Le Comité de sécurité de l’État de Khartoum a officiellement mis fin, le 27 août 2026, à l’état d’urgence imposé dans la capitale soudanaise depuis plus de deux ans. Selon nos confrères de RFI, cette décision marque un tournant symbolique dans la gestion sécuritaire d’une ville durement éprouvée par plus de trois années de conflit armé.
L’annonce intervient alors que le Soudan reste plongé dans une guerre civile opposant principalement l’armée régulière, dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhan, et les Forces de soutien rapide (RSF), menées par le général Mohamed Hamdan Daglo. La capitale, Khartoum, a été l’un des épicentres des combats, subissant destructions massives, déplacements forcés et une crise humanitaire sans précédent.
Ce qu'il faut retenir
- Fin d’une période de deux ans : l’état d’urgence à Khartoum, en vigueur depuis août 2024, est levé le 27 août 2026.
- Contexte de guerre prolongée : le conflit au Soudan dure depuis le 15 avril 2023, opposant armée et RSF.
- Régime d’exception : l’état d’urgence avait été instauré pour tenter de rétablir l’ordre dans une ville ravagée par les combats.
- Symbole politique : cette décision pourrait refléter une volonté de normalisation, bien que son impact réel reste incertain.
Un état d’urgence né dans l’urgence des combats
L’état d’urgence avait été décrété en août 2024, alors que les affrontements entre l’armée et les RSF s’intensifiaient dans la capitale. Selon le communiqué du Comité de sécurité de Khartoum, rapporté par RFI, cette mesure visait à « assurer la stabilité et la sécurité des citoyens » dans un contexte de violences quotidiennes, de pillages et d’effondrement des services publics. Pendant deux ans, les autorités locales avaient justifié ce régime d’exception par la nécessité de lutter contre les milices et les groupes armés qui profitaient du chaos pour semer la terreur.
Pourtant, les critiques n’ont pas manqué. Des associations de défense des droits humains avaient dénoncé des dérives, comme des arrestations arbitraires, des restrictions des libertés individuelles et une militarisation accrue de l’espace public. « On a vu une augmentation des contrôles militaires et une réduction drastique des libertés, surtout pour les journalistes et les militants », avait expliqué un représentant d’une ONG locale sous couvert d’anonymat.
Un geste avant tout symbolique ?
La levée de l’état d’urgence survient à un moment où le conflit, bien que toujours intense, connaît des évolutions notables. Les combats se sont déplacés vers d’autres régions du pays, comme le Darfour, où les RSF ont consolidé leur emprise sur plusieurs villes. À Khartoum, la situation reste précaire, mais les affrontements directs ont légèrement diminué, laissant place à des tensions latentes et à une insécurité chronique.
Pour les autorités, cette décision pourrait être un signal envoyé à la population et à la communauté internationale. « C’est une étape importante vers le retour à une vie normale », a affirmé un porte-parole du gouvernement, cité par RFI. Reste à savoir si cette normalisation est réelle ou simplement cosmétique.
La fin de l’état d’urgence ne signifie pas la fin des défis pour Khartoum. La ville reste marquée par des années de destruction : plus de 60 % des infrastructures médicales ont été endommagées, selon l’OMS, et près de 2,5 millions de personnes ont fui la région. La priorité, désormais, sera de savoir si cette décision s’accompagnera de mesures concrètes pour reconstruire ce que la guerre a détruit.
Dans l’immédiat, les habitants de Khartoum restent prudents. « On a déjà vu des promesses non tenues », confie un résident du quartier de Bahri, contacté par téléphone. « Pour l’instant, on attend de voir ce que ça change vraiment. »
Selon le communiqué du Comité de sécurité de Khartoum, cette décision s’inscrit dans une volonté de « normalisation progressive » de la situation sécuritaire, alors que les combats se sont partiellement déplacés hors de la capitale. Aucune explication détaillée n’a été fournie sur les critères ayant conduit à cette levée, mais des observateurs y voient un geste politique pour rassurer la population et la communauté internationale.