Un espace inédit de 250 m² vient d’ouvrir ses portes au 24 avenue de la Porte de Clichy, dans le XVIIe arrondissement de Paris. Selon Franceinfo - Culture, Kiléma Le Lieu est un tiers-lieu culturel, social et professionnel entièrement dédié aux personnes en situation de handicap intellectuel, mais aussi à tous les publics. Ce projet, porté par Cécile Arnoult et son mari Philippe Le Squéren, s’inscrit dans une démarche d’inclusion et d’accès à la culture pour tous.
Ce qu'il faut retenir
- Un tiers-lieu de 250 m² ouvert depuis le printemps 2026 au 24 avenue de la Porte de Clichy (Paris XVIIe).
- Espace mixte combinant librairie adaptée, café, lieu de travail et d’échanges, accessible à tous.
- Fonds de librairie composé de 3 200 titres dont 15 à 20% d’éditions adaptées (Falc, braille, grands caractères, audio, tactiles).
- Création de Kiléma Editions, maison d’édition spécialisée dans les ouvrages en Facile à lire et à comprendre (Falc).
- Objectif : offrir un espace de socialisation, de formation et d’emploi aux personnes en situation de handicap intellectuel.
- Loyer annuel de 90 000 euros, jugé « trop élevé » pour un projet à vocation sociale et solidaire.
Cécile Arnoult et Philippe Le Squéren ont imaginé ce lieu pour leur fille Lucie, atteinte de trisomie 21. « On a créé Kiléma Le Lieu pour elle », explique Cécile Arnoult. « Elle aura un endroit où elle pourra travailler, boire un verre, rencontrer ses amis, acheter des livres et se cultiver. » Le projet, né il y a cinq ans, est désormais une réalité. L’espace, qui s’étire sur 18 mètres de façade, mise sur la mixité et l’ouverture : « On mélange tout le monde. Les personnes en situation de handicap voient le monde extérieur et sont vues. Voir et être vu, c’est ça l’inclusion. »
Un lieu conçu pour l’autonomie et l’échange
Kiléma Le Lieu se structure autour de plusieurs pôles. La librairie propose des ouvrages adaptés : « On a constitué le premier cercle du fond avec des éditions en Falc pour les dys [troubles spécifiques du langage], des livres tactiles, en braille, en grands caractères et des livres audio », détaille Cécile Arnoult. « Parce que finalement peu de titres sont estampillés “adaptés”, notre fonds s’est aussi élargi aux albums et livres graphiques sans texte. »
Le café, ouvert dès 9 heures, attire aussi bien les riverains que les familles venues chercher des livres. « Certains viennent travailler sur leur ordinateur, d’autres viennent manger à midi ou profiter d’un moment de convivialité », observe l’équipe. Le sous-sol, privatisable, accueille des ateliers culturels ou des rencontres. « On veut que ce lieu soit un espace où l’on apprend, où l’on travaille, où l’on vit », résume la fondatrice.
La programmation culturelle, qui se dévoile à l’approche de la rentrée, inclut des activités variées : ateliers céramique, rencontres littéraires, ou encore séances de lecture adaptées. Morgane, 25 ans, souffrant de troubles cognitifs, en a fait son lieu de prédilection : « J’ai trouvé un endroit dédié à l’inclusion, pratique et proche de chez moi. Il y a une librairie, des ateliers… C’est exactement ce qu’il me fallait. »
Un tremplin vers l’emploi et la formation
Le projet ne se limite pas à la culture. Kiléma Le Lieu propose aussi un espace de travail et de formation. « Dès l’année prochaine, Lucie et ses camarades de classe viendront s’exercer à de nouveaux métiers entre le café, la librairie et l’espace d’échange », annonce Cécile Arnoult. « On va accueillir des jeunes stagiaires pour leur apprendre des tâches comme la réception de livres ou l’accueil du public. »
Mathis, 17 ans, a déjà testé l’expérience. En bac pro MRC (métiers de la relation clients), il a effectué un stage de trois semaines en juin dernier. « Je me fatigue vite en écrivant à cause de ma main, et j’ai des troubles du spectre autistique et une dyslexie », confie-t-il. Pourtant, il a adoré son stage : « Au début, je me disais que ce serait nul. Finalement, j’ai appris plein de choses en librairie et en cuisine. Et j’ai découvert des livres sur le sport, même si je n’aime pas lire d’habitude ! »
Laura, relectrice Falc chez Kiléma Editions, incarne aussi cette dynamique. « Ce lieu, c’est un aboutissement. Les personnes en situation de handicap doivent avoir les mêmes droits et la même culture que les autres. Mais il faut s’adapter à elles », souligne Philippe Le Squéren, ingénieur de formation qui a revendu son entreprise pour créer le Fonds de dotation Kiléma, bras financier du projet.
Une réponse aux limites des structures médico-sociales
Les parents de Lucie critiquent vivement le système actuel. « Il est hors de question que je fasse vivre ma fille dans un autre monde que celui dans lequel je vis », affirme Cécile Arnoult. « On a plein de témoignages de jeunes passés des écoles traditionnelles à des IME [Instituts médico-éducatifs] et qui ont régressé. Il faut être tiré vers le haut pour s’élever. »
Pour eux, les structures comme les IME ou les Esat (Établissements et services d’aide par le travail) enferment les personnes dans des parcours cloisonnés. « Ces institutions ne sont pas à remettre en cause, mais l’institution elle-même pose problème », analyse Cécile Arnoult. « On veut changer l’image du handicap intellectuel en montrant que ces personnes ont les mêmes droits et doivent avoir accès aux mêmes services. »
Kiléma Le Lieu mise sur la création d’une communauté. « Les gens qui viennent boire un café ou manger une tarte franchissent une étape sans toujours le savoir », note Philippe Le Squéren. Une adhésion à l’association sera proposée, offrant notamment un accès prioritaire à l’espace de travail. Mais le loyer annuel de 90 000 euros, à verser à la Régie immobilière de la ville de Paris (RIVP), pèse lourdement sur les finances du projet. « C’est beaucoup trop cher pour un public spécifique et pour créer des emplois, même si tous n’ont pas un handicap », regrette Cécile Arnoult.
En attendant, Kiléma Le Lieu reste ouvert à tous. La librairie fonctionne du mardi au samedi, tandis que le café ouvre dès 9 heures. « Nous sommes tous humains, et les personnes en situation de handicap font partie de la population générale », rappelle Cécile Arnoult. « Ce lieu est une preuve que l’inclusion est possible, à condition de s’en donner les moyens. »
Kiléma Le Lieu se situe au 24 avenue de la Porte de Clichy, dans le XVIIe arrondissement de Paris. La librairie est ouverte du mardi de 11h à 19h et du mercredi au samedi de 10h à 19h. Le café accueille le public du mardi au samedi, de 9h à 19h.
La librairie propose quelque 3 200 titres, dont 15 à 20 % d’éditions adaptées (Falc, braille, grands caractères, audio, tactiles). Le fonds inclut aussi des albums et livres graphiques sans texte, ainsi que de la littérature générale pour favoriser l’inclusion.