Le militant Julien Le Guet, figure de la lutte contre l’accaparement de l’eau en France, a accordé un entretien fleuve à Reporterre, dans lequel il accuse le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, d’incarner « le plus grand écoterroriste de France ». Ce diagnostic s’inscrit dans le cadre d’une critique acerbe des politiques agricoles et hydrauliques actuelles, symbolisées selon lui par les mégabassines, dont la construction suscite une opposition croissante dans les territoires.

Ce qu'il faut retenir

  • Julien Le Guet, porte-parole du collectif Bassines non merci, dénonce les mégabassines comme le symptôme d’un modèle agroindustriel qu’il juge destructeur pour l’environnement.
  • Il a été condamné à six mois de prison avec sursis, une sanction qu’il interprète comme une répression judiciaire ciblant les opposants à ces infrastructures.
  • Gérald Darmanin est directement visé par ses propos, accusé de soutenir des pratiques qu’il qualifie d’« écoterroristes » au regard de leurs impacts écologiques.
  • Le Marais poitevin, où Le Guet exerce comme batelier, est un territoire emblématique de ces tensions autour de la gestion de l’eau.

Un militant au cœur des luttes contre les mégabassines

Batelier de métier dans le Marais poitevin, Julien Le Guet est également porte-parole du collectif Bassines non merci, une organisation qui milite contre la construction de mégabassines en France. Ces infrastructures, destinées à stocker l’eau pour les agriculteurs, sont au cœur de vifs débats depuis plusieurs années. Pour leurs détracteurs, elles accentuent la pression sur les ressources en eau et favorisent les pratiques intensives de l’agro-industrie, au détriment des écosystèmes locaux et des usages traditionnels.

Selon Reporterre, Le Guet dénonce dans cet entretien un « symptôme » d’un problème plus large : celui d’un modèle agricole qu’il juge insoutenable. « La mégabassine n’est que le symptôme de pratiques agroindustrielles qui vont causer notre perte », a-t-il déclaré, soulignant l’urgence d’une remise en question radicale des politiques publiques en matière d’eau et d’agriculture.

Répression judiciaire et engagement militant

L’engagement de Julien Le Guet ne se limite pas à la parole. Militant historique, il a déjà été confronté à des procédures judiciaires, comme celle qui lui a valu une condamnation à six mois de prison avec sursis. Une sanction qu’il interprète comme une tentative de museler les opposants à la construction des mégabassines. Reporterre rapporte que cette condamnation s’inscrit dans une logique plus large de répression contre les militants écologistes en France, dont les actions de désobéissance civile ou de blocage sont de plus en plus systématiquement sanctionnées.

Pour Le Guet, ces poursuites judiciaires illustrent une contradiction profonde : tandis que l’État affirme vouloir protéger l’environnement — notamment à travers la planification écologique — il soutient des projets qu’il juge incompatibles avec cette ambition. « Quand on parle d’écologie, il faut regarder qui agit vraiment contre l’effondrement écologique », a-t-il lancé, pointant du doigt les responsables politiques.

« La mégabassine n’est que le symptôme de pratiques agroindustrielles qui vont causer notre perte. »
— Julien Le Guet, porte-parole de Bassines non merci, dans un entretien à Reporterre

Le Marais poitevin, terrain d’affrontement symbolique

Le Marais poitevin, où Julien Le Guet exerce comme batelier, est devenu un symbole des tensions autour de la gestion de l’eau en France. Ce territoire, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, est menacé par la baisse des niveaux d’eau, conséquence directe des prélèvements massifs réalisés par l’agriculture intensive. Les mégabassines, en permettant le stockage de volumes d’eau colossaux, aggravent selon les opposants cette pression sur les ressources disponibles.

Les projets de construction de mégabassines dans la région ont suscité une opposition massive, marquée par des manifestations, des blocages et des recours juridiques. Pour Le Guet et ses alliés, ces infrastructures ne font qu’accentuer les inégalités dans l’accès à l’eau, au profit d’une minorité d’agriculteurs, au détriment des usages domestiques, touristiques et écologiques. Reporterre souligne que ces conflits s’inscrivent dans un contexte national où la question de l’eau devient un enjeu politique et social majeur, notamment dans un contexte de réchauffement climatique accentuant les pénuries.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient voir une intensification des mobilisations contre les mégabassines, notamment dans les territoires où les projets sont les plus avancés. Plusieurs recours juridiques sont en cours, et les associations espèrent obtenir des annulations de ces infrastructures au nom de la préservation des ressources en eau. Par ailleurs, la question de l’eau devrait occuper une place centrale dans les débats politiques à venir, notamment lors des élections locales et nationales. Enfin, la répression judiciaire des militants pourrait, à terme, alimenter les tensions entre l’État et les mouvements écologistes.

Julien Le Guet, quant à lui, affirme que la lutte continuera, malgré les condamnations et les pressions. Pour lui, il en va de la survie des écosystèmes et des modes de vie locaux. « On ne lâchera rien », a-t-il conclu dans son entretien à Reporterre.

Une mégabassine est un réservoir artificiel de grande capacité, conçu pour stocker l’eau en vue de son utilisation par l’agriculture intensive. Ses détracteurs lui reprochent d’accentuer la pression sur les ressources en eau, de favoriser les monocultures et de nuire aux écosystèmes locaux. Ces infrastructures sont au cœur de conflits dans plusieurs régions françaises, comme le Marais poitevin ou la Vienne.