Alors que le secteur du luxe français, dominé par LVMH et Hermès, continue de séduire les investisseurs, Kering, troisième acteur du CAC 40, peine à convaincre. Selon Capital, l’entreprise traverse une période délicate, marquée par des résultats trimestriels décevants et une décote boursière persistante. Face à cette situation, le groupe a choisi de faire appel à un profil inattendu : Luca de Meo, ancien patron de Renault, connu pour ses méthodes de « cost killer » et son expérience en redressement d’entreprises. Son arrivée à la tête de Kering, en mars 2026, coïncide avec un plan ambitieux visant à doubler la marge opérationnelle d’ici 2028. Mais ce pari, bien que porteur d’espoirs, n’est pas sans risques.
Ce qu'il faut retenir
- Kering, troisième groupe du luxe du CAC 40, accumule les trimestres décevants depuis 2023, avec Gucci comme principale source de difficultés.
- L’arrivée de Luca de Meo, ex-patron de Renault, marque un tournant stratégique avec un plan axé sur la réduction des coûts et le recentrage des activités.
- Le groupe vise à doubler sa marge opérationnelle d’ici 2028, mais la réussite dépendra largement de la relance de Gucci et de la désirabilité de ses marques.
- Les risques incluent une dépendance excessive à Gucci, des défis en Chine et aux États-Unis, ainsi que des contentieux fiscaux passés.
- James D. Touati, dit « le Loup de Zurich », table sur un potentiel haussier pour l’action Kering, mais insiste sur la volatilité et l’incertitude du dossier.
Un géant du luxe en perte de vitesse
Kering, propriétaire de marques emblématiques comme Gucci, Saint Laurent, Bottega Veneta ou Balenciaga, a longtemps symbolisé l’excellence du luxe européen. Pourtant, depuis 2023, le groupe affiche une performance boursière en demi-teinte, loin derrière ses concurrents directs. Selon Capital, Kering incarne aujourd’hui « le patient en soins intensifs du secteur en Europe », une situation qui contraste avec la dynamique positive de LVMH et Hermès. La chute des ventes chez Gucci, autrefois locomotive du groupe, a joué un rôle clé dans cette dégradation. Les investisseurs, autrefois séduits par les marges élevées du portefeuille de marques, se montrent désormais méfiants.
Dans ce contexte, l’arrivée de Luca de Meo, connu pour avoir redressé Renault en appliquant des méthodes drastiques de réduction des coûts, est perçue comme un signal fort. Son profil de « cost killer » séduit certains analystes, mais interroge aussi sur la compatibilité avec un univers où la créativité et l’image de marque sont essentielles. Comme le souligne James D. Touati, « dans l’industrie automobile, couper les coûts est vital, mais dans le luxe, il faut éviter de toucher à l’ADN des marques ».
Un plan de relance ambitieux, mais risqué
Le plan présenté par Luca de Meo repose sur trois piliers : la rationalisation des coûts, le recentrage sur les marques les plus prometteuses et un pari sur le long terme. Concrètement, cela se traduit par la vente du pôle beauté (en accord avec L’Oréal), la création d’un pôle joaillerie (segment à fortes marges) et le renforcement des expertises internes, notamment en digital et en intelligence artificielle. L’objectif affiché est clair : plus que doubler la marge opérationnelle d’ici 2028, en partant des niveaux de 2025.
Parmi les mesures phares, on note la volonté de recentrer Kering sur ses marques les plus rentables, à commencer par Gucci, Saint Laurent et la joaillerie. Le groupe mise aussi sur l’innovation, avec des investissements ciblés dans le digital et l’IA pour moderniser son offre. Cependant, comme le rappelle James D. Touati, « un turnaround, ça rapporte… quand ça marche ! ». Les marges de manœuvre sont étroites : une mauvaise exécution du plan pourrait aggraver la décote boursière, déjà significative.
Les défis qui attendent Kering
Le premier défi est celui de Gucci. Tant que la marque phare du groupe ne retrouvera pas sa dynamique, Kering restera un « puzzle mal assemblé », selon l’analyste. Gucci, autrefois symbole du luxe italien, souffre d’une perte de désirabilité, liée à des changements fréquents de direction créative et à des erreurs de positionnement. Redonner du sens à la marque, tout en préservant son héritage, sera un exercice délicat. Le deuxième défi concerne la joaillerie, présentée comme le « deuxième étage de la fusée » du groupe. Ce segment, moins dépendant des tendances de la mode, pourrait offrir des marges stables, mais son développement prendra du temps.
Autres risques majeurs : la sensibilité aux cycles économiques, notamment en Chine, principal marché du luxe, et aux États-Unis. Une dégradation du pouvoir d’achat ou un ralentissement de la demande touristique en Europe pourraient peser sur les ventes. Enfin, Kering doit gérer un dossier fiscal complexe, avec des contentieux passés qui pourraient resurgir. Sans oublier les risques liés à la chaîne d’approvisionnement, exposée à la volatilité des prix des matières premières sensibles.
« Kering n’est plus une valeur de redressement tranquille, c’est un dossier pour les investisseurs qui acceptent d’avoir des sueurs froides ! »
— James D. Touati, analyste financier et fondateur de The Nest, cité par Capital.
Bourse : un pari haussier, mais volatile
Sur le plan boursier, les perspectives pour Kering divisent. James D. Touati, interrogé par Capital, identifie des signaux techniques encourageants, comme un « drapeau haussier » en formation et une structure en « butterfly » toujours valide. Pour lui, l’action présente un potentiel de hausse réel, à condition d’accepter la volatilité. Il préconise même un achat direct des actions, assorti d’un stop loss pour limiter les risques. « Si Luca de Meo livre, Kering pourrait réduire sa décote vis-à-vis de LVMH et Hermès », estime-t-il.
Cependant, les analystes restent prudents. Une partie des espoirs est déjà intégrée dans les cours actuels, et un échec du plan de relance pourrait entraîner une nouvelle chute. Pour les investisseurs patients, Kering pourrait représenter une opportunité, mais seulement pour ceux prêts à assumer l’incertitude. Comme le résume l’expert, « il y a des champions qui demandent moins de conviction et plus de passivité. Mais le potentiel de revalorisation de Kering est réel si le plan tient la route ».
Côté stratégie, Kering devra aussi clarifier sa position sur le marché chinois, où la concurrence s’intensifie. Enfin, la gestion des risques fiscaux et la finalisation des cessions d’actifs (comme le pôle beauté) pourraient influencer la valorisation du groupe. Autant d’échéances qui pourraient faire basculer Kering dans une nouvelle dynamique… ou confirmer son statut de « mal aimé » du luxe.
En attendant, le secteur du luxe reste sous haute surveillance. Après une année 2025 marquée par des turbulences, les investisseurs guettent les signes d’un rebond, qu’il vienne de Kering ou d’ailleurs. Une chose est sûre : dans l’univers du luxe, les retournements de situation sont rares… et souvent brutaux.
Gucci représente près de la moitié du chiffre d’affaires de Kering et incarne son image de marque historique. Une relance de Gucci est indispensable pour redonner de la cohérence au portefeuille de Kering et rassurer les investisseurs. Son déclin récent a directement pesé sur la performance globale du groupe.
Les prochains jalons clés sont : la publication des résultats annuels 2026 (mi-2026), l’évaluation de l’impact des cessions d’actifs (comme le pôle beauté) d’ici fin 2026, et une mise à jour du plan de relance prévue pour début 2027. Les investisseurs surveilleront aussi les ventes en Chine et aux États-Unis, deux marchés stratégiques.