Alors que l’Afrique du Sud traverse depuis plusieurs semaines une série d’affrontements et de manifestations ciblant les migrants clandestins, la célébration de la Journée mondiale de l’Afrique, qui s’est tenue hier lundi 25 mai, a ravivé les débats autour de l’immigration. Selon RFI, cette date symbolique a servi de catalyseur à de nouvelles mobilisations, tout en donnant lieu à des prises de parole marquantes de la part des autorités et de la société civile.
Ce qu'il faut retenir
- Une vague d’attaques xénophobes secoue l’Afrique du Sud depuis plusieurs semaines, selon RFI.
- Des manifestations anti-immigration clandestine ont eu lieu en marge de la Journée mondiale de l’Afrique, le 25 mai 2026.
- Des déclarations politiques controversées ont été formulées lors des rassemblements.
- La situation met en lumière les tensions persistantes autour de la gestion des flux migratoires en Afrique du Sud.
Une journée symbolique instrumentalisée par les tensions migratoires
Chaque année, le 25 mai marque la Journée mondiale de l’Afrique, commémorant la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1963. En Afrique du Sud, cette date est traditionnellement l’occasion de célébrations culturelles et politiques. Pourtant, en 2026, elle a surtout servi de toile de fond à des marches anti-immigration, selon RFI. Les cortèges, organisés dans plusieurs grandes villes comme Johannesburg, Le Cap ou Durban, ont rassemblé des centaines de participants, dénonçant la présence jugée excessive de migrants clandestins dans le pays.
Ces rassemblements s’inscrivent dans un contexte de montée des violences xénophobes. Depuis le début du mois d’avril, l’Afrique du Sud est le théâtre d’une recrudescence d’affrontements entre locaux et étrangers, notamment dans les townships et les quartiers populaires. Des commerces appartenant à des migrants ont été vandalisés, et des émeutes ont éclaté dans plusieurs provinces, faisant au moins trois morts et des dizaines de blessés, comme l’a rapporté RFI.
Des déclarations politiques qui attisent le feu
Parmi les prises de parole les plus remarquées lors des marches du 25 mai, celle du ministre sud-africain de l’Intérieur, Aaron Motsoaledi, a particulièrement retenu l’attention. Intervenant lors d’une conférence de presse à Pretoria, il a affirmé que son gouvernement allait « renforcer les contrôles aux frontières et accélérer les expulsions des migrants en situation irrégulière ». Il a également rappelé que l’Afrique du Sud ne pouvait « assumer seule le fardeau de l’immigration africaine », une déclaration qui a suscité des réactions contrastées.
De leur côté, des associations de défense des droits humains, comme Médecins Sans Frontières (MSF) ou Amnesty International Afrique du Sud, ont dénoncé une « instrumentalisation dangereuse de la Journée de l’Afrique pour stigmatiser les migrants ». Dans un communiqué publié hier, MSF a souligné que « les violences actuelles sont le résultat d’un échec des politiques publiques à intégrer les populations vulnérables, qu’elles soient locales ou étrangères ».
Un enjeu régional qui dépasse les frontières sud-africaines
L’Afrique du Sud, première économie du continent, reste une destination majeure pour les migrants originaires du Zimbabwe, du Mozambique, du Malawi ou encore de la Somalie. Selon les dernières estimations du Département des affaires intérieures sud-africain, plus de 4 millions de migrants seraient en situation irrégulière dans le pays, bien que ces chiffres soient contestés par les ONG. La pression démographique et le chômage endémique alimentent un discours de plus en plus hostile à l’immigration, même si les migrants contribuent activement à l’économie locale, notamment dans les secteurs de l’agriculture et du commerce informel.
Cette situation n’est pas sans rappeler les émeutes xénophobes de 2008 et 2019, qui avaient fait des dizaines de morts et provoqué une crise diplomatique avec plusieurs pays africains. Cette fois encore, les tensions risquent d’avoir des répercussions régionales. Le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa a déjà menacé de « réévaluer les relations économiques » avec Pretoria si les violences contre ses ressortissants ne cessaient pas, comme le rapporte RFI.
Pour les observateurs, une chose est certaine : la question migratoire, déjà explosive, risque de dominer l’agenda politique sud-africain dans les mois à venir, au moment où le pays se prépare pour les élections générales de 2029.
D'après les autorités sud-africaines, les migrants en situation irrégulière proviennent majoritairement du Zimbabwe, du Mozambique, du Malawi et de la Somalie. Ces pays représentent plus de 80 % des ressortissants étrangers installés en Afrique du Sud sans papiers, selon les dernières données du Département des affaires intérieures.