Vendredi 2 septembre 2026, Julien Veysseyre prendra le départ de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB), un parcours de 176,2 km et 10 059 m de dénivelé positif. Son objectif ? Devenir le premier athlète amputé à boucler cette épreuve mythique, comme le rapporte RMC Sport. À 38 ans, ce traileur puydômois, amputé de la jambe droite à 18 ans après un accident de chariot élévateur, s’appuie sur le sport pour transformer son handicap en force.

Ce qu'il faut retenir

  • 176,2 km et 10 059 m de D+ : le parcours de l’UTMB que Julien Veysseyre vise à terminer en 40 heures.
  • Amputé à 18 ans, il a découvert le sport comme moyen de reconstruction après son accident.
  • Il vise la ligne d’arrivée de l’UTMB, après avoir terminé la CCC (101 km) en 21h55’47 en 2025.
  • Son entraînement représente deux fois plus d’efforts qu’un athlète valide en raison de sa prothèse.
  • Cette année, il utilise une nouvelle prothèse plus stable, mais avec un rendement réduit.
  • Il espère transmettre un message d’inclusion et d’admiration pour les défis surmontés.

Un parcours marqué par l’accident et la reconstruction

Julien Veysseyre a été amputé de la jambe droite à 18 ans après un accident survenu sur son lieu de travail, un chariot élévateur. « Il y a vingt ans, là où je pouvais potentiellement voir de la pitié dans le regard des gens, aujourd’hui je vois plutôt de l’admiration », déclare-t-il à RMC Running. Le sport a joué un rôle clé dans son acceptation, lui permettant de s’affirmer et de valoriser son handicap. « C’est devenu une force, presque un argument marketing », ajoute-t-il.

Le traileur, membre de l’équipe Team Adaptative aux côtés d’athlètes comme Franck Derrien (autiste), s’est fixé un objectif ambitieux : terminer l’UTMB, une première pour un coureur amputé. Pour y parvenir, il a dû adapter sa préparation. « Si je veux obtenir les mêmes performances qu’une personne valide, c’est deux fois plus de boulot derrière », souligne-t-il. Son parcours symbolique mêle dépassement de soi et volonté de montrer que le handicap peut être une source d’inspiration.

Les défis d’un ultra-trail avec une prothèse

Courir 176 km avec une prothèse n’a rien à voir avec une course classique. Selon une étude citée par Veysseyre, un coureur amputé a besoin de 30 % à 70 % d’énergie en plus en raison de l’effort supplémentaire généré par la prothèse. « En prenant la fourchette basse, déjà 30 %, c’est monstrueux », explique-t-il. Le trail ajoute une difficulté supplémentaire : l’instabilité du terrain. « Les dévers, les racines, les cailloux, le dénivelé… Tout cela change complètement la donne », précise-t-il.

En 2025, lors de la CCC (101 km), il avait utilisé une prothèse conçue pour la route, ce qui s’est avéré instable sur les sentiers. Pour l’UTMB 2026, il a opté pour un modèle offrant plus de stabilité, même si le rendement est moindre. « Cette année, j’ai réussi à me procurer un autre type de pied qui offre moins de rendement mais beaucoup plus de stabilité », détaille-t-il. L’enjeu ? Éviter les blessures et tenir sur la durée. « On privilégie le confort au rendement, et les allures seront aussi beaucoup plus basses », ajoute-t-il.

Un combat contre les frottements et la transpiration

Le contact entre la prothèse et la peau est un autre défi majeur. « Le moignon est un facteur clé », explique Veysseyre. « C’est un milieu fermé, humide, soumis à la transpiration et aux impacts ». En 2025, grâce à une emboîture très adaptée et des anti-transpirants, il a réussi à parcourir 100 km sans se blesser. Avec sa nouvelle prothèse, il anticipe des difficultés après 50 km. « Au bout de 50 km, ça commence à déranger », confie-t-il. « Mais j’ai les solutions pour limiter ces désagréments ».

Son entraînement rigoureux inclut aussi la gestion des pauses. Il prévoit 36 heures de course et 4 heures d’arrêt pour enlever son manchon, essuyer la transpiration et soigner d’éventuelles irritations. « On fait ça au bord du chemin, et au feeling je ferai peut-être des micro-siestes », indique-t-il. Une stratégie indispensable pour tenir sur la durée.

Un message d’espoir et d’inclusion

Pour Julien Veysseyre, l’UTMB n’est pas seulement une course. « Il y a beaucoup de monde qui m’attend sur la ligne d’arrivée », confie-t-il. « J’ai un message que je souhaite véhiculer ». Franchir la ligne d’arrivée serait, pour lui, bien plus qu’un exploit personnel : une preuve que le handicap ne doit pas être un frein à la réalisation de ses rêves. « Franchir la ligne d’arrivée ce serait important pour moi à ce titre-là », souligne-t-il.

Ce projet, qu’il porte depuis trois ans, n’est pas une revanche sur son accident. « Ce n’est pas une revanche, mais c’est vrai qu’au fond, il y a pas mal de choses qu’on a enfoui dans notre parcours », confie-t-il. Son parcours illustre une évolution sociale : là où, il y a vingt ans, le handicap était souvent perçu avec pitié, aujourd’hui, il suscite davantage d’admiration. « C’est ce que toi, tu as fait de cet handicap », déclare-t-il, soulignant l’impact du regard des autres dans sa reconstruction.

Et maintenant ?

L’UTMB 2026 pourrait marquer l’histoire du trail en validant la performance de Julien Veysseyre. Si il parvient à terminer la course, il deviendrait le premier athlète amputé à réaliser cet exploit. Les organisateurs de l’UTMB n’ont pas encore commenté cette initiative, mais son parcours pourrait inspirer d’autres coureurs en situation de handicap à se lancer dans l’aventure. La course est prévue pour s’élancer vendredi 2 septembre 2026 depuis Chamonix, avec une arrivée prévue le dimanche.

Pour Veysseyre, l’enjeu dépasse le cadre sportif. Son objectif est aussi de montrer que le handicap peut être une source de motivation et d’innovation. Reste à savoir si les conditions météo et l’état du parcours lui permettront de concrétiser son rêve. Une chose est sûre : son histoire résonne déjà bien au-delà des sentiers de l’UTMB.

Selon RMC Sport, une prothèse de trail doit offrir une meilleure stabilité pour s’adapter aux terrains instables (racines, cailloux, dévers), alors qu’une prothèse de route privilégie le rendement énergétique. Julien Veysseyre a opté pour une prothèse plus stable pour l’UTMB 2026, au détriment du rendement.