Le documentaire « En nous », réalisé par Juliette Binoche, offre une plongée inédite dans les arcanes de la création artistique, retracée à travers une collaboration improbable avec le chorégraphe britannique Akram Khan. Ce film, dont Franceinfo - Culture retrace les contours, marque le premier essai derrière la caméra pour l’actrice française, habituellement plus habituée aux plateaux de tournage qu’à la réalisation.
Ce qu'il faut retenir
- Une collaboration artistique inédite entre Juliette Binoche, sans expérience en danse, et Akram Khan, sans expérience en jeu d’acteur, pour créer le spectacle IN-I.
- Le film s’appuie sur près de 200 heures d’archives, réduites à 2h07 de projection, structurées en deux parties : les répétitions et la captation du spectacle.
- Le spectacle, créé en 2008, avait été joué 120 fois à travers le monde et avait divisé la critique à l’époque.
- « En nous » aborde des thèmes universels, dépassant le cadre strict de la danse ou du cinéma, et s’adresse à un public bien plus large que les seuls fans de Binoche ou de Khan.
Selon Franceinfo - Culture, le documentaire se distingue par son approche intimiste des coulisses de la création. Il restitue avec minutie les doutes, les tâtonnements et les moments de grâce qui jalonnent l’élaboration d’une œuvre. Juliette Binoche y explore, à travers l’image, les mécanismes de la collaboration artistique, un terrain qu’elle connaît bien en tant qu’actrice, mais qu’elle aborde ici sous un angle nouveau.
La réalisation de ce projet s’est révélée particulièrement exigeante pour l’actrice. Elle a dû éplucher des centaines d’heures de rushes pour n’en conserver que deux heures et sept minutes. Un travail de fourmi, récompensé par une immersion totale dans le processus créatif. Le résultat se veut moins un documentaire classique qu’une expérience sensorielle, où le spectateur est invité à partager les hésitations et les fulgurances de deux artistes aux univers a priori éloignés.
Pourtant, malgré son ambition artistique, « En nous » ne convaincra pas tous les publics. Avec 127 minutes de projection, le rythme peut sembler long pour ceux qui ne sont ni amateurs de danse ni particulièrement attachés à Juliette Binoche. Le film mise sur la patience du spectateur, misant sur l’universalité de son propos plutôt que sur des effets de style ou un montage dynamique.
Un documentaire qui transcende les frontières artistiques
Le choix de Juliette Binoche de réaliser un documentaire sur une collaboration artistique plutôt que sur sa propre carrière s’inscrit dans une démarche réflexive. En filmant les répétitions et la captation de « IN-I », elle offre un regard neuf sur le processus créatif, loin des projecteurs habituels de l’industrie cinématographique. Le film explore des thèmes universels comme la vulnérabilité, la communication et la quête de sens, qui résonnent bien au-delà du milieu artistique.
Cette approche a séduit une partie de la critique, qui y voit une œuvre ambitieuse et généreuse. Le public, lui, est partagé : certains saluent la sincérité du propos, d’autres regrettent un manque de fluidité dans la narration. Toujours selon Franceinfo - Culture, « En nous » s’adresse avant tout à ceux qui s’intéressent aux mécanismes invisibles de la création, où l’échec et la réussite se côtoient en permanence.
Le documentaire rappelle que l’art, sous toutes ses formes, est un terrain de dialogue constant entre les artistes et leur public. Juliette Binoche, en endossant le rôle de réalisatrice, confirme sa volonté de s’affranchir des codes traditionnels du cinéma pour explorer de nouvelles formes d’expression.
Un premier pas prometteur dans la réalisation
Avec « En nous », Juliette Binoche signe un film qui, à défaut de révolutionner le genre documentaire, pose les bases d’une carrière derrière la caméra. Le projet, né d’une envie de partager une expérience humaine plutôt que de mettre en avant sa propre image, témoigne d’une humilité rare chez les personnalités du cinéma français. Le film rappelle que la création artistique est d’abord un travail d’équipe, où chacun, qu’il soit danseur, acteur ou chorégraphe, apporte sa pierre à l’édifice.
Akram Khan, de son côté, apporte une dimension visuelle et chorégraphique qui enrichit considérablement le propos. Son approche, à la fois physique et conceptuelle, donne au documentaire une dimension esthétique que les simples captations de spectacle ne pourraient offrir. Ensemble, Binoche et Khan démontrent que les frontières entre les disciplines artistiques sont poreuses, et que la collaboration peut donner naissance à des œuvres hybrides, à la fois personnelles et universelles.
Un film à voir pour les passionnés d’art, pas seulement pour les fans
Si « En nous » séduit avant tout les amateurs de danse contemporaine ou les admirateurs de Juliette Binoche, il n’en reste pas moins accessible à un public plus large. Le film mise sur l’émotion brute plutôt que sur des artifices techniques, offrant une plongée authentique dans l’intimité de la création. Les thèmes abordés – la relation à l’autre, la peur de l’échec, la quête de sens – parlent à quiconque a déjà été confronté à un projet artistique ou personnel ambitieux.
Cependant, la longueur du film, près de deux heures et demie, peut constituer un frein pour certains spectateurs. Comme le souligne Franceinfo - Culture, « En nous » n’est pas un documentaire grand public, mais une œuvre exigeante, qui demande une certaine disponibilité de la part du public. Pour ceux qui acceptent de s’y plonger, le film offre en retour une expérience cinématographique unique, où l’art se révèle dans sa dimension la plus vulnérable et la plus humaine.
Juliette Binoche le rappelle à travers ce documentaire : la création artistique est un voyage sans fin, où chaque étape, qu’elle soit réussie ou non, mérite d’être partagée. « En nous » en est la preuve.
Le documentaire « En nous » est actuellement projeté dans plusieurs salles en France. Sa sortie en salles a eu lieu le 6 juin 2026, et il devrait rester à l’affiche pendant plusieurs semaines. Il est également possible de le trouver sur certaines plateformes de streaming spécialisées dans le cinéma d’auteur.