Le géant pharmaceutique américain Johnson & Johnson a annoncé, ce 9 août 2026, une proposition d’accord financier d’un montant de 5,5 milliards de dollars pour mettre un terme aux dizaines de milliers de procédures judiciaires l’accusant d’avoir commercialisé des produits à base de talc responsables de cancers ovariens, selon BFM Business.

Ce qu'il faut retenir

  • Johnson & Johnson propose un accord de 5,5 milliards de dollars pour régler 76 000 plaintes liées à ses produits à base de talc accusés de provoquer des cancers ovariens.
  • Le groupe, basé dans le New Jersey, conteste toujours le lien scientifique entre ses produits et les cancers, mais a cessé de vendre sa poudre pour bébé à base de talc aux États-Unis et au Canada dès 2020.
  • Une plainte similaire est en cours au Royaume-Uni, où plus de 3 000 plaignants réclament des dédommagements estimés à plus d’1 milliard de livres (1,3 milliard d’euros).

Cette offre intervient après des années de tensions judiciaires pour le groupe, qui avait déjà réglé la majorité des litiges concernant des traces d’amiante dans ses poudres. Johnson & Johnson, présent sur le marché depuis des décennies, se trouve désormais à un tournant de son histoire judiciaire, alors que les procédures s’accumulaient sans perspective de résolution rapide. La proposition d’accord, si elle est acceptée, permettrait au groupe de tourner définitivement la page sur cette affaire et de se concentrer sur ses activités pharmaceutiques et médicales, a souligné Erik Haas, vice-président chargé du contentieux, dans un communiqué.

Un accord pour clore un chapitre judiciaire épineux

L’accord proposé par Johnson & Johnson vise à couvrir 76 000 plaintes, soit la quasi-totalité des recours encore en cours aux États-Unis liés à ses produits à base de talc. Selon les informations rapportées par BFM Business, ce montant de 5,5 milliards de dollars représente une tentative de mettre un terme définitif à un contentieux qui pèse lourdement sur les finances et l’image du groupe. Pour Erik Haas, cette solution permet à l’entreprise de « tourner la page de cette affaire et de rester concentrée sur sa mission : développer des médicaments et des dispositifs qui sauvent des vies », a-t-il déclaré.

Le groupe, dont le siège mondial est situé à New Brunswick (New Jersey), a toujours nié tout lien scientifique entre ses produits à base de talc et les cancers ovariens. Cependant, face à la pression judiciaire et à l’image dégradée de sa marque, Johnson & Johnson a pris la décision en 2020 de retirer sa poudre pour bébé à base de talc du marché américain et canadien. Une décision qui n’a pas suffi à apaiser les critiques, les plaignants estimant que le groupe aurait dû agir plus tôt pour protéger les consommateurs.

Des procédures judiciaires toujours actives à l’international

Alors que les États-Unis semblent sur le point de tourner la page, le groupe reste confronté à des procédures judiciaires ailleurs dans le monde. Au Royaume-Uni, une plainte déposée en 2025 devant la Haute Cour de Londres représente plus de 3 000 plaignants, qui accusent Johnson & Johnson d’avoir commercialisé une poudre pour bébé contaminée par des traces d’amiante, responsable selon eux de cancers de la plèvre, du péritoine ou des ovaires. Les avocats des plaignants estiment que le montant total des dédommagements réclamés pourrait s’élever à « plus d’un milliard de livres » (soit environ 1,3 milliard d’euros).

Le produit incriminé avait été retiré du marché britannique en 2023, soit trois ans après son retrait aux États-Unis et au Canada. Cette décision tardive est souvent citée par les plaignants comme une preuve de la négligence du groupe. Les procédures judiciaires au Royaume-Uni pourraient donc s’étendre sur plusieurs années, d’autant plus que le montant des indemnisations réclamées est particulièrement élevé. Johnson & Johnson, qui continue de défendre son innocence, devra désormais faire face à une nouvelle bataille juridique de grande ampleur.

Un contexte réglementaire et scientifique toujours débattu

Le talc, minéral utilisé depuis des décennies dans les poudres pour bébé pour ses propriétés absorbantes, est au cœur d’un débat scientifique et réglementaire qui dure depuis plusieurs années. Les autorités sanitaires, notamment aux États-Unis et en Europe, ont multiplié les études pour évaluer les risques potentiels liés à l’inhalation ou à l’application cutanée de produits contenant du talc. Certaines études ont suggéré un lien possible entre l’exposition au talc et certains cancers, notamment ovariens, mais les preuves restent controversées et font l’objet de vifs débats dans la communauté scientifique.

Johnson & Johnson a toujours affirmé que ses produits étaient sûrs et que les plaintes manquaient de fondement scientifique. Le groupe a rappelé à plusieurs reprises que la poudre pour bébé à base de talc avait été approuvée par les autorités sanitaires et qu’aucun rappel n’avait été ordonné pour des raisons de sécurité. Cependant, la multiplication des procédures judiciaires et les condamnations déjà prononcées dans certains États américains ont conduit le groupe à reconsidérer sa stratégie. L’accord proposé en août 2026 pourrait donc être perçu comme une tentative d’éviter un risque juridique et financier encore plus lourd à long terme.

Et maintenant ?

Si l’accord proposé par Johnson & Johnson est accepté par les plaignants et validé par les tribunaux américains, le groupe pourrait enfin tourner définitivement la page sur cette affaire qui le poursuit depuis plus d’une décennie. Reste à savoir si cette solution mettra un terme définitif aux litiges, ou si de nouvelles procédures pourraient émerger dans d’autres pays où le groupe commercialise encore des produits à base de talc. Au Royaume-Uni, les négociations pourraient s’avérer plus longues, compte tenu du montant des indemnisations réclamées et de la complexité des procédures judiciaires en vigueur. D’ici là, Johnson & Johnson devra également faire face à une opinion publique de plus en plus méfiante, notamment dans un contexte où la transparence et la responsabilité des entreprises sont de plus en plus scrutées.

En attendant, le groupe devra gérer les conséquences de cette annonce, tant sur le plan financier que médiatique. L’accord de 5,5 milliards de dollars, s’il est finalisé, constituera l’une des plus importantes provisions judiciaires jamais enregistrées par une entreprise américaine, toutes affaires confondues. Il pourrait également servir de précédent pour d’autres groupes pharmaceutiques ou cosmétiques confrontés à des litiges similaires. Pour les plaignants, cet accord représente une victoire, même partielle, mais il ne suffira probablement pas à effacer des années de souffrance et d’incertitude pour les familles concernées.

Quant aux autorités sanitaires, elles pourraient être incitées à réévaluer les normes de sécurité entourant l’utilisation du talc dans les produits cosmétiques et pour bébé. Plusieurs États américains ont déjà adopté des lois renforçant les contrôles sur les produits contenant du talc, et l’Union européenne pourrait suivre le mouvement dans les mois ou années à venir. Johnson & Johnson, de son côté, a déjà commencé à diversifier sa gamme de produits pour bébé, en misant sur des alternatives sans talc.

Les plaignants accusent Johnson & Johnson d’avoir commercialisé des produits à base de talc responsables de cancers ovariens, mais aussi de cancers de la plèvre et du péritoine. Ces accusations reposent sur l’exposition prolongée au talc, notamment chez les nourrissons, qui inhaleraient ou absorberaient des particules du produit.

Oui. Le produit a été retiré du marché britannique en 2023, après avoir déjà été abandonné aux États-Unis et au Canada en 2020. Cette décision intervient dans un contexte de pression judiciaire et réglementaire accrue.