Le titre du groupe de luxe Kering a lourdement chuté ce mardi 30 juin à la Bourse de Paris, reculant de 7,5 % vers 15h35. Cette contre-performance intervient dans un contexte de doutes persistants sur la capacité du groupe à redresser sa marque phare, Gucci, avant la publication de ses résultats semestriels prévue le 28 juillet. Selon BFM Bourse, les analystes de Barclays estiment désormais que les objectifs fixés pour 2026 apparaissent « de plus en plus inatteignables ».

Ce qu'il faut retenir

  • Kering enregistre une chute de 7,5 % à la Bourse de Paris ce 30 juin, la plus forte baisse du CAC 40 sur la journée.
  • Barclays juge désormais « de plus en plus inatteignables » les objectifs de retour à la croissance pour Gucci en 2026.
  • L'action du groupe a déjà perdu 15,5 % depuis le début de l'année, loin derrière le CAC 40 (+3,1 %).
  • Gucci, qui représente 40 % des revenus et 60 % du résultat opérationnel de Kering, voit ses ventes reculer de 8 % au premier trimestre.
  • Kering a confirmé ses objectifs pour 2026, mais les analystes restent sceptiques sur leur réalisme, notamment face à un environnement de consommation déprimé.

Une performance boursière en forte dégradation

Après une année 2025 marquée par une progression remarquable de 26,34 %, Kering subit un net recul en 2026. Depuis le 1er janvier, l’action du groupe a perdu 15,5 %, sous-performant largement le CAC 40, qui affiche une hausse de 3,1 % sur la même période. Cette contre-performance s’inscrit dans un climat de défiance des investisseurs à l’égard du redressement de Gucci, principale source de revenus du groupe. Selon BFM Bourse, cette situation contraste avec l’euphorie initiale suscitée par la nomination de Luca de Meo à la direction générale du groupe en octobre 2023, puis par les premières mesures annoncées par l’ex-dirigeant de Renault.

L’activité du premier trimestre a été particulièrement sanctionnée par les marchés, avec une baisse des revenus de Gucci bien plus marquée que prévu. Pourtant, le redressement des ventes de cette marque italienne reste le pilier de la stratégie de reconquête boursière du groupe. Avec 40 % des revenus totaux et 60 % du résultat opérationnel, Gucci concentre toutes les attentes des investisseurs.

Des doutes persistants malgré les efforts de restructuration

Malgré une journée dédiée aux investisseurs organisée mi-avril, les analystes n’ont pas été totalement rassurés. Si certains ont salué le niveau de détails et l’organisation de l’événement, les interrogations sur le calendrier du redressement de Gucci persistent. Comme l’a souligné Citi dans une note : « Une nouvelle structure organisationnelle, une attention accrue portée à l’attrait de la marque et une rigueur budgétaire favorisent la reprise à long terme, mais le calendrier du redressement de Gucci reste incertain. »

Lors de la conférence téléphonique organisée la veille avec les analystes, Kering a réaffirmé sa trajectoire de reprise progressive pour 2026. Parmi les mesures clés évoquées : la croissance du chiffre d’affaires, l’amélioration des marges, la qualité des ventes, l’attractivité de la marque, la fermeture nette de plus de 100 magasins et un budget de charges d’exploitation stable à taux de change constants. Cependant, ces annonces n’ont pas suffi à convaincre le marché, d’autant que la direction a reconnu que le Moyen-Orient pénaliserait la croissance de deux points de pourcentage sur le trimestre. À l’inverse, l’Amérique du Nord devrait afficher une dynamique solide, tandis que la Chine continuera de peser sur les résultats, selon Bernstein.

Barclays s’interroge sur la faisabilité des objectifs 2026

L’une des principales sources de préoccupation provient de l’avis de Barclays, qui considère désormais les objectifs fixés par Kering pour 2026 comme « de plus en plus inatteignables ». La banque britannique anticipe une baisse de 5 % des revenus de Gucci en données comparables, en raison d’une dynamique faible et d’un environnement de consommation déprimé dans plusieurs marchés clés. « Il est peu probable que les résultats du premier semestre laissent entrevoir une voie claire vers le redressement », estime Barclays dans une note relayée par BFM Bourse.

Les analystes de Jefferies relèvent que le consensus moyen (Visible Alpha) table sur une amélioration de la croissance d’un trimestre à l’autre, avec une progression des revenus de 1,7 % au deuxième trimestre contre une stabilité au premier. Pour Gucci, la baisse des revenus se chiffrerait à 4,5 % après un recul de 8 % au premier trimestre. Ce consensus ne repose toutefois que sur les prévisions de dix analystes, alors qu’une trentaine suit la valeur.

Kering a confirmé ses objectifs pour 2026, à savoir un retour à la croissance sur toutes ses marques, y compris Gucci (à l’exception d’Alexander McQueen), ainsi qu’une amélioration sur un an de la marge opérationnelle courante. Pourtant, les analystes restent dubitatifs, d’autant que l’environnement macroéconomique reste fragile dans plusieurs régions clés.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines s’annoncent décisives pour Kering, qui publiera ses résultats semestriels le 28 juillet. Les investisseurs attendront avec attention les indicateurs avancés de redressement de Gucci, notamment en Chine et en Europe, deux marchés où la consommation reste atone. Si les chiffres ne montrent pas de signes tangibles d’amélioration, la pression sur l’action du groupe pourrait s’accentuer, avec un risque de révision à la baisse des objectifs annuels par la direction. Pour l’heure, le calendrier du redressement reste flou, et les doutes des analystes risquent de peser sur la valorisation du titre.

Dans ce contexte, la capacité de Kering à rassurer les marchés dépendra largement de sa capacité à démontrer une reprise tangible des ventes chez Gucci, sans quoi les objectifs 2026 pourraient être revus, comme le suggère déjà Barclays.

Gucci représente 40 % des revenus totaux de Kering et génère 60 % de son résultat opérationnel. Son redressement est donc indispensable pour la santé financière du groupe et la confiance des investisseurs. Toute faiblesse prolongée de Gucci se répercute directement sur la valorisation de Kering en Bourse.

Les principaux défis incluent un environnement de consommation déprimé dans plusieurs marchés clés (Moyen-Orient, Chine), une concurrence accrue dans le luxe et la nécessité de restaurer l’attractivité de la marque après plusieurs années de baisse des ventes. La fermeture de plus de 100 magasins vise à réduire les coûts, mais elle pourrait aussi impacter le chiffre d’affaires à court terme.