À Kinshasa, une vaste opération d'assainissement menée depuis la mi-juillet par le Service national, placé sous l'autorité de la présidence, a conduit à l'incinération de milliers d'ouvrages vendus par des bouquinistes. Cette initiative, officiellement destinée à libérer les emprises publiques occupées illégalement et à nettoyer les espaces publics, est aujourd'hui vivement contestée par les acteurs du secteur du livre. Selon RFI, écrivains, éditeurs et vendeurs de livres dénoncent un « autodafé » et réclament réparation dans un mémorandum adressé aux autorités.
Ce qu'il faut retenir
- Une opération d'assainissement lancée mi-juillet 2026 par le Service national à Kinshasa.
- L'opération vise à libérer les emprises publiques occupées illégalement et à nettoyer les espaces publics.
- Des milliers d'ouvrages vendus par des bouquinistes ont été incinérés lors de cette opération.
- Écrivains, éditeurs et vendeurs dénoncent un « autodafé » et exigent réparation.
- Un mémorandum a été adressé aux autorités pour réclamer justice.
Une opération aux conséquences culturelles lourdes
Depuis le 15 juillet 2026, le Service national, un organe placé sous l'autorité directe de la présidence de la République démocratique du Congo, mène une campagne d'assainissement à grande échelle dans la capitale, Kinshasa. Officiellement, l'objectif est double : libérer les espaces publics occupés illégalement et assainir des zones souvent insalubres. Cependant, l'une de ces opérations, menée dans un quartier commerçant, a pris une tournure dramatique pour les acteurs du livre. Des milliers d'ouvrages, principalement des ouvrages de seconde main vendus par des bouquinistes, ont été saisis puis incinérés. Selon les premiers témoignages recueillis par RFI, certains vendeurs ont tenté d'intervenir, mais leurs demandes sont restées sans réponse.
Un « autodafé » dénoncé par les professionnels du livre
Les réactions ne se sont pas fait attendre. Dans un mémorandum transmis aux autorités, une coalition d'écrivains, d'éditeurs et de bouquinistes qualifie l'incinération de livres de « pratique barbare » et de « violation flagrante du droit à la culture ». « Nous exigeons réparation pour ces ouvrages détruits, qui représentaient parfois des années de travail et des investissements considérables », a déclaré Jean-Marie Ngalula, président de l'Association des éditeurs congolais, cité par RFI. Les signataires du document rappellent que ces livres, souvent vendus à bas prix, permettent à une large partie de la population d'accéder à la lecture dans un pays où le coût des ouvrages neufs reste élevé.
Le mémorandum, dont RFI a eu accès à une copie, précise que les pertes se chiffrent en millions de francs congolais. « Côté financier, l'impact est immédiat pour les vendeurs, mais côté culturel, c'est une atteinte irréparable à notre patrimoine littéraire », a souligné Marie-Thérèse Banza, une libraire indépendante de Kinshasa. Les professionnels du livre demandent non seulement une indemnisation, mais aussi des garanties pour que de telles pratiques ne se reproduisent plus.
Un contexte sécuritaire et politique sous tension
Cette polémique intervient dans un contexte où les autorités congolaises multiplient les opérations de « salubrité publique ». Depuis plusieurs mois, des campagnes similaires ont ciblé les marchés informels et les espaces publics à travers le pays. Si ces initiatives visent officiellement à lutter contre l'insalubrité et l'occupation illégale des sols, elles sont souvent critiquées pour leur manque de concertation avec les populations concernées. À Kinshasa, où la pression démographique et la densité urbaine exacerbent les tensions, ces opérations peuvent rapidement dégénérer, comme en témoignent les réactions des bouquinistes.
Interrogé par RFI, un porte-parole du Service national a indiqué que l'opération s'inscrivait dans le cadre d'un « plan global de modernisation des espaces urbains ». Il a précisé que les ouvrages incinérés étaient majoritairement des « livres abîmés ou illisibles », sans valeur marchande ou culturelle. Une affirmation contestée par les professionnels du livre, qui rappellent que même des ouvrages anciens ou rares ont été détruits.
Cette affaire rappelle, une fois de plus, les défis auxquels fait face le secteur culturel en RDC, où les questions de préservation du patrimoine et de liberté d'expression croisent souvent des enjeux politiques et sécuritaires.