Selon Euronews FR, les Européens peinent toujours à atteindre les objectifs en matière de consommation quotidienne de fruits et légumes. Une étude récente menée par des chercheurs de l’université de Newcastle, au Royaume-Uni, relance le débat sur l’intégration éventuelle des jus de fruits dans le décompte des cinq portions journalières recommandées. Pourtant, les recommandations officielles restent divisées sur cette question.
Ce qu’il faut retenir
- En 2023, les Européens n’ont consommé en moyenne que 351 grammes de fruits et légumes par personne et par jour, soit 49 grammes de moins que le seuil de 400 grammes préconisé par l’OMS.
- Une étude de l’université de Newcastle suggère qu’un jus de fruits 100 % pur ou un smoothie pourrait aider à atteindre les cinq portions quotidiennes, avec des bénéfices potentiels sur la santé mentale.
- Les pays européens affichent des positions divergentes : la France exclut désormais le jus du décompte, tandis que le Danemark et le Royaume-Uni l’autorisent sous conditions strictes.
- Les fruits entiers restent privilégiés pour leur teneur en fibres et en nutriments, les jus étant critiqués pour leur apport élevé en sucres et leur faible satiété.
- L’étude souligne que les participants consommant des jus ou des smoothies ont vu leur consommation globale de fruits et légumes augmenter, avec une amélioration de leur bien-être psychologique.
Un objectif encore trop peu suivi en Europe
Les autorités sanitaires européennes recommandent depuis plusieurs années de consommer cinq portions de fruits ou légumes par jour pour préserver une alimentation équilibrée. Pourtant, comme le rapporte Euronews FR, les données de 2023 révèlent un écart persistant : les Européens n’ingèrent en moyenne que 351 grammes de ces aliments chaque jour, contre les 400 grammes jugés nécessaires par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Cette sous-consommation s’explique par plusieurs facteurs, notamment le coût élevé des produits frais et leur périssabilité rapide. Face à ce constat, des chercheurs britanniques ont mené une étude pour évaluer si les jus ou les smoothies pourraient représenter une solution complémentaire, voire une alternative partielle, aux fruits et légumes entiers.
L’étude de Newcastle : un verre de jus peut-il compter pour une portion ?
Pour répondre à cette question, une équipe de l’université de Newcastle a conduit un essai clinique impliquant trois groupes de participants sur une période de quatre semaines. Le premier groupe a consommé cinq portions de fruits et légumes entiers quotidiennement, le deuxième a intégré un jus de fruits 100 % pur à son alimentation, tandis que le troisième a maintenu ses habitudes alimentaires habituelles.
Les résultats ont montré que les deux premiers groupes ont significativement augmenté leur consommation globale de fruits et légumes par rapport au groupe témoin. « Avec la pression persistante sur le pouvoir d’achat au Royaume-Uni, le prix des produits frais constitue souvent un frein pour celles et ceux qui essaient de manger plus de fruits et de légumes », a déclaré le Dr Oliver Shannon, maître de conférences en nutrition et vieillissement à l’université de Newcastle et auteur principal de l’étude.
Autre observation notable : les participants consommant des jus ont déclaré une amélioration de leurs symptômes dépressifs, même si l’étude reste de petite taille et nécessite des recherches complémentaires. « Le fait que les buveurs de jus de fruits présentent des scores de dépression plus faibles est encourageant et mérite d’être approfondi », a ajouté Shannon. « De simples changements alimentaires, comme augmenter sa consommation de fruits, y compris grâce à un verre de jus par jour, pourraient contribuer à soutenir la santé mentale. »
Des recommandations nutritionnelles nationales divergentes
Malgré ces résultats préliminaires, les lignes directrices officielles en Europe restent prudentes concernant la place des jus dans le décompte des cinq portions quotidiennes. Les positions varient considérablement d’un pays à l’autre :
- En France, le jus de fruits ne compte plus dans l’apport recommandé depuis la révision des directives en 2017.
- En Allemagne, une portion de 150 à 200 ml de jus peut être consommée occasionnellement, mais pas plus de deux fois par semaine en remplacement d’un fruit.
- Au Royaume-Uni, la consommation maximale est fixée à 150 ml par jour, ce qui ne peut représenter qu’une seule portion sur les cinq recommandées.
- Au Danemark, un petit verre de jus est inclus dans l’apport conseillé, mais avec un seuil revu à six portions par jour au lieu de cinq.
Ces différences illustrent une tendance commune : les fruits entiers restent la référence en matière de nutrition, tandis que les jus sont perçus comme un complément, voire une solution temporaire pour les publics confrontés à des obstacles financiers ou logistiques.
Jus vs fruits entiers : les enjeux nutritionnels
Les spécialistes de la nutrition soulignent deux limites majeures des jus par rapport aux fruits entiers. D’abord, leur teneur élevée en sucres libres, liée à la perte des fibres lors de la transformation. Les fruits entiers, en revanche, sont une source précieuse de fibres, d’antioxydants et de nutriments essentiels qui favorisent la digestion, soutiennent le système immunitaire et réduisent les risques de maladies chroniques.
Ensuite, plusieurs études antérieures ont associé une consommation régulière de jus à une baisse d’énergie et à des perturbations du sommeil. « Les jus de fruits sont la forme de consommation qui apporte le moins d’énergie durable et de satiété », a expliqué le Dr Oliver Shannon. Pour la majorité des experts, le jus ne doit donc pas se substituer aux fruits entiers, mais peut, dans une certaine mesure, contribuer à atteindre les objectifs journaliers.
Une solution pour les publics précaires ?
L’étude de Newcastle met en lumière un autre aspect : l’impact d’un soutien financier et éducatif sur les habitudes alimentaires. Les chercheurs ont constaté que les participants bénéficiant d’un accompagnement ciblé ont modifié leur alimentation de manière significative, en intégrant plus facilement des jus ou des smoothies dans leur routine. « Nous avons constaté que des solutions simples et peu coûteuses, comme boire chaque jour un petit verre de jus de fruits 100 % pur ou un smoothie, pouvaient aider les gens à atteindre l’objectif des cinq par jour », a indiqué le Dr Courtney Neal, co-autrice de l’étude. « Avec à la clé de possibles bénéfices pour la santé mentale. »
Les limites et perspectives de recherche
Malgré ces avancées, l’étude présente des limites importantes. D’abord, sa petite taille et son caractère exploratoire ne permettent pas d’établir de lien de causalité définitif entre la consommation de jus et l’amélioration de la santé mentale. Ensuite, les chercheurs ont observé que les consommateurs de jus avaient tendance à dépasser les quantités recommandées, ce qui pourrait annuler les bénéfices escomptés.
Pour affiner ces résultats, des recherches supplémentaires sont nécessaires, notamment sur l’impact à long terme des jus sur le métabolisme et le bien-être psychologique. À ce stade, la plupart des recommandations officielles maintiennent leur position : les fruits entiers restent la priorité, et les jus doivent être consommés avec modération.
Si le débat reste ouvert, une certitude s’impose : en Europe, les défis liés à l’accès à une alimentation saine persistent. Et dans un contexte où le pouvoir d’achat reste une préoccupation majeure, les solutions simples – comme intégrer un jus 100 % pur dans son quotidien – pourraient bien faire la différence pour des millions de personnes.
La France a révisé ses lignes directrices en 2017 pour privilégier les fruits et légumes entiers, en raison de leur teneur supérieure en fibres et en nutriments essentiels. Les jus, même 100 % purs, sont considérés comme moins rassasiants et plus riches en sucres libres, ce qui peut favoriser une consommation excessive sans apporter les mêmes bénéfices nutritionnels.
L’étude de l’université de Newcastle a observé une amélioration des symptômes dépressifs chez les participants consommant des jus, mais ces résultats restent préliminaires. Les chercheurs soulignent la nécessité de mener des recherches plus approfondies pour confirmer ce lien et comprendre les mécanismes en jeu. Autant dire que le verre de jus ne saurait se substituer à un suivi médical ou à une alimentation équilibrée.