L’auteure, compositrice et militante Joan Baez, invitée exceptionnelle cette semaine dans l’émission Le monde d’Élodie sur Franceinfo, évoque dans son dernier recueil de poésie, Quand tu verras ma mère, invite-la à danser (éditions Points), son engagement précoce en faveur des minorités et ses rencontres marquantes, notamment celle avec Bob Dylan. Selon nos confrères de Franceinfo - Culture, l’artiste revient sur cette période charnière des années 1960, où sa voix de soprano et son activisme ont marqué l’histoire de la musique et des luttes sociales.
Ce qu'il faut retenir
- Joan Baez publie un recueil de poésie intitulé Quand tu verras ma mère, invite-la à danser aux éditions Points, dans lequel elle évoque son engagement militant et ses rencontres fondatrices.
- Elle décrit sa rencontre avec Bob Dylan en 1961 au Greenwich Village comme une fascination plutôt qu’un coup de foudre, saluant son écriture unique et son approche musicale.
- Son parcours musical et militant s’est construit dès son enfance, marquée par les déplacements de sa famille à Bagdad, où son père travaillait pour l’Unesco.
- Baez a développé sa voix de soprano dès l’adolescence, perfectionnant un vibrato qui deviendra sa signature vocale.
- Elle considère que l’activisme contemporain, bien que limité, reste essentiel pour « sauver quelques poissons » face aux défis globaux.
Une voix et un engagement nés dans l’enfance
Joan Baez, née en 1941 dans une famille de scientifiques, a grandi dans un environnement où l’art et l’engagement humaniste se mêlaient. Son père, physicien, travaillait pour l’Unesco, ce qui l’a conduite à Bagdad dans son enfance. C’est là, explique-t-elle à Franceinfo, que s’est forgée sa conscience des injustices et des minorités opprimées. « Ce qui m’intéresse, c’est que les gens associent le militantisme aux souvenirs des années 1960. Aujourd’hui, militer, c’est peut-être sauver quelques poissons face à un tsunami », déclare-t-elle. Pour elle, l’activisme n’a pas changé de nature : il reste une question de responsabilité individuelle et collective.
Son parcours artistique s’est construit en parallèle de son engagement. Dès l’adolescence, elle se passionne pour la musique folk et développe sa voix de soprano, qu’elle décrit comme le fruit d’un travail acharné. « J’avais envie de savoir faire un vibrato, comme les chanteurs d’opéra que ma mère adorait », confie-t-elle. À 13 ou 14 ans, elle s’entraîne devant son miroir dans la salle de bains, manipulant manuellement ses cordes vocales pour obtenir ce son si particulier. Ce vibrato, qu’elle perfectionne jusqu’à ses 20 ou 21 ans, deviendra sa signature vocale et lancera sa carrière.
Greenwich Village et la découverte de Bob Dylan
En 1961, Joan Baez connaît déjà le succès avec son premier album éponyme, qui propulse sa voix cristalline à travers les États-Unis. C’est à New York, dans le quartier bohème du Greenwich Village, qu’elle découvre un jeune chanteur encore inconnu : Bob Dylan. « Il chantait faux, il avait un look pas très reluisant, mais il m’a transmis une émotion si forte que j’ai totalement craqué », raconte-t-elle. Pourtant, l’artiste insiste : ce n’était pas un coup de foudre, mais une fascination. « C’était la fascination plus qu’un coup de foudre. Je n’avais jamais vu quelqu’un écrire de cette façon, présenter de cette manière. »
Baez se souvient d’un Dylan au charisme brut, dont les textes poétiques et engagés résonnaient avec les luttes de l’époque. Leur complicité artistique et militante prendra rapidement une dimension publique, notamment à travers leur interprétation commune de We Shall Overcome, hymne des droits civiques. Pourtant, malgré leur proximité, Dylan restera toujours réticent aux interviews, comme elle le souligne avec humour : « C’est impossible d’ailleurs de ne pas me parler de Bob Dylan en interview. C’est sans doute pour ça que lui ne donne pas d’interview, comme ça, il n’a pas besoin de parler de moi ! »
Un engagement artistique et militant indissociable
Joan Baez a toujours refusé de dissocier son art de ses combats. Dans son recueil de poésie, elle rend hommage à des figures comme Martin Luther King, Nelson Mandela, le Dalaï-Lama ou encore Patti Smith, qu’elle a immortalisés dans sa série de tableaux Les fauteurs de troubles. « On passe notre temps à dire que ça va devenir de plus en plus dur. Pour certains, le pire est déjà arrivé, il est en train d’arriver », déclare-t-elle. Son message est clair : l’engagement, même modeste, est une nécessité pour préserver ce qui peut encore l’être.
Elle évoque aussi son engagement artistique récent, comme sa participation à un cirque pendant six semaines, une expérience qu’elle qualifie de « géniale » et qui incarne, selon elle, tout ce que les gouvernements détestent : diversité, liberté d’expression et joie de vivre. « Il y a des gays, on se déshabille, on fait du strip-tease, il y a de la musique, de la joie, on danse. C’était ça, la force de ce projet », précise-t-elle.
La chanson We Shall Overcome, symbole d’une lutte collective
Au cœur de son entretien avec Franceinfo, Joan Baez revient longuement sur We Shall Overcome, chanson devenue l’hymne des droits civiques. Pour elle, cette mélodie incarne l’espoir et la persévérance. « Monter sur scène et chanter qu’on allait vaincre, ça donne l’impression que tout irait bien. J’ai compris très tôt que l’on vaincrait étape par étape », explique-t-elle. Baez a été l’une des premières à populariser ce titre, aux côtés de Pete Seeger, et l’a interprété avec Dylan lors de grands rassemblements, comme le célèbre concert de 1963 pour les droits civiques à Washington.
Ce morceau, à la fois simple et puissant, résume pour elle l’essence de l’engagement : un combat de longue haleine, où chaque petite victoire compte. « Les choses qui me permettent d’agir, qui me maintiennent à flot, c’est ça qui me donne la force d’essayer de servir, de continuer à aider les autres », confie-t-elle.
Pour Joan Baez, l’art et l’engagement ne sont pas des options, mais des devoirs. « On peut sauver quelques poissons », rappelle-t-elle. Une leçon que le monde d’aujourd’hui aurait tout intérêt à méditer.
Joan Baez s’est imposée comme une voix majeure des droits civiques dès les années 1960, aux côtés de Martin Luther King. Son engagement s’est traduit par sa participation à des marches, des concerts et des enregistrements de chansons engagées comme We Shall Overcome. Elle a aussi utilisé sa notoriété pour dénoncer les injustices, notamment contre la guerre du Vietnam et pour les droits des minorités, ce qui en fait une icône de la lutte non violente.
Greenwich Village, dans les années 1950-1960, était le cœur battant de la renaissance folk américaine. C’est là que se sont croisées des figures comme Bob Dylan, Joan Baez, Pete Seeger ou encore Joni Mitchell. Le quartier abritait des clubs comme le Gerdes Folk City ou le Gaslight Café, où se produisaient les artistes émergents. Cet écosystème a permis l’émergence d’un mouvement musical engagé, mêlant tradition folk et messages politiques.