *Mother Jones*, ce fonds a levé plus de 6 milliards de dollars auprès d’investisseurs étrangers, notamment le fonds souverain saoudien (2 milliards de dollars), les Émirats arabes unis et le Qatar. Ces participations soulèvent des questions sur d’éventuelles contreparties politiques ou financières.

*Mother Jones* reproche à Kushner d’avoir utilisé sa proximité avec la Maison-Blanche — notamment lorsque Trump était président — pour attirer des fonds étrangers dans son fonds d’investissement. Le magazine souligne que ces investisseurs, comme le prince saoudien Mohammed ben Salmane, espéraient bénéficier d’un accès privilégié à Washington en cas de retour de Trump au pouvoir. De plus, Kushner a occupé des fonctions officielles (émissaire spécial pour la paix) tout en développant ces activités financières, ce qui constitute une violation des normes éthiques selon le magazine.