À 85 ans, Joan Baez, figure historique de la musique folk et militante inlassable, s’exprime avec franchise sur les thèmes universels que sont le temps qui passe, la maternité et la mort. L’artiste américaine, invitée cette semaine dans l’émission Le monde d’Élodie sur Franceinfo, revient notamment sur son dernier recueil de poésie, Quand tu verras ma mère, invite-la à danser, publié en novembre 2025 aux éditions Points. Selon nos confrères de Franceinfo - Culture, elle y aborde des sujets intimes, comme sa relation complexe avec son fils, tout en partageant une vision lucide de sa propre existence.

Ce qu'il faut retenir

  • Joan Baez publie en novembre 2025 un recueil de poésie intitulé Quand tu verras ma mère, invite-la à danser aux éditions Points.
  • L’artiste évoque pour la première fois de manière aussi détaillée sa relation avec son fils, fruit d’un passé marqué par ses engagements militants et ses absences.
  • Elle déclare souhaiter une « mort splendide », tout en exprimant son refus de la conscience jusqu’au dernier moment, demandant à recevoir de la morphine.
  • Baez reconnaît avoir dû apprendre à accepter ses limites avec l’âge, notamment en adaptant son mode de vie à Paris, où elle est désormais une personne différente de ce qu’elle a pu être.
  • L’écriture, selon elle, lui permet de garder la tête hors de l’eau, notamment après les révélations sur les abus sexuels subis dans son enfance, abordées dans un documentaire diffusé en 2024.

Un recueil qui marque un tournant intime et personnel

Avec Quand tu verras ma mère, invite-la à danser, Joan Baez rompt avec les images d’Épinal qui l’ont accompagnée toute sa carrière : celle de la protest song engagée, de la Madone des pauvres ou encore de la figure quasi mystique de Joan of Arc. Comme elle l’explique elle-même, ce livre lui permet enfin de se révéler sous un jour plus humain, en tant que mère et femme ayant dû concilier militantisme et vie familiale. Le poème Clochettes d’argent, en particulier, lui offre l’opportunité de s’adresser directement à son fils, fruit d’une relation qu’elle décrit désormais comme « extrêmement ouverte ».

Selon ses dires, cette relation a nécessité des années de travail, y compris des séances de thérapie pour surmonter les malentendus et les blessures du passé. « On est le plus ouvert qui soit entre une mère et son fils, mais ça demande énormément de travail », confie-t-elle. Elle reconnaît avoir parfois été « distraite », trop absorbée par ses engagements politiques pour accorder à son enfant l’attention dont il avait besoin. Pourtant, elle insiste sur sa volonté de rattraper ces manquements : « Cet enfant ne recevait pas les soins dont il avait besoin de sa mère, mais au moins, on peut essayer de rattraper les choses aujourd’hui. »

La poésie comme exutoire et la révélation des abus subis

Le recueil marque également un tournant dans la manière dont Baez aborde son histoire personnelle, notamment les abus sexuels dont elle a été victime dans son enfance. Ces révélations, d’abord exposées dans un documentaire diffusé en 2024, ont été rendues possibles grâce à la confiance qu’elle a accordée aux réalisateurs. « Je ne savais pas que ce serait le cas, ce n’était pas prévu, mais j’avais confiance dans les réalisateurs qui étaient censés documenter ma dernière tournée », explique-t-elle. C’est en leur confiant les archives familiales – photos, dessins, enregistrements vidéo – qu’elle a découvert l’ampleur des traumatismes refoulés.

« Je leur ai donné les clés de la réserve, je n’avais jamais mis le nez là-dedans », précise-t-elle. La poésie lui sert aujourd’hui de soupape, une façon de garder la tête hors de l’eau face à ces souvenirs douloureux. « Tout ça est venu d’abord par le biais du film », rappelle-t-elle, soulignant l’impact cathartique de cette démarche.

Une relation mère-fils idéalisée et sans équivoque

Malgré les ombres du passé, Joan Baez insiste sur l’importance centrale de son fils dans sa vie. « Je n’ai pas besoin d’autres raisons que ça. C’est simplement mon magnifique fils », déclare-t-elle, balayant toute autre justification. Cette relation, qu’elle décrit comme son « plus beau travail », est pour elle une source de fierté et de réconfort. Elle évoque même une dimension symbolique, son enfant représentant « tous les enfants de la Terre » à ses yeux.

Cette vision idéalisée contraste avec les réalités plus terre-à-terre de sa vie actuelle. Baez admet avoir dû apprendre à vivre avec les contraintes de l’âge, notamment lors de son séjour à Paris pour la promotion de son livre. « Je suis allée me promener, j’avais besoin de prendre l’air, mais j’ai mal à la gorge et je ne respirais pas très bien », raconte-t-elle. Ces petits signes du vieillissement, qu’elle décrit avec une certaine lucidité, l’ont amenée à accepter ses limites physiques : « Je crois que ceux qui vieillissent bien sont ceux qui ont appris à accepter leurs limites et à ne pas pousser trop loin. »

La mort, ce sujet qui obsède la légende folk

Interrogée sur sa relation avec la mort, Joan Baez ne cache pas son désir de maîtrise jusqu’au bout. « J’aimerais penser que je vais connaître une mort splendide et que je serai complètement en maîtrise de moi-même », confie-t-elle. Elle exprime clairement son refus de souffrir inutilement, allant jusqu’à demander à recevoir de la morphine pour éviter toute conscience de sa fin. « Si vous avez de la morphine, je veux que vous soyez auprès de moi le jour de ma mort. Je ne vais pas faire semblant, je n’ai pas du tout envie d’être consciente jusqu’à la fin. »

Cette vision crue de la mort s’inscrit dans une réflexion plus large sur le temps qui passe. Baez, qui a consacré une grande partie de sa vie à des combats sociaux et politiques, semble désormais se recentrer sur elle-même. « Pour ce qui est d’aujourd’hui, je fais de la kiné, je me promène dans les prés, dehors », explique-t-elle, décrivant un quotidien marqué par des activités plus apaisées et moins militantes.

Un héritage artistique et humain indéniable

Avec plus de six décennies de carrière, Joan Baez reste une icône intemporelle, bien au-delà de la musique. Son dernier ouvrage confirme cette dimension multiforme, où l’art et l’engagement cèdent parfois la place à une quête de vérité personnelle. En s’adressant à son fils et en explorant ses traumatismes, elle offre à ses lecteurs une intimité rare, loin des mythes qui l’ont entourée.

Alors que l’artiste continue de promouvoir son recueil en France cette semaine, son parcours rappelle que les légendes, elles aussi, sont confrontées aux mêmes épreuves que le commun des mortels. Son honnêteté, qu’elle assume sans fard, en fait une figure d’autant plus attachante. Comme elle le résume elle-même : « Je sais que j’essayais de bien faire, je m’engageais. J’étais dans la politique et il y avait cet enfant. » Une phrase qui résume à elle seule les contradictions et les grandeurs d’une vie passée à vouloir changer le monde, sans toujours parvenir à être pleinement présente pour ceux qui en avaient le plus besoin.

Et maintenant ?

Joan Baez poursuivra la promotion de son recueil de poésie Quand tu verras ma mère, invite-la à danser dans les prochains jours, notamment à Paris où elle devrait rester jusqu’à la fin de la semaine. Si elle n’a pas encore annoncé de nouvelles dates pour d’éventuelles tournées musicales, son passage médiatique actuel pourrait relancer l’intérêt pour son œuvre discographique. Par ailleurs, la question de la santé de l’artiste, désormais octogénaire, reste un sujet de curiosité pour ses fans. Aucune annonce officielle n’a été faite concernant de futurs projets, mais son engagement en faveur des causes qui lui sont chères devrait se poursuivre, ne serait-ce que par le biais de son héritage artistique.

Cette semaine, l’émission Le monde d’Élodie sur Franceinfo consacre une série d’entretiens à Joan Baez, dont le dernier épisode est diffusé ce vendredi 29 août à 10h52. Une occasion rare de découvrir une facette méconnue de l’artiste, bien au-delà de son image de militante ou de chanteuse engagée.