L’actrice Juliette Binoche, présidente du jury du festival de Cannes en 2025, a apporté son éclairage, vendredi 29 mai 2026, sur la polémique née de la tribune anti-Bolloré publiée dans Libération et signée par 600 professionnels du cinéma. Selon Franceinfo - Culture, elle a réaffirmé son soutien à un texte destiné à exprimer une « grande inquiétude » face à la montée des pressions contre le service public et le 7e art, tout en critiquant les réactions qui ont suivi, notamment lors du festival cannois.

Ce qu'il faut retenir

  • Une tribune signée par 600 professionnels du cinéma, publiée dans Libération, dénonçait l’emprise grandissante de l’extrême droite dans le secteur, en ciblant l’industriel Vincent Bolloré.
  • Juliette Binoche, signataire du texte, a défendu la nécessité d’exprimer une « grande inquiétude » face aux attaques contre le service public et les artistes.
  • Elle a regretté les « huées » visant Canal+ lors du festival de Cannes, tout en pointant la responsabilité de Maxime Saada dans l’embrasement de la polémique.
  • Le patron de Canal+, interrogé lors de l’assemblée générale de la chaîne, a affirmé ne pas vouloir dresser de « liste noire », tout en assumant sa réaction face à la tribune.
  • Binoche a également reconnu le caractère « déplacé » du terme « fasciste » employé dans le texte.

Un texte pour alerter sur les pressions politiques et médiatiques

Dans un entretien accordé à France Culture, Juliette Binoche a justifié sa participation à la tribune en rappelant le contexte politique tendu qui a motivé son initiative. « Il y a eu un tremblement du service public, des reproches faits au CNC », a-t-elle expliqué, faisant référence aux débats houleux autour de la commission sur l’audiovisuel public et aux menaces pesant sur le Centre national du cinéma (CNC). Selon la comédienne, ces pressions visent directement les artistes, souvent perçus à tort comme des « nantis ». « On nous dit nantis alors qu’on est vraiment des travailleurs, des lève-tôt, des acharnés au travail », a-t-elle dénoncé.

Pour elle, l’enjeu dépasse les signataires : « Les artistes doivent vivre dans une liberté évidente. Pour qu’une nation soit rayonnante, vivante, il faut que les artistes soient libres. » Binoche a rappelé que la tribune avait pour but d’alerter sur ces dangers, dans un paysage où les attaques contre le service public se multiplient, notamment avec les projets du Rassemblement national, qui prévoit la suppression du CNC en cas d’alternance politique.

Des tensions survenues à Cannes et un mot « déplacé »

Malgré son engagement, Juliette Binoche a exprimé ses regrets quant aux réactions qui ont suivi la publication du texte. « Je regrette les huées qu’il y a eu à Cannes devant le logo Canal. Les gens de Canal travaillent très bien, ce sont des orfèvres, ils sont très attentifs à la diversité du cinéma », a-t-elle souligné. Elle a également pointé du doigt la réponse du directeur de Canal+, Maxime Saada, dont les propos ont contribué à envenimer la polémique : « Je regrette aussi évidemment la réaction très forte du directeur de Canal, c’est pour ça que ça s’est emballé. »

L’actrice a également reconnu une maladresse dans le choix du terme « fasciste » utilisé dans la tribune. « Je pense qu’il était déplacé », a-t-elle concédé, tout en réaffirmant son soutien aux signataires. « Je ne regrette pas la solidarité entre artistes. Certains ont pris le risque d’être sur cette liste », a-t-elle insisté, rappelant que la mobilisation dépassait les individualités.

« Les artistes doivent vivre dans une liberté évidente. Pour qu’une nation soit rayonnante, vivante, il faut que les artistes soient libres. »
— Juliette Binoche, présidente du jury du festival de Cannes 2025

Maxime Saada assume sa réaction mais dément toute « liste noire »

Interrogé lors de l’assemblée générale de Canal+, Maxime Saada a défendu sa position face à la tribune. « Si quelqu’un sonne chez vous, vous traite de fasciste et ensuite vous demande de l’argent, peut-être que vous ne lui donneriez pas de l’argent. On va faire exactement pareil », a-t-il déclaré, rappelant que Vincent Bolloré, principal actionnaire du groupe, était indirectement visé par les critiques. Selon lui, sa réaction était légitime face à des attaques qu’il juge infondées.

Le dirigeant a cependant nié vouloir établir une « liste noire » des signataires. « Je n’ai jamais eu de liste, je n’en ai pas, je n’en aurai jamais », a-t-il assuré, tout en réaffirmant que le groupe ne financerait plus les projets portés par les artistes ayant signé la tribune. « On a le droit de choisir avec qui on travaille », a-t-il ajouté, soulignant que cette décision relevait d’une logique économique et non politique.

Un appel à la liberté artistique et médiatique

À l’issue de cette polémique, Juliette Binoche a conclu en appelant à la préservation du respect de la liberté, tant pour la presse que pour les artistes. « Il faut que le respect de la liberté soit garanti », a-t-elle insisté, rappelant que la liberté créatrice était un pilier essentiel de la vitalité culturelle d’un pays. Cette prise de position s’inscrit dans un contexte où les débats sur l’indépendance des médias et le financement du cinéma occupent une place centrale dans l’actualité.

L’actrice a également souligné l’importance de la solidarité entre professionnels du secteur, malgré les divergences d’opinion. « Certains ont pris le risque d’être sur cette liste », a-t-elle rappelé, soulignant que l’engagement collectif était plus fort que les individualités.

Et maintenant ?

La polémique autour de cette tribune et de la réponse de Canal+ pourrait s’amplifier dans les prochaines semaines, notamment avec les débats parlementaires sur l’avenir du service public et du CNC. Selon les observateurs, les tensions entre les acteurs du cinéma et les groupes médiatiques pourraient se cristalliser davantage, en particulier si le Rassemblement national venait à accéder au pouvoir. Les prochaines annonces de Canal+ sur ses financements, ainsi que les réactions des autres chaînes et institutions culturelles, seront déterminantes pour l’évolution de ce dossier.

Par ailleurs, Juliette Binoche a indiqué qu’elle continuerait à défendre la liberté artistique, tout en appelant à un débat apaisé. « Il faut que les artistes puissent travailler dans un cadre serein », a-t-elle conclu, rappelant que la diversité des opinions était une richesse pour le cinéma.

La tribune, signée par 600 professionnels du cinéma, dénonçait l’influence de l’extrême droite dans le secteur, en ciblant spécifiquement Vincent Bolloré, dont le groupe Canal+ est un acteur majeur. Les réactions ont été vives en raison de la polarisation du débat sur la liberté artistique et l’indépendance des médias, surtout après les déclarations de Maxime Saada, qui a menacé de ne plus financer les projets des signataires.

Le Centre national du cinéma (CNC) est une institution clé pour le financement et la régulation du secteur audiovisuel en France. Dans le contexte de la polémique, il a été au cœur des débats en raison des pressions politiques exercées contre lui, notamment de la part du Rassemblement national, qui propose sa suppression. Juliette Binoche a évoqué ces menaces comme l’une des raisons ayant motivé la rédaction de la tribune.