Selon Libération, la capitale afghane Kaboul subit depuis plusieurs mois une campagne de rénovation urbaine d’ampleur, menée par le régime taliban. Pourtant, derrière les façades ravalées et les artères élargies, la population afghane continue de subir une crise économique sans précédent.
Ce qu'il faut retenir
- Une transformation urbaine en cours depuis plusieurs mois, visant à moderniser Kaboul, l’une des villes les plus densément peuplées au monde.
- Des travaux massifs qui ne suffisent pas à masquer la précarité croissante des habitants, frappés par l’effondrement économique.
- Un chômage endémique et une inflation galopante réduisent à néant les maigres revenus d’une majorité de familles.
- Des témoignages accablants de citoyens épuisés par des années de difficultés, comme celui d’un père de famille déclarant : « Ma famille n’en peut plus de cette vie ».
- Un contexte de surpopulation et d’insalubrité structurelle, aggravé par des décennies de conflits.
Kaboul, une ville en pleine mutation sous le joug taliban
Les autorités talibanes ont lancé une vaste opération de rénovation urbaine à Kaboul, visant à redonner une apparence de modernité à la capitale. Des rues élargies, des bâtiments ravalés et des espaces publics réaménagés composent désormais le paysage urbain. Pourtant, ces changements esthétiques peinent à convaincre la population locale, dont les conditions de vie se dégradent chaque jour un peu plus. « On nous parle de progrès, mais où sont-ils ? », s’interroge un commerçant du centre-ville, cité par Libération.
Cette campagne s’inscrit dans une logique de contrôle social et de communication politique, alors que le régime taliban cherche à se présenter comme un gouvernement efficace. Les images de Kaboul, autrefois marquées par des décennies de guerre, laissent place à des chantiers et à des façades repeintes. Pourtant, ces travaux ne s’attaquent pas aux problèmes structurels qui minent la société afghane, comme l’accès à l’eau potable ou à l’électricité, souvent interrompus.
Une crise économique qui s’aggrave malgré les apparences
Derrière le vernis des rénovations, l’économie afghane s’effondre. L’inflation atteint des niveaux records, tandis que le chômage frappe près de 40 % de la population active, selon les dernières estimations de la Banque mondiale. « Les prix des denrées de base ont augmenté de 50 % en un an », explique un économiste afghan sous couvert d’anonymat. Les salaires, eux, stagnent, voire reculent, plongeant des milliers de foyers dans la pauvreté.
Les sanctions internationales et l’isolement du pays depuis le retour des talibans au pouvoir en 2021 ont aggravé la situation. Les fonds étrangers, autrefois vitaux pour l’économie locale, se sont taris. Résultat : des millions de personnes dépendent de l’aide humanitaire pour survivre. « On mange un repas par jour, parfois deux, mais c’est tout », confie une mère de quatre enfants dans un quartier populaire de Kaboul.
Le désespoir d’une population à bout de forces
Les récits de désespoir se multiplient parmi les habitants de Kaboul. « Ma famille n’en peut plus de cette vie », a lancé un père de famille lors d’une entrevue avec Libération. Ces mots résument l’état d’esprit d’une population épuisée par des années de conflits, de pauvreté et maintenant de privations. Les jeunes, en particulier, voient leurs perspectives d’avenir s’effondrer : peu d’opportunités professionnelles, une éducation de plus en plus inaccessible et un avenir incertain.
Les tensions sociales s’exacerbent. Des manifestations sporadiques ont éclaté ces derniers mois, réprimées dans le sang par les autorités. « Les gens n’ont plus rien à perdre », confie un militant des droits humains. La colère gronde, mais la répression limite toute expression publique de mécontentement.
En attendant, les Kabouliotes continuent de vivre entre les chantiers qui transforment leur ville et la réalité d’un quotidien de plus en plus difficile.
Les travaux de rénovation sont perçus comme une opération de communication par le régime taliban, visant à donner une image de modernité et d’efficacité. Pourtant, ils ne résolvent aucun des problèmes structurels, comme le chômage, l’inflation ou l’accès aux services de base, qui touchent la majorité de la population.